“Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours”, par Alain Corbin

"Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours", par Alain CorbinParler, écrire sur le silence relève évidemment du paradoxe. La meilleure manière de rendre compte de cette absence de bruit (donc de paroles) consisterait à se taire, à ne pas troubler le délicieux vide sonore, quand celui-ci existe.

En observant une telle règle, toutefois, beaucoup de notre vécu ne mériterait pas le commentaire : la saveur d’un met, le plaisir d’une caresse, l’émotion d’un sentiment, la souffrance de la mort.

Mettre des mots sur les choses et les situations pourrait être une manière d’en augmenter le prix. Ce qu’a bien compris l’historien des idées Alain Corbin qui, depuis trois ou quatre décennies, analyse avec bonheur les pratiques sexuelles, les odeurs, les paysages, l’apparence des corps ou la symbolique de l’arbre, et, tout récemment, le mythe de la créature féminine idéale.

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Edgar Morin : “Penser global. L’humain et son univers”

"Penser global. L'humain et son univers", d'Edgar MorinAprès plusieurs dizaines de livres et sept décennies de réflexion et d’écriture, Edgar Morin parvient encore à poser, avec intelligence et finesse, les questions fondamentales qui engagent notre destin.

Ce Penser global, qui paraît aujourd’hui, reprend pas mal des idées ou des analyses qui nourrissaient les ouvrages précédents. Mais, s’il n’est pas neuf, il est plus efficace car plus direct, plus simple et plus « parlé », dans la mesure où il constitue la mise au clair de six conférences prononcées à la Fondation de la Maison des sciences de l’homme (FMSH) pour marquer les cinquante ans de son existence.

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Programme de français et de philosophie des classes préparatoires scientifiques en 2015-2016

Henri Barbusse

Henri Barbusse

En 2015-2016, l’enseignement de français et de philosophie dans les classes préparatoires scientifiques durant l’année scolaire 2015-2016 s’appuiera notamment sur les thèmes suivants, étudiés à travers les œuvres littéraires et philosophiques précisées ci-après.

Thème 1 : « La guerre ».

Thème 2 : « Le monde des passions ».

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En relisant Guy Debord, cinquante ans après

"La Société du spectacle", de Guy DebordUn récent numéro de l’École des lettres rendait compte des débats organisés autour du livre de Andrew Hussey, Guy Debord. La Société du spectacle et son héritage punk (Éditions Globe). Cette lecture a réveillé en moi l’écho de toutes les références  à l’Internationale situationniste et à Guy Debord entendues en Mai 1968. Cela m’a donné envie de relire, avec bien des années de recul, les écrits de ce dernier.

Le point central et qui me semble bien observé : l’essentiel du rapport social est maintenant dans l’image et non dans l’authenticité de l’être. On est passé de l’être au paraître. Il faut se faire voir, se faire entendre, faire son autoportrait en permanence. « La condition de vedette est la spécialisation du vécu apparent. »

De plus, le spectacle est lié à la société de consommation. L’abondance des marchandises et la création incessante de nouveaux objets participent au spectacle comme un« pseudo-usage de la vie ».

Mais, au-delà, s’ouvre un grand vide : « Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même. »

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Denis Kambouchner, “Descartes n’a pas dit”, ou comment lire Descartes en cartésien…

Denis Kambouchner, "Descartes n'a pas dit. Un répertoire des fausses idées sur l'auteur du "Discours de la méthode", avec les éléments utiles et une esquisse d'apologie"Être cartésien… Apanage des ingénieurs et des anticléricaux, des amoureux de l’ordre et des angles bien tracés… « Je suis cartésien ! », prétendent tous ceux qui n’entendent pas abandonner leur clairvoyance aux mains des séduisantes croyances et du marasme des passions.

Mais Descartes était-il lui-même cartésien en ce sens ? Retrouve-t-on dans ses textes l’hégémonie d’une raison imperméable aux sensations et aux émotions, indifférente aux réalités surnaturelles qui dépassent sa compréhension ?

C’est étrange mais, lorsque nous le lisons pour de bon, c’est plutôt l’inverse que nous rencontrons : philosophie du corps et de l’expérience, philosophie de la croyance, philosophie des passions ; la philosophie de Descartes, c’est aussi tout cela, bien loin de l’idée que nous nous en faisons. Autant dire que la doctrine de celui qui a un jour écrit « je pense donc je suis » est recouverte de nombreux lieux communs auxquels il fallait qu’un authentique cartésien s’occupât de tordre le cou.

Voilà alors ce que fait Denis Kambouchner dans son élégant Descartes n’a pas dit qui vient de paraître aux Belles Llettres.

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L’Institut français au Salon du livre de Paris

Programme de l'Institut français au Salon du livre de ParisPendant toute la durée du Salon du livre de Paris, l’Institut français (espace P68) propose à des créateurs venus du monde entier de dialoguer avec des artistes, des chercheurs et des écrivains français.

Cette programmation, rigoureuse et éclectique, reflète l’identité de l’Institut français, son inscription au cœur du dialogue des cultures.

À travers ces conversations, l’Institut français souhaite enrichir le débat public et proposer des points de vues inédits sur l’actualité de la création et les grands enjeux de société, en lien étroit avec les invités d’honneur de l’édition 2015.

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Pouvoir politique et liberté d’expression : Spinoza à la rescousse

Spinoza, par Franz Wulfhagen (1664)

Spinoza, par Franz Wulfhagen (1664)

Ces malheureuses circonstances provoquent de toutes parts des remarques qui s’inscrivent sur le fond de problèmes constituant encore des défis pour la bonne intelligence des conditions du « vivre ensemble ».

On entend partout l’hurlante invocation de nos droits fondamentaux, ceux de la liberté de penser et de s’exprimer, face au fanatisme intolérant qui, à travers eux, s’en prend à l’ordre public.

« La guerre est déclarée », déclament même certains.

Comment toutefois ne pas être frappé par ce à quoi nous avons assisté ces derniers jours : un duel entre, d’un côté, la république (littéralement, la res publica, la chose publique) et, de l’autre, une minorité infime incarnée dans quelques individus ? Duel incompréhensible s’il en est, compte tenu de l’incommensurabilité des forces en opposition.

Mais duel incompréhensible seulement si nous le pensons en termes de « guerre », comme certains responsables politiques l’ont fait expressément.

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“Lumières pour enfants”, les petites conférences du Nouveau Théâtre de Montreuil

Les "Petites conférences" du Nouveau Théâtre de MontreuilAu Nouveau Théâtre de Montreuil la dramaturge Gilbert Tsaï propose depuis 2001 « Lumières pour enfants », des petites conférences où chercheurs, artistes, journalistes accomplis transmettent aux enfants leur passion en leur parlant de leur métier, de leur pratique, de leurs recherches.

Lumières pour enfants est le titre d’un recueil de conférences radiophoniques que Walter Benjamin (1888-1940) prononça sur les ondes de la radio allemande de 1929 à 1932.

Dans un langage clair et accessible le philosophe y évoque aussi bien les Tziganes que le dialecte berlinois, l’histoire de la Bastille que le Docteur Faust, Cagliostro que la chute de Pompéi.

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