Au sommaire de « l’École des lettres » (n° 3, 2019-2020)

L'École des lettres, 3, 2019-2020Liberté et contraintes de l’écriture pour la jeunesse
Bande dessinée
Éducation artistique et culturelle – Littérature classique

LIBERTÉS ET CONTRAINTES DE L’ÉCRITURE POUR LA JEUNESSE

Rencontre avec Marie-Aude Murail à l’INSPÉ de Paris, avec Éric Hoppenot, Marc Bouyssou, Geneviève Di Rosa, Cindy Bourguignon-Huquet et les professeurs stagiaires de l’INSPÉ

Le 28 mai 2019, l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation de Paris a proposé aux professeurs stagiaires de lettres un après-midi de formation intitulé « Libertés et contraintes de l’écriture pour la jeunesse », en présence de Marie-Aude Murail, l’une de ses plus célèbres et talentueuses représentantes.

Si la littérature de jeunesse s’est progressivement imposée aux yeux de la critique comme une littérature à part entière, elle n’en reste pas moins sujette à un questionnement, voire à des réserves, quant à son «exploitation » en classe. Par sa richesse et sa diversité, l’œuvre littéraire de Marie-Aude Murail offre une matière naturellement éligible dans les corpus des classes, et particulièrement au collège.

En présence d’une romancière aussi malicieuse, enthousiaste et lucide, l’examen des enjeux de l’écriture pour la jeunesse promettait d’être fécond… et à l’abri de la langue de bois : l’écriture pour la jeunesse est-elle limitée dans ses sujets? Doit-elle respecter un  «cahier des charges»? Est-elle destinée exclusivement à des lecteurs enfants ou adolescents ?, etc.

Les échanges avec les formateurs de l’INSPÉ visaient, en outre, à interroger la didactisation des oeuvres de jeunesse autour de problématiques concrètes : comment les aborder en classe? Comment les insérer dans les programmes de collège ou de lycée? En quoi sont-elles susceptibles de participer à la construction du « sujet lecteur »? Que penser du « texte de lecteur »?

Autant de questions qu’ont développées les participants à cet après-midi de formation organisé par Antony Soron, maître de conférences à l’INSPÉ Paris- Sorbonne: Marc Bouyssou, formateur lettres à temps partagé à l’INSPÉ, Geneviève Di Rosa, professeur agrégée et docteur en lettres modernes, et Éric Hoppenot, professeur agrégé de lettres modernes, docteur en sémiotique d’histoire du texte et de l’image (université Paris-Diderot), tous trois intervenants à l’INSPÉ Paris-Sorbonne. Sans oublier Cindy Bourguignon-Huquet, professeur stagiaire à l’INSPÉ, qui a témoigné de l’étude de l’un des ouvrages de Marie-Aude Murail avec une classe de cinquième.

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AUTOBIOGRAPHIE

« En nous beaucoup d’hommes respirent », de Marie-Aude Murail. Vertus d’une autobiographie « palimpseste », par Antony Soron

La genèse d’un écrivain est toujours fascinante pour le lecteur. Néanmoins, sous la pression du storytelling, elle n’obéit souvent qu’à une reconstruction rétrospective chargée de réévaluer la cohérence d’un parcours. Définitivement « iconoclaste », comme le suggère la raison sociale de l’éditeur de En nous beaucoup d’hommes respirent, Marie-Aude Murail a choisi de déplacer l’interrogation attendue : « Pourquoi et comment suis-je devenue écrivain pour la jeunesse ? » vers un axe de questionnement plus subtil, plus fondamental, auquel le lecteur est moins accoutumé et que l’on pourrait formuler ainsi: « Par qui suis-je devenue écrivain pour la jeunesse ? »

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BANDE DESSINÉE

« Calpurnia », de Daphné Collignon, d’après le roman de Jacqueline Kelly. L’appel de la liberté, par Stéphane Labbe

Adapter en BD les cinq cents pages d’un roman aussi foisonnant que le Calpurnia de Jacqueline Kelly, qui mêle à la fois humour, tendresse et nostalgie, brosse un tableau vivant et nuancé du sud des États-Unis à l’aube du XXe siècle, tout en témoignant de la foi dans le progrès et des revendications féministes d’une jeune fille, était une gageure.

Daphné Collignon a brillamment relevé le défi et, avec sa version de Calpurnia, elle offre au lecteur un petit bijou qui ne saurait décevoir les admirateurs du roman et qui séduira l’amateur de bande dessinée, tant par son atmosphère nostalgique et surannée que par la fluidité d’un trait tendre et affirmé.

Adapter, c’est faire des choix. Daphné Collignon a choisi de privilégier trois grands axes : la dimension littéraire de l’œuvre, les relations familiales et la vocation d’un personnage à la liberté entravée.

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TERRITOIRES VIVANTS DE LA RÉPUBLIQUE

Dix ans d’improvisation théâtrale au collège La Fayette de Rochefort, par Syvie Laulan et Stéphane Guillet

Depuis un an, L’École des lettres poursuit, sur cette page Actualités, la vibrante aventure des « Territoires vivants de la République ». Ces témoignages, réunis par Benoit Falaize, historien et spécialiste des questions éducatives, présentent des expériences pédagogiques qui montrent que, jusque dans ses territoires prétendument perdus, l’école peut rester fidèle à l’idéal républicain d’émancipation par la connaissance.

Professeur de lettres modernes pendant vingt-trois ans au collège La Fayette de Rochefort, en quartier d’éducation prioritaire, j’ai eu à m’occuper d’une population défavorisée pour laquelle l’oral, l’écrit, l’expression d’une pensée personnelle et les repères culturels étaient globalement pauvres. L’improvisation théâtrale est venue à la rescousse de ces collégiens

Bientôt dix ans que le décorum si particulier du match d’improvisation théâtrale s’est installé dans la salle polyvalente du collège, avec sa patinoire, ses maillots de hockey, son arbitre et ses cartons de vote… Une décennie au cours de laquelle j’ai pu constater l’intérêt que revêt cette pratique pour les élèves.

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EXPÉRIENCE PÉDAGOGIQUE

La «Troisième vague » ou la servitude volontaire par l’exemple. Une expérience à faire partager aux élèves pour développer leur esprit critique, par Fabrice Fresse

Chaque nouvel attentat perpétré sur le sol français semble désormais obéir à une même « routine » : diffusion en boucle sur les chaînes d’information en continu, sirènes hurlantes, pompiers, policiers, ambulances, décompte des morts et des blessés, déclaration du ministre de l’Intérieur, cérémonie d’hommage aux victimes – et, dans le même temps, concert de « fake news » et théories du complot sur les réseaux sociaux. Puis le silence se referme sur le vacarme, avec le sentiment, dans les classes, qu’il n’y a plus rien à faire, hormis terminer le programme.

Plus que jamais, il est essentiel que les professeurs puissent penser et construire, individuellement et collectivement, des situations d’apprentissage permettant à leurs élèves d’exercer leur sens critique. Leur décrire la «Troisième vague », une expérience menée à la fin des années 1960 aux États-Unis, et les inciter à lire et à visionner les œuvres de fiction qu’elle a inspirées peut sans doute les y aider.

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ÉDUCATION ARTISTIQUE ET CULTURELLE EN SIXIÈME

L’ogre, aux limites de l’humain (2), par Karine Veillas

Après une première séquence intitulée « Face à face avec l’ogre », ce Parcours d’éducation artistique et culturelle pour la classe de sixième se poursuit par l’étude de quatre pièces de théâtre destinées à la jeunesse mettant en scène la figure de l’ogre.

Comme l’explique Marie Bernanoce, spécialiste du théâtre jeunesse, « nombreuses sont les pièces qui réécrivent le conte [du Petit Poucet]. Nombreuses sont celles qui, plus indirectement, se donnent pour héros un enfant abandonné et qui évoquent les cailloux blancs du conte ». On peut y voir, comme elle, « une tendance moderne et contemporaine des adultes à se sentir perdus, sans transcendance, sur les chemins de leur vie marqués par la peur d’un ogre dévoreur, dont l’engagement de bien des pièces jeunesse dessine la figure sociale et économique ».

Cependant, si on étend le corpus non pas uniquement aux réécritures du « Petit Poucet » mais à d’autres pièces pour la jeunesse mettant en scène des ogres, on s’aperçoit que cette figure revêt d’autres significations, tant sur le plan symbolique que dramaturgique : « À défaut d’adaptations du conte source stricto sensu, force est [de] constater la rémanence, non seulement d’avatars de la figure [de Poucet], mais encore des motifs et attributs du conte, recyclés selon des systèmes dramaturgiques et des dispositifs scéniques où ils jouent un rôle de premier plan. »

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CLASSIQUE

« Le Cousin Pons », d’Honoré de Balzac. Séquence pour la classe de quatrième, par Antony Soron

Si l’on trouve, dans l’œuvre de Balzac, des ambitieux avides de pouvoir et de conquête, tel Eugène de Rastignac et, à ses heures, Lucien de Rubempré, « La Comédie humaine » est aussi peuplée d’une cohorte de déclassés, père Goriot ou colonel Chabert, laissés pour compte d’une société implacable et cupide.

Sylvain Pons, défini dès le premier chapitre comme un « glorieux débris de l’Empire », en fait partie, comme il fait partie de ces « Parents pauvres » qui donneront leur titre au diptyque formé avec La Cousine Bette. L’ouvrage paraît au cours de l’année 1847 en trente feuilletons. L’édition abrégée publiée à l’école des loisirs reprend ce découpage, pour la commodité de la lecture – pour la saveur des titres aussi, que laisse entrevoir l’oxymorique « glorieux débris » inaugural.

Avec une classe de quatrième, dans le cadre du thème, « Individu et société : confrontations de valeurs ? », une lecture approfondie du «Cousin Pons» peut faire écho à une séquence menée antérieurement sur L’Avare de Molière. En effet, à deux époques distinctes et dans des genres littéraires spécifiques, est posée la question de la possession d’une fortune (« cassette » ou « collection » d’œuvres d’art) et de sa transmission. Celle-ci fera du malheureux Sylvain Pons le catalyseur d’un duel visant à s’approprier son trésor, duel dans lequel procédures et manœuvres se substitueront aux épées et pistolets d’un siècle révolu.

La visée de cette séquence n’est autre que d’offrir des entrées stimulantes dans l’œuvre afin de rendre possible pour tous les élèves sinon sa lecture intégrale, du moins une approche sensible de ses principaux chapitres.

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ÉDUCATION

L’enseignant, comme un artisan, par Pascal Caglar

Les programmes se renouvellent sans cesse, comme les objets de la société de consommation. Même cadence, même absence de nécessité, mêmes bénéfices, sinon pour les seuls instigateurs de ces objets d’étude oubliés aussitôt que remplacés. Impossible, pour le professeur, de s’accoutumer durablement à un contenu d’enseignement, de s’y attacher, de se l’approprier.

C’est bien dommage. Loin d’avoir à craindre que la reconduction du même, d’un programme stable et constant, soit une occasion de reproduction monotone ou de désinvestissement professionnel, la permanence de contenus, d’objectifs et d’exercices est, au contraire, pour chacun la possibilité d’un perfectionnement, d’une amélioration de son cours et de sa pédagogie.

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