« Dictionnaire Michel Tournier », dirigé et préfacé par Arlette Bouloumié

« Dictionnaire Michel Tournier »Faire l’objet d’un dictionnaire à son nom, pour un écrivain, c’est un peu comme entrer dans la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade » : la reconnaissance d’un vrai statut littéraire et un appréciable signe de notoriété, aussi populaire qu’universitaire.

Michel Tournier qui a déjà, il y a peu (2017), bénéficié du second honneur avec le volume de Romans suivis de Le Vent Paraclet sous la direction de la meilleure spécialiste, l’infaillible Arlette Bouloumié, reçoit aujourd’hui une autre consécration, celle d’une présentation alphabétique centrée sur sa vie et son œuvre et dirigée, une fois de plus, par la très active professeur émérite de l’université d’Angers que nous remercions pour cette heureuse initiative. Disparu en janvier 2016, Tournier n’aura pu connaître de son vivant ni l’un ni l’autre de ces deux hommages éditoriaux.

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Humanités, littérature et philosophie : l’orateur et son public

"L'homme qui rit", de Victor HugoCette première séquence de l’année, dans l’enseignement de spécialité « Humanités, littérature et philosophie », vise, du point de vue de la littérature, un double objectif. Il s’agira, sur le plan culturel, de fixer quelques notions issues de la rhétorique antique et, sur le plan méthodologique, d’initier les élèves à la question dite d’interprétation.

L’ensemble du programme sera abordé en privilégiant l’axe de la chronologie (voir l’esquisse de progression) et certains textes feront l’objet d’une double approche. L’évaluation portera sur le discours de Gwynplaine (Victor Hugo, L’Homme qui rit, 1869) à la Chambre des Lords avec une question d’interprétation en littérature et une question de réflexion en philosophie.

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Un microcosme français : « 209 rue Saint-Maur Paris Xe, autobiographie d’un immeuble », de Ruth Zylberman

« 209 rue Saint-Maur Paris Xe autobiographie d’un immeuble », de Ruth ZylbermanGlaner, gratter, creuser : ces verbes sont ceux qu’Agnès Varda ou Perec employaient, dans leurs films tel Mur murs ou des livres comme Espèces d’espaces. Ces actions à la fois banales et minutieuses, Ruth Zylberman les mène pour tracer l’autobiographie d’un immeuble, dans un quartier chargé d’Histoire, à Paris.

Ce 209 rue Saint-Maur a tout vu, de 1848 à 2020 et surtout en 1870, 1942 et 2015. Comme l’écrit l’auteure, au sujet d’un funeste soir de novembre, « Dans ces topographies superposées se jouait la façon dont la violence et la destruction viennent s’imposer au cœur des plus intimes chemins. »

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« Vie de Gérard Fulmard », de Jean Echenoz

« Vie de Gérard Fulmard », de Jean EchenozDans Envoyée spéciale, le précédent roman de Jean Echenoz, tout commençait par un enlèvement rue Pétrarque. Vie de Gérard Fulmard commence par une explosion surprenante Porte d’Auteuil dans ce même XVIe arrondissement.

La vraie différence est que Constance, la jeune femme kidnappée se retrouvait dans la Creuse, non loin des Cards (on verra l’importance de ce lieu plus tard) puis en Corée du Nord, alors que Fulmard, résident de la rue Erlanger ne sort jamais de Paris, sinon pour de brefs moments dans la banlieue ouest de la capitale.

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 « Avant que j’oublie », d’Anne Pauly : un autre père

Anne Pauly, "Avant que j'oublie"« Rire ou pleurer, c’était toute la question. » Telle est la remarque que se fait Anne, narratrice de Avant que j’oublie, lorsqu’il faut préparer l’enterrement de son père. La réponse qu’elle apporte au long du roman, c’est rire et pleurer. On rit de ce qui fait souvent pleurer, la mort d’un père, et c’est là l’un des bonheurs à la lecture de ce premier roman.

Avant que j’oublie est l’histoire de Jean-Pierre Pauly, de ses derniers jours, de sa mort, des mois que sa fille consacre à vider sa maison de Carrières-sous-Poissy.

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La question mémorielle au lycée : l’approche de la Grande Guerre par un discours de Maurice Genevoix (1re)

Pages d’un carnet de Maurice Genevoix © Famille Genevoix

L’entrée de la question mémorielle de la Première Guerre mondiale dans les nouveaux programmes de Première confirme la place croissante du couple mémoire/histoire dans l’enseignement scolaire notamment au lycée.

Les anciens programmes de Terminale avaient introduit une réflexion spécifique sur la mémoire dans le cadre des « Rapports des sociétés à leur passé ». Ils invitaient à étudier, à travers la Seconde Guerre mondiale ou la guerre d’Algérie, la distinction entre histoire et mémoire. Ils définissaient en creux la démarche de l’historien, qui reconstitue le passé à partir de sources authentifiées (textes, objets, images) et permet d’analyser la notion de mémoire collective (événements du passé qu’une communauté choisit de préserver de l’oubli).

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« Ne change jamais ! Manifeste à l’usage des citoyens en herbe », de Marie Desplechin

« Ne change jamais ! Manifeste à l'usage des citoyens en herbe» de Marie DesplechinLe Salon du livre de Montreuil ouvre ses portes le mercredi 27 novembre. Comme à l’accoutumée, la joie des livres et le bonheur des rencontres avec son auteur/e préféré/e seront mis à l’honneur. Pour autant, pas question d’imaginer l’œuvre de jeunesse enfermée dans sa bulle d’idéalisme.

Dans tous les livres exposés chargés de refaire le monde, combien en effet d’œuvres embarquées suscitant moult interrogations sur la vie moderne et même sur l’avenir de la planète ?

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« Icebergs », de Tanguy Viel

« Icebergs », de Tanguy VielL’ouvrage que Tanguy Viel vient de publier parait se distinguer clairement de son œuvre romanesque. Ce pourrait même être son premier ouvrage de critique littéraire au sens strict, même si son œuvre abonde de moments où la fiction se met à distance d’elle-même. L’écrivain aborde ici un certain nombre d’auteurs, plutôt rattachés à la modernité, ou en tout cas à un moment où l’œuvre se prend comme objet principal et dévoile crûment les tours de l’illusionnisme romanesque.

Les écrivains qui intriguent Viel ont pu faire scandale à leur époque pour devenir désormais des passages obligés autant de la réflexion littéraire que de la magie romanesque, que finalement ils renouvellent en s’éloignant des infécondités d’une prétendue analogie réaliste. Virginia Woolf, Thomas Bernhard apparaissent comme des emblèmes de cette réussite romanesque, nourrie par les flots de la mélancolie et de l’inquiétude.

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