Oral du bac de français : lire un texte littéraire devant un examinateur

La première partie de l’épreuve orale de français porte sur le texte choisi par l’examinateur dans la liste présentée par le candidat. Avant l’entrée dans l’explication proprement dite, elle suppose de contextualiser l’extrait au sein de l’œuvre ou dans le cadre du parcours associé.

À ce premier passage obligé de l’épreuve orale, s’ajoute la nécessité de lire préalablement l’extrait retenu. La proposition qui suit vise à développer les compétences de lecture à voix haute.

La lecture à voix haute ne s’improvise pas

On pourrait se dire que deux points attribués à la contextualisation du texte et à sa lecture, sur douze qui correspondent au barème de la première partie de l’épreuve orale, c’est peu et que, de fait, il ne sert à rien d’y consacrer un temps précieux dans sa préparation. Il s’agit en réalité d’une erreur de perspective, a fortiori en période de confinement.

En effet, en classe, qu’on le veuille ou non, la mise en contact auditive avec les textes est régulière : ce qui a la vertu, même à l’insu de chacun, de participer à leur imprégnation. Rien de tel à distance où, pour ainsi dire, le texte reste muet et, pour une part au moins, extérieur à soi. Or, lire à voix haute consiste à se faire l’interprète d’un texte littéraire. Le ton et le rythme que l’on donne à l’extrait que l’on prend en charge ne sont à coup sûr jamais indifférents. Ils disent nécessairement quelque chose, non seulement de ce que l’on a compris du texte lu mais aussi de la relation que l’on a établi avec lui.

Un examinateur chevronné a naturellement en tête ces deux critères quand il écoute le candidat en situation de lecture à voix haute. Sa réception tournant autour de deux axes explicites :

– La lecture proposée rend-elle compte de la compréhension du texte ?

– Relève-t-elle exclusivement d’une obligation formelle ou marque-t-elle une intention de lecture ?

En conséquence, on l’aura compris, la lecture à voix haute se doit d’être rigoureusement préparée.

• Lire et écouter (10 min) :  Comment se préparer à la lecture à voix haute ?

Si la lecture à voix haute s’avère hésitante ou sans conviction, cela donne de toute évidence un mauvais signal par rapport à l’explication à venir. En ce sens, il ne peut y avoir de révisions de notes de cours sur un texte donné sans lecture préalable de ce texte. Le pire étant une préparation quasi sans texte, où l’on ne cherche qu’à retenir des explications toutes faites sur un texte mis à distance pendant la phase de mémorisation des notes.

Les conseils de Guillaume Gallienne.

Petits conseils à l’intention de ceux qui vont lire

Avant toute chose, il convient d’écouter les prescriptions en matière de lecture à voix haute. Pas besoin, pour autant, de multiplier les tutoriels qui se déploient sur la Toile. Le mieux demeure sans doute d’être attentif aux conseils des meilleurs lecteurs de l’Hexagone, comme Guillaume Gallienne, de la Comédie-Française.

• Écouter les conseils de Guillaume Gallienne  (2 min).

Le comédien qui intervient dans l’émission Cela ne peut pas faire de mal (France Inter) donne trois clefs d’une bonne lecture : l’importance de la respiration, du regard et de l’implication personnelle. Il montre en outre ce que donnerait une lecture trop scolaire : c’est-à-dire une interprétation fade et convenue d’un texte. Son propos a par ailleurs le mérite de revenir sur l’aspect essentiel de la lecture à voix haute d’un texte littéraire. Selon lui, il ne s’agit pas de se mettre en scène, d’en faire trop, en forçant les effets expressifs. À l’inverse, l’interprète doit avant tout se mettre au service du texte lu en le laissant s’exprimer, voire respirer. Le comédien ajoute qu’il y a des textes qui réclament du rythme donc moins de temps de respiration et d’autres qui aspirent au contraire à des pauses plus conséquentes.

Les conseils avisés de ce grand lecteur posent implicitement la question de la ponctuation. En effet, bien lire revient à accepter les règles de ponctuation, ou,  pour le dire autrement, à ne pas refuser les silences plus ou moins longs qu’elles imposent. Or, un candidat se trouve un tant soit peu stressé au moment de la passation de l’oral, et de fait, enclin à en finir vite avec ce qu’il considère trop souvent comme le pensum de la lecture à voix haute pour passer rapidement à la fameuse explication présumée tant attendue par l’examinateur. Et par là même, a tendance à saborder la ponctuation.

L’enregistrement de sa lecture : une activité salutaire

Si les conseils sont toujours bons à prendre, la mise en pratique s’avère primordiale dans la préparation de sa lecture. Or, même à ce stade de sa scolarité, un élève n’a pas forcément une idée très précise de ses compétences de lecteur. D’où la nécessité de procéder à plusieurs lectures enregistrées d’un même texte. On peut ainsi commencer par la lecture la plus naturelle qui soit, sans recherche d’effet : c’est la lecture du texte « comme il vient ». Une fois réalisée, on écoute cette première production orale. On percevra déjà de petits défauts qui vont obliger à regarder de plus près le texte et notamment sa ponctuation et ses groupes syntaxiques.

On peut immédiatement renouveler l’exercice en cherchant à améliorer tel ou tel aspect de sa lecture, notamment le bon marquage de la ponctuation. La modalité d’entraînement proposée a l’avantage de rester très peu chronophage tout en ayant une double vertu : d’abord favoriser une lecture plus fluide ; ensuite permettre une appropriation progressive et durable du texte. En revanche, il serait contreproductif de multiplier consécutivement ces entraînements. Une fois que l’on est parvenu à une lecture au moins fluide, l’idée étant de se s’orienter vers l’explication du texte à partir de ses notes de cours.

L’expérience montre toutefois que la façon dont on va parvenir à exploiter naturellement son cours apparaît pour une bonne part conditionnée par le travail préliminaire engagé par la lecture à haute-voix.

Retour sur interprétation

Si l’on suit la modalité de travail proposé, en incluant de surcroît la possibilité d’enregistrement et d’écoute de l’explication proprement dite, on parviendra à l’ultime étape consistant à relire à voix haute une dernière fois le texte pour en proposer ensuite une autocritique. Il s’agira alors de s’appuyer sur des critères précis pour justifier sa manière de lire. On commencera ainsi par s’interroger sur l’intensité de sa voix.

• Pourquoi par exemple avoir fait le choix d’une voix douce pour lire tel poème ou d’une voix forte pour lire telle tirade tragique ? Quelle était « mon intention » et selon quelles justifications ?

Encore une fois, l’idée consiste à sonoriser le travail d’appropriation du texte avec comme visée de rendre de se le rendre plus familier. On pourra, selon la même perspective, questionner la vitesse de diction adoptée.

• Pourquoi avoir appuyé telle pause ? Pourquoi avoir ménagé des changements de vitesse à l’intérieur d’une strophe ?

Comme on le voit, les questions que l’on se pose à soi-même relèvent de l’interprétation du texte que propose la lecture à voix haute. Ce qui est sensiblement différent de la façon dont l’élève comprend traditionnellement le fait d’interpréter un texte. À titre d’exemple, le choix des mots ou des groupes de mots qu’il aura mis en évidence dans sa lecture par le positionnement des accents toniques constitue un vrai acte d’interprétation, qu’il convient tout autant de questionner que les règles précédentes.

Écouter les conseils de Thimothée de Fombelle pour la lecture à voix haute (2 min).

Lire à voix haute relève d’une obligation à l’oral du baccalauréat de français. Néanmoins, il ne peut pas relever que de cela. On dit souvent que cet examen de fin de scolarité secondaire constitue un rite de passage vers l’âge adulte. Comment dès lors laisser de côté l’idée que la lecture pour autrui constitue une fonction primordiale de transmission ? Et pourquoi ne pas jouer le jeu à fond, en ne renonçant pas, par négligence, par peur ou par fatalisme à se faire l’interprète d’un texte qui vaut plus qu’un simple énoncé et en cela mérite d’être partagé même avec son examinateur ?

Antony Soron, INSPÉ Sorbonne Université

• Sur la lecture à voix haute, voir le dossier de l’École des lettres.

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