L’évaluation dans le second degré

Finalités et objectifs du contrôle continu / E3C

L’évaluation scolaire recouvre différents objectifs et procédés : l’évaluation peut être sommative (notée, elle succède à l’apprentissage et doit vérifier les acquis, totaliser à l’issue de la période d’apprentissage l’ensemble des compétences), certificative, diagnostique, formative, formatrice, etc. Néanmoins, sa finalité est unique : contribuer à la réussite de tous les élèves.

En quoi le contrôle continu contribue-t-il à l’évaluation des élèves du second degré ? Quels sont ses avantages et ses inconvénients ? Pourquoi est-il sujet à tant d’émoi, voire de rejet ?

Le contrôle continu est la grande « nouveauté » du bac général et technologique 2021. Mais entre les épreuves communes de contrôle continu (E3C) et les bulletins scolaires, on ne comprend pas toujours bien ce qu’il recouvre. L’objectif en est simple : prendre en compte le travail de l’élève tout au long des deux dernières années de lycée.

Avec la réforme du bac 2021, c’est l’ensemble du système de notation qui est repensé. Le temps des longues épreuves uniques de fin d’année est en partie révolu. Désormais, une partie de la note au bac proviendra du contrôle continu. Une formule qui suscite de l’émoi et de l’inquiétude, mais qui n’est pas si importante que cela.

En 2018, quand le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer  a annoncé la mise en place du nouveau bac, il souhaitait mettre fin au « bachotage » des candidats. Pour cela, il a choisi non seulement de prendre en compte les bulletins scolaires mais aussi de transformer certaines épreuves lourdes de fin d’année en épreuves ponctuelles : les épreuves communes de contrôle continu (E3C).

C’est le cas par exemple de l’histoire-géographie. Jusqu’au bac 2020, les élèves composent sur une épreuve de 4 heures, en juin. À partir de 2021, ils passeront trois épreuves de deux heures : deux en première et une seule en terminale.

Le fait de répartir ces épreuves sur les deux années permet de mieux réguler et équilibrer le travail de révision ainsi que les apprentissages, la progressivité est renforcée. Chaque épreuve ne portera donc que sur une partie du programme : celle qui a été vue depuis la rentrée ou depuis l’épreuve précédente. Ces épreuves ponctuelles, puisqu’elles viendront vérifier les connaissances des élèves à un moment donné de l’année, sont considérées comme du contrôle continu.

En outre, toutes les notes accumulées en cours d’année comptent pour le bac mais prises individuellement, elles sont assez minimes dans la note totale du bac.

En somme, le contrôle continu cumule deux facteurs :
– les notes obtenues en première et en terminale, et donc les moyennes sur les bulletins.
– les résultats aux E3C.
La finalité est donc bien de prendre en compte le travail réalisé tout au long du lycée et de préserver justice et équité en valorisant le travail régulier de l’élève.

Cependant, et malgré ce contrôle continu, la part des épreuves terminales restera la plus importante. À elles seules, les notes de l’écrit et de l’oral de français (en première), de la philosophie, des deux spécialités de terminale et du grand oral compteront donc plus que l’ensemble des autres notes obtenues pendant les deux années de première et de terminale.

Pourquoi le contrôle continu, tel qu’il est décrit plus haut, avec la finalité qui est la sienne, suscite-t-il autant d’émoi voire de rejet ?

Selon la place que nous occupons dans le paysage de l’Education nationale, les raisons sont diverses mais convergent malgré tout sur un aspect commun et perturbant : le changement.

Les élèves de première aujourd’hui, touchés par la réforme du lycée 2021, vivent le contrôle continu comme un facteur de stress. Le fait que chaque note compte, que les épreuves d’E3C scandent leurs deux années scolaires, les amène à être plus stratégiques dans leurs choix de spécialités. Ils disent se sentir en examen tout le temps. C’est l’effet pervers et non voulu de la réforme. Le discours que l’Institution doit tenir alors, est un discours rassurant, éclairant l’aspect bénéfique et juste du contrôle continu.

Or, certains enseignants ne tiennent pas ces arguments-là, puisqu’ils sont eux-mêmes stressés par le changement lié aux modalités d’examen. Le contrôle continu, les E3C, modifient leurs gestes professionnels, leur gestion du temps, leur rapport à l’évaluation qui ne doit en aucun cas être considérée comme une sanction mais bien comme une étape d’apprentissage, un élément de construction. Même chose du côté des personnels de direction et de l’administration au sens le plus large. Le changement de paradigme conduit à d’autres gestes professionnels, une organisation plus fine et plus anticipée, une gestion des copies numérisées, de la banque nationale des sujets, de Cyclades, des corrections numériques… Des changements d’ordre technique qui peuvent faire peur au départ car ils obligent les personnels à sortir de leur zone de confort.

Enfin, pour les parents, habitués à un schéma de l’examen de fin d’année et à la figure archétypale du baccalauréat, le système des E3C et du contrôle continu est en décalage avec leurs représentations. Ceci génère également du stress, car ils ne maîtrisent plus le baccalauréat tel qu’il est aujourd’hui et sera demain. Là encore, il s’agit d’une simple adaptation au changement, qui demandera un peu de temps (comme de passer du franc à l’euro par exemple).

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Le changement fait peur, car il fait passer d’un point parfaitement connu et maîtrisé à un autre, en cours d’acquisition. Et pourtant, cette transformation du baccalauréat n’est-elle pas nécessaire dans un souci, d’une part, de valorisation des apprentissages et d’autre part, de justice ?

Après les sections (A, B, C, D…) datant de 1965, les filières (L, ES, S…) de 1995, voici le temps des E3C et du contrôle continu. À nous de nous y adapter, comme nous avons su le faire précédemment… et tout ira bien.

Delphine Roux,
proviseure-adjointe du lycée du Bois d’Amour, Poitiers

 

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