Le chantier permanent du baccalauréat

Le 7 juillet seront divulgués aux candidats les résultats du baccalauréat 2020 – transmis et non pas affichés pour des raisons de précaution sanitaire. Cette session qui a fait couler beaucoup d’encre et dont le déroulement a été mis à mal par le confinement n’en constitue pas moins une première étape de la refonte souhaitée par le ministre de l’Éducation nationale.

Son communiqué de presse, publié le 30 juin, à la suite de ses échanges avec le comité de suivi du baccalauréat général et technologique et les délégués du Conseil national de la vie lycéenne, n’en apparaît que plus attendu.

Des « E3C » trop anxiogènes

Le contrôle continu correspond désormais à 40 % de l’évaluation finale. Si cette réévaluation promue par la réforme engagée reste d’actualité, une première modification est introduite, qui peut sembler anecdotique au premier abord dans la mesure où elle relève simplement d’un changement de désignation. « E3C » à la connotation quelque peu « chimique » étant remplacé par une formulation plus traditionnelle et immédiatement compréhensible « évaluations communes ». On remarquera l’importance du terme « évaluations » plus euphémique qu’ « épreuves anticipées », par ailleurs toujours en usage pour désigner l’ÉAF (bac de français en première).

L’idée implicite est évidemment de désamorcer la logique anxiogène qui a prévalu dans la préparation des feu « E3C » et ce d’autant plus que le texte insiste sur le fait que ces « devoirs communs » sont « réalisés dans le cadre des heures de classe au cours des années de première et de terminale ». En outre, une précision d’importance est donnée, allant dans le même sens :

« Après chaque évaluation les candidats prennent connaissance de leur note qui, le cas échéant, peut être harmonisée en fin d’année. »

Il s’agit, ici encore, de bien montrer que les « évaluations communes » n’ont pas pour fonction de tomber comme un couperet définitif mais bien de dresser un bilan partiel, pondérable en fonction de l’investissement des élèves au fil de l’année.

Il n’en reste pas moins qu’elles conservent tout leur poids sur le plan comptable, puisqu’elles interviennent pour 30 % dans la note finale du baccalauréat.

Vers un allègement organisationnel

Si les ex « E3C » avaient le tort de peser sur le moral des élèves, elles ont aussi entraîné la colère des professeurs dans la mesure où elles impliquaient un accroissement des charges administratives. Aussi, la décision a-t-elle été prise, pour assouplir l’organisation du contrôle continu, de placer les commissions d’harmonisation en fin d’année de première et de terminale et non plus après chaque session.

Le texte, on l’aura compris, s’adresse à plusieurs destinataires, les élèves et les professeurs, mais aussi les chefs d’établissement, dont le travail n’a pas été moins impacté par la mise en place d’évaluations communes en cours d’année. La phrase suivante retiendra sans doute leur attention car elle met en avant leur fonction de pilotage dans un cadre collégial :

« Le calendrier de passation de ces évaluations communes est fixé par le chef d’établissement après consultation du conseil pédagogique et délibération du conseil d’administration. »

C’est ce que l’on pourra caractériser comme une gestion moins jupitérienne des réformes visant désormais à coller aux réalités intrinsèques des établissements. Selon cette même perspective, la précision donnée sur le fait qu’aucune évaluation commune « n’excède deux heures » tend nécessairement à assouplir l’organisation pratique de leur passation. Spécifiquement, il est même mentionné que

« les deux évaluations communes de langue vivante en terminale durent 1h30 pour l’épreuve écrite et 10 min pour l’épreuve orale ».

En clair, au lieu d’imposer un cadre rigide, le texte met l’accent sur une prise en compte des besoins et des réclamations des personnels administratifs, éducatifs et pédagogiques par des formules comme,

« Pour favoriser la pratique orale en langue vivante »

ou encore :

« Pour faciliter la mise en place de l’enseignement scientifique en première et en terminale, les professeurs choisiront 3 thèmes sur les 4 inscrits dans le programme. »

Accompagner (enfin) la réforme du bac

Le texte fait aussi allusion à la formation des professeurs en notifiant la mise en œuvre d’un accompagnement à leur intention pour ce qui concerne les « évaluations communes » et le contrôle continu. Il s’agira très probablement de formations académiques relayées dans le cadre des INSPÉ. En tout état de cause, le principe retenu tient à une logique d’interactivité : les professeurs étant invités à donner « leur avis » sur les sujets proposés dans le cadre de la « banque nationale de sujets ». Très clairement, on observe dans ce communiqué un changement de paradigme que l’on pourrait synthétiser en une formule : moins de verticalité et plus d’horizontalité. Cela est confirmé notamment par l’énoncé de la nouveauté suivante :

« Un comité des utilisateurs, composé notamment d’inspecteurs, de chefs d’établissement et de professeurs, est mis en place afin de rendre plus fonctionnelles les applications numériques utilisées pour le baccalauréat. »

 

Préserver le baccalauréat « étymologique »

Si le texte se veut par conséquent pragmatique, il ne pouvait occulter la dimension symbolique du baccalauréat en France, qui, depuis le décret napoléonien du 17 mars 1808 constitue l’accessit suprême à l’université. Aussi, comme cela avait été le cas pour le diplôme national du brevet sous le ministère précédent, la décision est retenue, sur proposition des lycéens et afin de « solenniser l’étape particulière que constitue le baccalauréat », de généraliser les cérémonies de remise du baccalauréat en début d’année.

« Faut-il faire un lien entre le baccalauréat d’aujourd’hui et les cérémonies durant lesquelles les jésuites, à partir du XVIe siècle, ceignent le front des élèves méritants de baies de laurier, bacca laurea ou bacca laurien ­latin ? » s’interrogeait déjà la journaliste du Monde Anne Chemin en 2018. Le fait est que le texte, loin de galvauder l’examen vise à « conforter » son « cadre national ». De façon implicite, il s’agit de couper court à une rumeur que la session inédite aurait pu contribuer à alimenter, à savoir que le bac serait devenu moins jacobin et donc plus girondin et/ou décentralisé à l’extrême. De ce point de vue, les derniers rappels énoncés par le texte révèlent un enjeu tout aussi symbolique que pratique. Les termes, « nationale », « publique », « anonymisées » et « objectivité » y trouvant toute leur importance :

« Les sujets des évaluations communes sont pris dans la banque nationale de sujets qui demeure publique, les copies anonymisées sont corrigées par d’autres professeurs que ceux des élèves et l’évolution du jury du baccalauréat garantit l’objectivité de l’examen. »

Reste bien entendu à mesurer à court et moyen termes les effets de ces aménagements non seulement sur l’organisation du baccalauréat mais sur l’efficience accrue de la formation intellectuelle et méthodologique qu’il est censé sanctionner universellement sur le territoire hexagonal.

Antony Soron, INSPÉ Sorbonne Université

Petite étymologie du baccalauréat (Anne Chemin, le Monde, 8 février 2018).

• Communiqué du mardi 30 juin 2020 :

« Ce mardi 30 juin, le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a ouvert le comité de suivi de la réforme du baccalauréat 2021.

Ce comité de suivi a été installé le 24 septembre afin de dialoguer avec l’ensemble des acteurs du système éducatif et les partenaires sociaux sur la mise en œuvre de cette transformation majeure, dont l’objectif est de mieux faire réussir les élèves dans l’enseignement supérieur. L’enjeu est de leur donner plus de choix mais aussi plus de temps pour approfondir les disciplines au cœur de leur projet de poursuite d’études. De plus, il s’agit de mieux prendre en compte la régularité de leur travail et leurs progrès par l’introduction d’une part de contrôle continu (40 % de la note finale du baccalauréat).

Les co-pilotes du comité de suivi, Pierre Mathiot et Jean-Charles Ringard, ont fait la synthèse des propositions du comité de suivi qui visent à renforcer encore la lisibilité, la simplicité et l’objectivité du nouveau baccalauréat.

Après avoir également échangé avec les délégués du Conseil national de la vie lycéenne, le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a pris les décisions suivantes :

  1. Pour plus de lisibilité du baccalauréat l’appellation des épreuves est clarifiée. 
    • Sur proposition des lycéens, les épreuves communes de contrôle continu (E3C) sont désormais dénommées « évaluations communes » pour traduire le fait qu’il s’agit de devoirs communs réalisés dans le cadre des heures de classe au cours des années de première et de terminale. Leur nombre reste inchangé pour valoriser le travail régulier et les progrès des élèves. Elles comptent pour 30 % de la note finale du baccalauréat.
  1. Pour plus de souplesse dans l’organisation du contrôle continu :
    • Les commissions d’harmonisation n’ont plus lieu après chaque session « d’évaluations communes » mais respectivement en fin d’année de première et de terminale. Ainsi, après chaque évaluation les candidats prennent connaissance de leur note qui, le cas échéant, peut être harmonisée en fin d’année.
    • Le calendrier de passation de ces évaluations communes est fixé par le chef d’établissement après consultation du conseil pédagogique et délibération du conseil d’administration. Le calendrier peut ainsi mieux s’adapter à la progression pédagogique dans chaque établissement. Pour ce faire, les calendriers des épreuves terminales et de Parcoursup sont désormais publiés en début d’année scolaire.
    • Aucune évaluation commune n’excède 2h et aucune épreuve terminale n’excède 4h, à l’exception des matières comprenant des épreuves pratiques. Ainsi, les deux évaluations communes de langue vivante en terminale durent 1h30 pour l’épreuve écrite et 10 min pour l’épreuve orale. Par ailleurs, l’épreuve terminale de l’enseignement de spécialité langues, littératures et cultures étrangères et régionales dure désormais 3h30 pour l’épreuve écrite et 20 min pour l’épreuve orale.
    • Pour favoriser la pratique orale en langue vivante, l’évaluation commune de l’enseignement de spécialité langues, littératures et cultures étrangères et régionales qui n’est pas poursuivi en terminale consiste désormais en un oral de 20 min.
  1. Pour plus d’accompagnement des élèves et des professeurs :
    • Pour faciliter la mise en place de l’enseignement scientifique en première et en terminale, les professeurs choisiront 3 thèmes sur les 4 inscrits dans le programme.
    • Au niveau national et académique, les formations destinées aux professeurs consacrées aux « évaluations communes » et à la préparation du grand oral sont renforcées.
    • Les professeurs auront la possibilité d’indiquer dans la banque nationale de sujets leurs avis sur les sujets.
    • Un comité des utilisateurs, composé notamment d’inspecteurs, de chefs d’établissement et de professeurs, est mis en place afin de rendre plus fonctionnelles les applications numériques utilisées pour le baccalauréat.
  1. Pour solenniser l’étape particulière que constitue le baccalauréat, la proposition des lycéens de généraliser les cérémonies de remise du baccalauréat en début d’année a été retenue.  Dans la mesure du possible, elle sera mise en œuvre pour les bacheliers de cette session.

Le cadre national de l’examen est donc conforté. Les sujets des évaluations communes sont pris dans la banque nationale de sujets qui demeure publique, les copies anonymisées sont corrigées par d’autres professeurs que ceux des élèves et l’évolution du jury du baccalauréat garantit l’objectivité de l’examen.

Ces aménagements vont être présentés au Conseil supérieur de l’éducation du 9 juillet et prendront donc effet dès la rentrée.

Ils contribuent à renforcer le baccalauréat auquel tous les Français sont attachés et qui, plus encore qu’aujourd’hui, sera un levier de réussite dans l’enseignement supérieur. »

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1 réflexion sur « Le chantier permanent du baccalauréat »

  1. Une réforme en chasse une autre après qu’elle en a caché une autre…
    En matière d’éducation, la France demeure la championne du monde de l’opacité et de la complexité dans la mise en oeuvre des examens, des programmes scolaires, des terminologies, tant au niveau du fond que de la forme !
    Pourquoi faire simple quand on sait faire compliqué ?
    La maturité suisse, par exemple, ne subit pas de mofifications chaque année, a contrario du système français qui impose presque que le ministre fraîchement nommé abandonne ce qu’a mis en place son prédécesseur et pour quels résultats ? Un classement de plus en plus bas à l’échelle mondiale…

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