« Avant que j’oublie », d’ Anne Pauly : un autre père

Anne Pauly, "Avant que j'oublie"« Rire ou pleurer, c’était toute la question. » Telle est la remarque que se fait Anne, narratrice de Avant que j’oublie, lorsqu’il faut préparer l’enterrement de son père. La réponse qu’elle apporte au long du roman, c’est rire et pleurer. On rit de ce qui fait souvent pleurer, la mort d’un père, et c’est là l’un des bonheurs à la lecture de ce premier roman.

Avant que j’oublie est l’histoire de Jean-Pierre Pauly, de ses derniers jours, de sa mort, des mois que sa fille consacre à vider sa maison de Carrières-sous-Poissy.

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La rentrée des autres, « Ordinary People », de Diana Evans

Diane Evans, Ordinary peopleCaptée par la figure centrale du migrant, la littérature contemporaine retrouve des accents engagés en faveur des droits de l’homme.

Ailleurs, des femmes puissantes, pour reprendre un titre bien connu, proposent une vision nouvelle de la place de l’autre dans nos sociétés.

De l’émigré à l’immigré puis au migrant la figure de l’autre géographique, de l’exilé héroïque des temps modernes contribue à animer littérature et idées depuis quelques rentrées littéraires déjà. Après les témoignages viennent les prises de position.

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Peter Handke, Prix Nobel 2019

Peter Handke dans les années 1980

Qui a aimé le cinéma dans les années soixante-dix ou quatre-vingt a encore dans les yeux et les oreilles des images et les sons des films écrits par Peter Handke, avec Wim Wenders : Faux Mouvement, mais aussi, pour son début impressionnant, Les Ailes du désir. Et puis il y a eu La Femme gauchère, à la fois roman et film de Peter Handke.

Cette façon dont un homme racontait comment une femme s’écarte de l’homme avec qui elle vit, la façon dont elle construit sa vie, c’était, comme les films d’Alain Tanner avec Bruno Ganz ou Bulle Ogier, un parfum de liberté, une énergie retenue si l’on ose la formule, qui manque cruellement à notre époque cadenassée et angoissée.

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« Par les routes », de Sylvain Prudhomme

Une utopie

Parmi les villages que compte la France, il en est un qui s’appelle Camarade. Il se trouve dans l’Ariège. C’est là que se termine Par les routes, par une rencontre comme semble les aimer l’auteur, qui en racontait déjà une, en Camargue, dans Légende, son précédent roman. Mais partons du début et de retrouvailles.

Sacha, narrateur de ce roman, est venu à V., gros village dans le sud-est de la France, pour se poser,  et trouver « la juste dose d’isolement qui me permettrait enfin de me ramasser, de me reprendre, peut-être de renaître ».

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« Le Ghetto intérieur », de Santiago H. Amigorena

« Le Ghetto intérieur », de Santiago H. AmigorenaFace à l’événement

« Il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé à écrire un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né […] Les quelques pages que vous tenez entre vos mains sont à l’origine de ce projet littéraire. » Ces phrases figurent en préambule du Ghetto intérieur, roman d’un écrivain dont le projet autobiographique se construit autour de titres comme Une enfance laconique, Une jeunesse aphone ou Une adolescence taciturne.

Cinéaste et scénariste (notamment de films de Cedric Klapisch) Santiago H. Amigorena, revient ici sur un épisode qui concerne son grand-père, Vicente Rosenberg, mais il le met en forme car il ne l’a pas entendu de ce grand-père plus que taciturne, quasiment muet.

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« L’Estrange Malaventure de Mirella », de Flore Vesco, prix Vendredi 2019

« L’Estrange Malaventure de Mirella », de Flore VescoJoyeusement transgressif, le roman de Flore Vesco, L’Estrange Malaventure de Mirella, est une réussite absolue qui repousse encore un peu la frontière entre littérature jeunesse et littérature tout court. La quatrième de couverture prévient le lecteur : il s’agit de l’histoire des rats de Hameln, une histoire que l’on croit connaître mais que les frères Grimm ou Mérimée se sont contentés de rapporter telle qu’elle avait été colportée, c’est-à-dire mal !

La véritable héroïne de cette histoire est la jeune orpheline Mirella enrôlée dans les rangs des porteurs d’eau par le bourgmestre de Hameln. Son quotidien n’est pas drôle : toute la journée elle se doit de porter l’eau de la Wieser à qui lui en demande et, quand vient le soir, elle dîne d’un brouet insipide et dort sur une paillasse avec ses compagnons d’infortune, des garçons, des orphelins dont la concupiscence l’oblige à sans cesse se tenir sur ses gardes.

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Voix et vies de Romain Gary

Romain GaryEntrer dans la « Pléiade » est, comme obtenir le prix Nobel, une façon de devenir un classique. Ou pour user d’une métaphore, c’est faire partie d’un panthéon.

L’écrivain portugais Antonio Lobo Antunes dont l’œuvre devrait entrer dans la collection d’ici peu, en est même plus heureux, plus fier, que d’un Nobel pourtant mérité et jamais reçu. Les contingences politiques auxquelles répond parfois l’Académie suédoise l’en avaient privé.

Romain Gary ne risque rien sur ce plan-là.

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« Pourquoi écrire ? » de Philip Roth. L’art singulier du roman

Voici un peu plus d’un an, six ans après avoir arrêté d’écrire, Philip Roth mourait. L’une des figures majeures de la littérature américaine laissait une œuvre riche, complexe et joyeuse, souvent provocatrice, toujours profonde. Qui a lu sans émotion Le Théâtre de Sabbath ou Patrimoine gagnerait à le relire d’urgence.

En attendant paraissent des essais dont une grande partie est inédite, les cent cinquante pages de celle intitulée Explications. Tout au long de sa carrière, Roth qui a aussi enseigné la littérature, a réfléchi sur son art, et dit son admiration pour des contemporains.

Son premier recueil, Du côté de Portnoy date de 1975. Il y revient surtout sur ses premiers romans et les polémiques qu’ils ont suscités.

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