L’oral du bac de français 2020 à l’épreuve des ondes

Nul ne sait encore si les élèves de première passeront leur oral de français cette année, mais ce qui est certain c’est que comédiens et journalistes s’y seront essayés des semaines entières, vaillamment, témérairement, parfois naïvement. Car même avec le concours du ministère de l’Éducation nationale, les deux opérations Les comédiens repassent le bac de français sur le site de la Comédie-Française, (tous les jours à 16 h) et Écoutez , révisez ! sur France Culture (tous les jours à 12 h) sont certes généreuses mais d’une utilité parfois limitée.

Au départ deux accroches, deux tons différents. À la Comédie-Française, on annonce la couleur : le sous-titre de l’émission est, avec humour : Ce que les profs ne disent jamais ; sur France Culture, Olivia Gesbert, avec sérieux, proclame son orthodoxie : Comment préparer l’oral de français. À l’arrivée, de beaux textes bien lus, de beaux commentaires, de beaux exercices oui, mais éloignés des règles de l’explication de texte attendues au bac.

Cette dimension  est bien sûr pardonnable chez les comédiens (sans prétentions et réellement dans la peau du candidat), bien plus que sur France Culture, labellisé « Nation apprenante » et, à y regarder de près, le résultat est à nuancer : à la Comédie-Française, les extraits, plus courts, sont accompagnés de commentaires plus précis, et donc plus pertinents.

Il ne faut pas l’oublier, l’oral du bac de français change en 2020

Plus resserré, plus technique, plus personnel, l’oral nouveau, recentré et segmenté en explication linéaire, question de grammaire et entretien, est plus rigoureux que tout ce qui est présenté sur les ondes. Rien n’est plus trompeur que, sur France Culture, une lecture interminable (plus de quinze minutes !) et un condensé de généralités (environ de dix minutes). C’est l’ambiguïté d’un programme de radio visant à la fois un public scolaire et l’auditeur fidèle : l’émission est intéressante et instructive, mais un élève  y trouvera très difficilement des modèles à suivre.

Les exercices auxquels se livrent comédiens et commentateurs, parce qu’ils sont un voyage dans notre patrimoine littéraire, une promenade parmi nos textes canoniques, sont séduisants et profonds, fortifiants de la mémoire scolaire et célébration de la culture classique mais ils n’en risquent pas moins d’égarer l’élève sur les attentes d’une nouvelle épreuve conçue justement pour vérifier non pas un savoir livresque mais une compréhension littérale d’un texte, une lecture conduite avec modestie, rigueur et méthode.

Les comédiens, habitués à vivre les textes qu’il lisent, commentent très bien, avec finesse et inspiration, ces textes d’anthologie, Olivia Gesbert, habituée à recevoir des artistes autour de sa Grande Table quotidienne, est très professionnelle dans ce partenariat avec l’Éducation nationale, mais le professeur de français, entraîné à longueur d’année à expliciter les règles et techniques d’explication, accompagnera plus efficacement l’élève dans une interprétation pertinente de quelques lignes d’un extrait remarquable d’une œuvre.

« Nation apprenante » est une belle initiative, mais malgré les talents qu’elle réunit et d’indéniables réussites, elle ne peut s’inscrire dans le droit sillage de la pédagogie scolaire nécessaire aux élèves. Plus les formes de relais, de soutien, d’accompagnement se multiplient, plus le travail du professeur de français révèle ses usages particuliers, ses objectifs spécifiques, ses compétences propres.

Si l’oral du bac de français est maintenu, il est impératif que les élèves retrouvent leurs enseignants. Les repères c’est eux, les techniques c’est eux, les juges c’est eux. Si ces retrouvailles ne sont ni possibles ni raisonnables, sera-t-il approprié d’inaugurer alors cette nouvelle formule du bac, après trois mois de préparation chaotique ?

Pascal Caglar

On réécoutera avec profit nos comédiens qui « repassent leur bac de français » dans des explications d’extraits canoniques de :

Les Liaisons dangereuses : Coraly Zahonero.

On ne badine pas avec l’amour : Loïc Corbery, Christian Gonon, Clotilde de Bayser.

Les Fourberies de Scapin : Gilles David.

Hernani : Nicolas Lormeau.

Bel-Ami : Guillaume Gallienne.

L’Éducation sentimentale : Denis Podalydes.

Une charogne : Véronique Vella.

L’Amant : Françoise Gillard.

Phèdre : Clément Hervieux-Léger.

La Princesse de Clèves : Sébastien Pouderoux.

Dom Juan : Salomé Benchimol.

Cahier d’un retour au pays natal : Elissa Alloula.

 

Écoutez, révisez ! par Olivia Gesbert sur France Culture :

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