40 000 enseignants recrutés en 2013 : mais avec quelle formation ?

Recruter 40 000 enseignants en 2013, on peut s’en réjouir, on peut aussi s’interroger.

Ce n’est pas la finalité du recrutement qui inquiète (plus de professeurs devant les élèves), mais les conditions confuses de ce recrutement : étudiants en M1, deuxième concours au printemps, oral différé, validation définitive l’année suivante, situation précaire de non-titulaire… Annonces et rumeurs saturent la communication.

Cette hâte, aussi louable soit-elle, fait passer au second plan la formation de cette cohorte de nouveaux enseignants. Si le projet gouvernemental précise sans cesse ses objectifs quantitatifs, rien ne rassure du côté de la qualité.

Or, il faut le dire, et être entendu : former est plus urgent que recruter ; la formation doit primer sur le recrutement.

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Poser la question de la formation avant celle du recrutement :
une affaire d’efficacité

Cela n’est pas qu’une affaire de priorité, c’est une affaire d’efficacité. « D’abord des professeurs, puis de la formation », est un mot d’ordre peu logique. Ce n’est qu’une formation repensée, ambitieuse et résolument professionnalisante qui fera venir à l’enseignement des candidats un peu plus informés, un peu plus confiants dans l’accompagnement qu’ils réclament.

C’est bien là l’enjeu des prochaines École supérieures du professorat et de l’éducation : afficher une offre de formation plurielle, convertible, capable de faire venir à l’enseignement des candidats intéressés par un large socle de sciences humaines et sociales appuyé sur un savoir disciplinaire réaffirmé.

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Ouvrir à la pluridisciplinarité

Les mentalités sont prêtes pour cette ouverture à la pluridisciplinarité de la formation. Les voix des chercheurs en sciences de l’éducation, des responsables des IUFM, ne se heurtent plus au mépris ou à la méfiance des « classiques » attachés à la défense de leurs seules disciplines.

Un dialogue décomplexé s’instaure, les croisements sont possibles à l’université, et ces rencontres plus aisées doivent trouver leur place dans des Écoles du professorat innovantes, accueillant, à côté de la pédagogie et de la didactique, de l’informatique et du e-learning, la psychologie comportementale, la psychologie cognitive, la psychologie du développement tout autant que les principes du droit, des institutions ou du système éducatif.

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Diversifier la formation initiale

Ce n’est donc pas le concours qui doit évoluer en devenant mixte, disciplinaire et extra-disciplinaire. L’étudiant ou le candidat reste, au départ, quelle que soit son année de licence ou de master, l’apprenti connaisseur d’une seule discipline. C’est l’École qui l’accueille et le conduira au métier d’enseignant qui doit augmenter et diversifier son bagage initial.

À l’heure actuelle, Le CAPES joue très bien ce rôle de validation de niveau, mais il pourrait tout aussi bien sanctionner ces compétences  disciplinaires quelques années plus tôt, en L3, voire en L2, et dégager de fait deux ou trois années de pleine formation en École, offrant ainsi la possibilité d’obtenir, pourquoi pas, une licence de psychologie, de sciences de l’éducation ou de sociologie, avant de confirmer ou non son engagement dans l’un des métiers de l’enseignement.

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Recruter plus tôt et valoriser le parcours

Aujourd’hui l’étudiant s’engage dans une périlleuse voie à sens unique (le master Enseignement) qui de surcroît peut le piéger en cas d’échec à bac + 5. Ce risque, voire ce piège, beaucoup d’étudiants n’ont pas envie de le connaître et préfèrent la voie, sans compétition ni conséquence fâcheuse, de la thèse et du doctorat.

Il faut réintroduire de la liberté et de la mobilité dans le système d’accès à l’enseignement, et, surtout, il faut remettre la réussite au terme de la formation. Recruter plus tôt, supprimer l’aléa, valoriser le parcours, telle est peut-être la marche à suivre pour donner toute sa validité à  la conviction ministérielle : crise de recrutement, et non crise de vocation.

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Mieux préparer l’entrée dans le métier

À ceux qui, sceptiques, ne croient pas en l’efficacité de ce déploiement de formations nouvelles pour améliorer et faciliter l’exercice concret du métier, ceux qui, revenus de tout, ne font confiance qu’en l’expérience, à l’apprentissage individuel sur le terrain, convaincus que les situations déjouent toujours les formations, il peut être bon de rappeler qu’il ne s’agit pas dans ce projet ambitieux de faire le jeu du monde universitaire, petit monde de chercheurs et de théoriciens éloignés (forcément !) des réalités scolaires, mais bel et bien de préparer l’entrée dans le métier de futurs collègues.

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Informer des réalités concrètes

Ceux-ci ont besoin d’avoir entendu parler de politique éducative, de conseil d’administration, de règlement intérieur, de pédagogie par objectifs, de pédagogie différenciée, de filières d’orientation, de gestion des conflits, de motivation, de notation, de responsabilités et de savoir-être, avant de vivre par eux-mêmes des situations qui mobiliseront ces enseignements et ces informations.

Il n’est pas jusque dans les épisodes récurrents de tension ou de violence qu’une formation en psychologie ne prouve son utilité : combien de crises pourraient être désamorcées si quelques connaissances guidaient la conduite d’enseignants démunis, livrés à leurs seuls réflexes, emportés par leur seul tempérament !

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Construire l’avenir

Tout bien pesé, quel temps aurons nous gagné si, sur les 40 000 enseignants recrutés d’ici neuf mois, près de la moitié tardent des années à donner satisfaction ?

Tenir ses engagements, ce n’est pas se focaliser sur la rentrée 2013, c’est construire l’avenir, c’est répondre à toutes les rentrées à partir de 2013.

Pascal Caglar

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Pour une École supérieure du professorat et de l’éducation.

Violence scolaire et éducation.

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