« Le Crâne de mon ami », d’Anne Boquel et Étienne Kern : quand la littérature nourrit l’amitié

De l’Antiquité, quand le poète latin Horace se désolait déjà devant la « race irritable des poètes », jusqu’à nos jours, alors que le cinéaste Olivier Assayas évoque, dans Doubles vies, les relations houleuses entre éditeurs et auteurs parisiens, les écrivains semblent voués entre eux à la mésentente, aux conflits, voire à l’hostilité. C’est ce qu’ont décrit Anne Boquel et Étienne Kern dans un précédent ouvrage intitulé Une histoire des haines d’écrivains (Flammarion, 2009). Afin, sans doute, de ne pas voir sombrer leurs lecteurs dans une vision trop sombre de la vie littéraire, ces deux professeurs en classes préparatoires nous offrent cette fois (sur le conseil de Michel Tournier, avouent-ils dans leur introduction) des portraits d’écrivains… et néanmoins amis. Continuer la lecture

« Histoires de la nuit », de Laurent Mauvignier : un conte de nos temps obscurs

Disons-le d’emblée, ce roman est l’un des plus puissants de la rentrée automnale.

Histoires de la nuit se déroule en une soirée, en un lieu, et l’action principale se résume en peu de mots : un trio mal intentionné pénètre dans un hameau et terrorise ses rares habitants. Au terme de cette épreuve, le sang coulera. C’est un thriller, un livre qu’on ne lâche pas avant de l’avoir lu jusqu’au bout, mais c’est aussi et surtout un roman de Laurent Mauvignier, dont on retrouve l’écriture, les thématiques et des noms désormais familiers. Continuer la lecture

« Vivons livres ! » un hommage des auteurs de l’école des loisirs aux libraires

Un recueil de textes et de dessins inédits

Près de soixante auteurs – ce sont eux qui en parlent le mieux – y partagent leur amour de la librairie, « cave aux trésors », « espace de liberté », « sloop, brick ou goélette », « île où les paysages varient sans cesse », et disent en mots ou en images l’importance des échanges avec leurs libraires, ces « arpenteurs », « chasseurs de mots » et « magiciens » qui sont notre « famille » et qu’heureusement aucun algorithme ne saura jamais remplacer.

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Le long chemin de Jeff

Qui est Joseph Kessel ? Question étonnante en apparence : le collégien ou le professeur dira l’auteur du Lion, du Petit âne blanc, présents dans ces volumes de la « Pléiade ». Et parfois, si le collégien a étudié avant nos années, celui d’Une balle perdue, roman sur les émeutes de Barcelone en 1934, et sur la vieille opposition entre Catalogne et Castille. Le passionné des années folles songera au noctambule, flambeur, séducteur, passant ses nuits à Montmartre avec tout ce que Paris compte de personnalités plus ou moins fréquentables.

Sur le plan politique, il n’est pas très regardant non plus : Carbuccia, Suarez, Béraud… ils deviennent bien encombrants quand au milieu des années, ils prennent un virage serré à l’extrême-droite. Ils étaient de grands amis, Kessel s’éloigne.

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« Comédies françaises », d’Éric Reinhardt : rêveur et railleur

Il existe un point commun entre Dimitri, héros de Comédies françaises, et l’auteur, Éric Reinhardt : tous deux sont curieux, avides de découvrir et de faire connaître. Le premier est un personnage de fiction ; le second a déjà montré dans Cendrillon (Stock, 2007) et dans Le Système Victoria (Stock, 2011), pour ne prendre que ces deux exemples, combien il aime mêler figures imaginaires et réelles, aventure(s) amoureuse(s) et dimension documentaire. Continuer la lecture

« De l’autre côté du pont », de Padma Venkatraman ou le courage des laissés pour compte

• « De l’autre côté du pont », de Padma VenkatramanComment réagir aux violences du père (Appa) qui tous les soirs rentre ivre et s’en prend à la douce Amma, la mère ? Un soir il va même jusqu’à lui casser le bras. Viji, onze ans, assiste impuissante aux colères de son père jusqu’au jour où il s’en prend à Rukku, sa sœur aînée. Rukku souffre d’une déficience mentale et Viji ne saurait accepter qu’on s’en prenne à elle.

Comprenant que leur mère ne trouvera jamais le courage de s’opposer à son mari, elle décide de fuir avec Rukku et de gagner la grande ville la plus proche Chennai – anciennement Madras, dans le sud de l’Inde.

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« Les Aventures de Pinocchio », de Luigi Comencini

« Les Aventures de Pinocchio », de Luigi Comencini

Nino Manfredi dans « Les Aventures de Pinocchio », de Luigi Comencini © DR

On connaît tous l’histoire. Un petit village de Toscane, à la fin du XIXe siècle. Un pauvre menuisier. Une bûche magique. Une marionnette intrépide ou les aventures de Pinocchio.

Le célèbre conte de l’écrivain-journaliste Carlo Collodi (1826-1890) est à nouveau adapté au cinéma. Le réalisateur italien Matteo Garrone en est l’auteur, et il précède de peu les versions de Ron Howard (avec Robert Downey Jr., produit par Warner), de Guillermo del Toro (animation, Netflix) et de Robert Zemeckis (avec Tom Hanks, Disney), toutes trois annoncées (avant confinement) cette année, au plus tard en 2021. Le bicentenaire de la naissance de l’auteur toscan avant l’heure, en quelque sorte.

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Les « classiques » au collège et au lycée

"Moby Dick", d'Herman Melville, collection "Classiques" de l'école des loisirs« Un classique est quelque chose que tout le monde voudrait avoir lu et que personne ne veut lire », écrivait judicieusement Mark Twain. « Les classiques sont ces livres dont on entend toujours dire : “Je suis en train de le relire…”  et jamais : “Je suis en train de le lire” », renchérissait Italo Calvino.

Deux définitions lucides – et donc cruelles – par deux écrivains eux-mêmes réputés « classiques », sans oublier Flaubert qui, dans son Dictionnaire des idées reçues, inscrit à l’entrée « Classiques » : « On est censé les connaître… » Continuer la lecture