La question mémorielle au lycée : l’approche de la Grande Guerre par un discours de Maurice Genevoix (1re)

Pages d’un carnet de Maurice Genevoix © Famille Genevoix

L’entrée de la question mémorielle de la Première Guerre mondiale dans les nouveaux programmes de Première confirme la place croissante du couple mémoire/histoire dans l’enseignement scolaire notamment au lycée.

Les anciens programmes de Terminale avaient introduit une réflexion spécifique sur la mémoire dans le cadre des « Rapports des sociétés à leur passé ». Ils invitaient à étudier, à travers la Seconde Guerre mondiale ou la guerre d’Algérie, la distinction entre histoire et mémoire. Ils définissaient en creux la démarche de l’historien, qui reconstitue le passé à partir de sources authentifiées (textes, objets, images) et permet d’analyser la notion de mémoire collective (événements du passé qu’une communauté choisit de préserver de l’oubli).

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« L’Affaire Dreyfus. Vérités et légendes », d’Alain Pagès

Alain Pagès, « L’Affaire Dreyfus. Vérités et légendes »L’affaire Dreyfus est un imbroglio, le type même de l’événement historique complexe et de longue portée, comme en atteste le film très soigné de Roman Polanski, qui dévoile le rôle crucial joué par le lieutenant-colonel Picquart dans le déclenchement du processus (en 1896) qui devait conduire à la réhabilitation de 1906.

Mais entre la condamnation d’Alfred Dreyfus en 1894, sur fond d’antisémitisme, et le dénouement judiciaire, voire jusqu’à l’entrée de Zola au Panthéon en 1908, que de mensonges, de révélations, de péripéties… qui ont construit et relancé un drame total, combinant tous les genres, assez saisissant pour inquiéter l’ensemble de la nation et ébranler ses bases.

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Débats, expositions et animations à l’occasion du centenaire de la naissance de Primo Levi

À l’occasion du centenaire de la naissance de Primo Levi, écrivain et témoin majeur de la Shoah, le Centre Primo Levi organise deux journées de débats, d’expositions, d’informations et d’animations les 15 et 16 novembre 2019, à la mairie du IIIe arrondissement de Paris.

Écrivains, artistes, citoyens, experts et responsables politiques sont invités à mettre en lumière son héritage et à échanger sur la réalité de la violence politique aujourd’hui, le rôle du récit et l’accueil des victimes venues demander l’asile en France.

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Enseigner l’Afrique : pour un nouveau paradigme scolaire

Africa 2020À l’heure où l’Afrique connaît un renouveau fondé sur un développement à la fois économique et culturel impressionnant, il est temps que l’École en France s’attache à renouveler son rapport de connaissance à ce continent longtemps contraint à la périphérie du monde occidental.

Largement absente des programmes scolaires, l’Afrique n’est souvent abordée que par l’angle de l’histoire dramatique ou de la géographie d’une mondialisation qui la délaisse. Comme si elle n’avait pas ou pas eu d’autonomie propre, vouée à la domination chronique à travers la traite négrière, la colonisation, les heurts de la décolonisation et le déclassement économique. Ce traitement essentiellement mémoriel et historique, fondé sur un triptyque négatif esclavage/colonisation/sous-développement, est symptomatique de représentations tenaces dans notre société.

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« Sorry We Missed You », de Ken Loach

« Sorry We Missed You », de Ken LoachLa première scène de Sorry We Missed You, vingt-cinquième long-métrage de fiction de Ken Loach, est sidérante.

Sidérante et douloureuse pour le phénomène de prédation (sociale) auquel elle nous donne d’assister, pour ce qu’elle nous dit de notre monde, du mal que les hommes sont capables (coupables) de s’infliger.

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Restaurer au temps de Victor Hugo : reconstruire à l’identique ou réinventer ?

Charles Meryon, L’abside de Notre-Dame de Paris, eau-forte, 1854

Charles Meryon, L’abside de Notre-Dame de Paris, eau-forte, 1854 © Gallica, BnF

La reconstruction de la toiture et de la flèche de Notre-Dame détruites après l’incendie du 15 avril fait prendre conscience que restaurer ne va pas de soi mais implique des choix, non seulement de matériaux et de technique mais aussi de style et de type de continuité dans l’histoire.

Ces problèmes se sont posés au XIXe siècle lorsque la notion de patrimoine, née sous la Révolution, s’est imposée à la conscience politique. Le regroupement de textes suivant offre la possibilité de comprendre les enjeux esthétiques et idéologiques découverts à cette occasion et au cœur du débat avec l’actualité de l’incendie de Notre-Dame.

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« Nos défaites », de Jean-Gabriel Périot. Cinéma et politique à l’école

« Nos défaites », de Jean-Gabriel PériotQuand Le Luxy, le cinéma « Art et Essai » d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), lui propose de « venir faire un film avec la classe de 1re option cinéma-audiovisuel du lycée Romain-Rolland [durant l’année scolaire 2017-2018] », le réalisateur Jean-Gabriel Périot est surpris, intrigué. Il trouve l’idée « singulière ».

Car il ne s’agit pas de tourner une œuvre collective ni d’aider des lycéens à réaliser leur propre film, mais bien d’élaborer un film « avec » eux, et de faire d’eux les « acteurs » du projet (pédagogique) dont Périot serait le réalisateur.

À la fois placés devant et derrière la caméra, les élèves seraient ainsi situés durant leur année scolaire au cœur du processus de création, tant technique qu’artistique et intellectuel, de l’objet filmique.

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« La Vie de Galilée », de Bertolt Brecht, à la Comédie-Française

« La Vie de Galilée », de Bertolt Brecht, à la Comédie-Française

« La Vie de Galilée », de Bertolt Brecht, mise en scène d’Éric Ruf © Comédie-Française

La Comédie-Française a l’art d’alterner les spectacles et de croiser les pièces les plus diverses : on peut rire actuellement avec La Puce à l’oreille, mais on peut aussi, chose plus rare et plus précieuse encore, réfléchir intelligemment avec La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, mise en scène par Éric Ruf.

Loin d’être ennuyeuse ou pontifiante, cette nouvelle version, de sa distribution à sa mise en scène, de ses costumes à ses décors, de son texte à ses interprètes, fait plus que donner à entendre un débat d’idées, le conflit entre la science et la superstition, entre la vérité et l’obscurantisme, elle fait vivre cette lutte en lui donnant une chair, un cœur et un esprit, l’incarnant dans un homme, Galilée, à la fois profondément humain, et profondément savant.
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