Lire le roman policier : séminaire de l’INSPÉ de Paris

L’INSPÉ de l’académie de Paris organise en février et mars un séminaire sur le roman policier. Quatre rencontres avec des auteurs sont prévues, de 13 h 30 à 15 h 30, les mardis suivants :
– 25 février : Jean-Hugues Oppel ;
– 3 mars : Pierre Bayard ;
– 10 mars : Tanguy Viel ;
– 17 mars : Malika Ferdjoukh.

Les échanges porteront sur certaines œuvres des invités et sur les formes et enjeux du roman policier contemporain.

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« Le monstre de la mémoire », de Yishaï Sarid : la mémoire à la folie

« Le monstre de la mémoire », de Yishaï SaridVoilà un roman explosif, radical et sans doute nécessaire. Comment transmettre aux nouvelles générations la Shoah, crime majeur (mais loin d’être unique) du XXe siècle, le crime conçu et mené de façon méthodique comme une entreprise industrielle requérant ingénieurs et exécutants zélés pour exterminer un peuple à l’échelle mondiale ? Comment le raconter, le montrer, garder intacte la puissance de l’événement ?

Le narrateur du Monstre de la mémoire écrit une lettre au directeur de Yad Vashem pour relater son expérience et montrer comment ce qui est devenu une épreuve, l’a conduit à un débordement, une dernière erreur ou « faute ». Le roman d’Yshaï Sarid est souvent excessif, violent par les questions et les paradoxes qu’il soulève, mais c’est la principale vertu du roman que de mettre le lecteur en question et de susciter le débat. L’auteur, avocat et romancier, a écrit un roman policier salué et primé, Le Poète de Gaza, et est aussi l’auteur d’une dystopie que les élucubrations d’un président américain et de son ami israélien rendent depuis peu possible : Le Troisième Temple. Sarid prend parti en écrivant, il glisse un fer dans la plaie.

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« Dictionnaire Michel Tournier », dirigé et préfacé par Arlette Bouloumié

« Dictionnaire Michel Tournier »Faire l’objet d’un dictionnaire à son nom, pour un écrivain, c’est un peu comme entrer dans la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade » : la reconnaissance d’un vrai statut littéraire et un appréciable signe de notoriété, aussi populaire qu’universitaire.

Michel Tournier qui a déjà, il y a peu (2017), bénéficié du second honneur avec le volume de Romans suivis de Le Vent Paraclet sous la direction de la meilleure spécialiste, l’infaillible Arlette Bouloumié, reçoit aujourd’hui une autre consécration, celle d’une présentation alphabétique centrée sur sa vie et son œuvre et dirigée, une fois de plus, par la très active professeur émérite de l’université d’Angers que nous remercions pour cette heureuse initiative. Disparu en janvier 2016, Tournier n’aura pu connaître de son vivant ni l’un ni l’autre de ces deux hommages éditoriaux.

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Un microcosme français : « 209 rue Saint-Maur Paris Xe, autobiographie d’un immeuble », de Ruth Zylberman

« 209 rue Saint-Maur Paris Xe autobiographie d’un immeuble », de Ruth ZylbermanGlaner, gratter, creuser : ces verbes sont ceux qu’Agnès Varda ou Perec employaient, dans leurs films tel Mur murs ou des livres comme Espèces d’espaces. Ces actions à la fois banales et minutieuses, Ruth Zylberman les mène pour tracer l’autobiographie d’un immeuble, dans un quartier chargé d’Histoire, à Paris.

Ce 209 rue Saint-Maur a tout vu, de 1848 à 2020 et surtout en 1870, 1942 et 2015. Comme l’écrit l’auteure, au sujet d’un funeste soir de novembre, « Dans ces topographies superposées se jouait la façon dont la violence et la destruction viennent s’imposer au cœur des plus intimes chemins. »

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« Vie de Gérard Fulmard », de Jean Echenoz

« Vie de Gérard Fulmard », de Jean EchenozDans Envoyée spéciale, le précédent roman de Jean Echenoz, tout commençait par un enlèvement rue Pétrarque. Vie de Gérard Fulmard commence par une explosion surprenante Porte d’Auteuil dans ce même XVIe arrondissement.

La vraie différence est que Constance, la jeune femme kidnappée se retrouvait dans la Creuse, non loin des Cards (on verra l’importance de ce lieu plus tard) puis en Corée du Nord, alors que Fulmard, résident de la rue Erlanger ne sort jamais de Paris, sinon pour de brefs moments dans la banlieue ouest de la capitale.

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 « Avant que j’oublie », d’Anne Pauly : un autre père

Anne Pauly, "Avant que j'oublie"« Rire ou pleurer, c’était toute la question. » Telle est la remarque que se fait Anne, narratrice de Avant que j’oublie, lorsqu’il faut préparer l’enterrement de son père. La réponse qu’elle apporte au long du roman, c’est rire et pleurer. On rit de ce qui fait souvent pleurer, la mort d’un père, et c’est là l’un des bonheurs à la lecture de ce premier roman.

Avant que j’oublie est l’histoire de Jean-Pierre Pauly, de ses derniers jours, de sa mort, des mois que sa fille consacre à vider sa maison de Carrières-sous-Poissy.

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La rentrée des autres, « Ordinary People », de Diana Evans

Diane Evans, Ordinary peopleCaptée par la figure centrale du migrant, la littérature contemporaine retrouve des accents engagés en faveur des droits de l’homme.

Ailleurs, des femmes puissantes, pour reprendre un titre bien connu, proposent une vision nouvelle de la place de l’autre dans nos sociétés.

De l’émigré à l’immigré puis au migrant la figure de l’autre géographique, de l’exilé héroïque des temps modernes contribue à animer littérature et idées depuis quelques rentrées littéraires déjà. Après les témoignages viennent les prises de position.

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Peter Handke, Prix Nobel 2019

Peter Handke dans les années 1980

Qui a aimé le cinéma dans les années soixante-dix ou quatre-vingt a encore dans les yeux et les oreilles des images et les sons des films écrits par Peter Handke, avec Wim Wenders : Faux Mouvement, mais aussi, pour son début impressionnant, Les Ailes du désir. Et puis il y a eu La Femme gauchère, à la fois roman et film de Peter Handke.

Cette façon dont un homme racontait comment une femme s’écarte de l’homme avec qui elle vit, la façon dont elle construit sa vie, c’était, comme les films d’Alain Tanner avec Bruno Ganz ou Bulle Ogier, un parfum de liberté, une énergie retenue si l’on ose la formule, qui manque cruellement à notre époque cadenassée et angoissée.

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