Blogs, « pages perso » et feuilles volantes au XVIIIe siècle, l’éternelle concordance des temps

Entre l’invention de l’imprimerie et l’invention de la communication numérique, entre la révolution du livre imprimé et la révolution d’Internet, il y a eu, au XVIIIe siècle, l’invention des feuilles périodiques, des « feuillets volants », révolutionnant la diffusion et la circulation des idées, le rapport et les échanges entre auteurs et lecteurs, donnant naissance à un journalisme non-professionnel, d’expression libre, à la fois centré sur soi et le monde, véritable anticipation des sites, blogs, et autres pages « perso » qui se créent par millions sur Internet depuis 1991.

C’est une expérience bien troublante qui attend le professeur et ses élèves se livrant à une comparaison entre l’effervescence des premiers périodiques du XVIIIe siècle et le succès des bloggeurs d’aujourd’hui.

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« L’Estrange Malaventure de Mirella », de Flore Vesco, prix Vendredi 2019

Mis en avant

« L’Estrange Malaventure de Mirella », de Flore VescoJoyeusement transgressif, le roman de Flore Vesco, L’Estrange Malaventure de Mirella, est une réussite absolue qui repousse encore un peu la frontière entre littérature jeunesse et littérature tout court. La quatrième de couverture prévient le lecteur : il s’agit de l’histoire des rats de Hameln, une histoire que l’on croit connaître mais que les frères Grimm ou Mérimée se sont contentés de rapporter telle qu’elle avait été colportée, c’est-à-dire mal !

La véritable héroïne de cette histoire est la jeune orpheline Mirella enrôlée dans les rangs des porteurs d’eau par le bourgmestre de Hameln. Son quotidien n’est pas drôle : toute la journée elle se doit de porter l’eau de la Wieser à qui lui en demande et, quand vient le soir, elle dîne d’un brouet insipide et dort sur une paillasse avec ses compagnons d’infortune, des garçons, des orphelins dont la concupiscence l’oblige à sans cesse se tenir sur ses gardes.

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Ateliers d’écriture, un succès à méditer

Rejoindre "l'École des lettres"Décidément l’Éducation nationale a toujours un temps de retard : dans sa dernière réforme elle supprime l’écriture d’invention au moment même où l’écriture créative atteint la reconnaissance de la société française à travers les ateliers d’écriture, salués par les auteurs, promus par les éditeurs, courus par les amateurs, courtisés par les universités, utilisés par des institutions sociales (réinsertion, hôpitaux, prisons), et, suprême consécration, reconnus égaux en dignité avec les creative writings américains.

L’Éducation nationale aime la technique s’il s’agit d’apprendre à faire un commentaire ou une dissertation mais méprise cette même technique s’il s’agit d’apprendre à écrire une nouvelle, peindre un caractère ou faire parler un personnage. Résultats : des générations d’élèves qui savent à peine bâtir un exercice purement scolaire, et ne savent pas du tout parler de soi ou de ses émotions, créer ou imaginer à partir de leur expérience, raconter ou décrire une scène de manière captivante.
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Voix et vies de Romain Gary

Romain GaryEntrer dans la « Pléiade » est, comme obtenir le prix Nobel, une façon de devenir un classique. Ou pour user d’une métaphore, c’est faire partie d’un panthéon.

L’écrivain portugais Antonio Lobo Antunes dont l’œuvre devrait entrer dans la collection d’ici peu, en est même plus heureux, plus fier, que d’un Nobel pourtant mérité et jamais reçu. Les contingences politiques auxquelles répond parfois l’Académie suédoise l’en avaient privé.

Romain Gary ne risque rien sur ce plan-là.

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Premières semaines de classe (1) : conseils de rentrée aux professeurs stagiaires de lettres

Pour une mise en œuvre « heureuse »
d’une première semaine de classe

Ce dossier très concret, fondé sur l’observation de nombreuses classes de collège et de lycée, rend possible divers mode de lecture en fonction des besoins spécifiques des professeurs stagiaires de lettres. Néanmoins, son parcours exhaustif reste utile quel que soit le niveau des classes que chacun peut avoir en responsabilité de la sixième à la première.

Par exemple, tout ce qui est exprimé à propos de l’abord d’une classe de sixième ne devient pas caduque si l’on n’a par exemple que des classes du cycle 4, voire de lycée. D’où le fait que la partie qui concerne la sixième soit plus longue que les suivantes. Elle pose en effet une série d’éléments qui restent très opérants pour toutes les autres classes.

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Premières semaines de classe (2) : trois séquences « zéro » – 6e/5e, 4e/3e, 2de/1re

La première semaine de classe pour un néo-professeur demeure très particulière. Après la réussite au concours, il faut faire sa véritable son entrée dans le métier en assumant la responsabilité d’un groupe d’élèves, avec toutes les contraintes que cela suppose.

Dans ce contexte, plus ou moins inédit en fonction du parcours personnel de chacun, il peut être utile de bénéficier de quelques conseils pratiques tant du point de vue de la gestion de classe que de l’organisation du travail.

En outre, dans cette phase d’expérimentation et de découverte, promise nécessairement à des tâtonnements, il peut être fructueux de s’appuyer sur un support d’activités conçu pour engager les premières heures de cours.

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« Seuls les enfants savent lire », de Michel Zink. L’amour des livres, « un amour d’enfance »

« Seuls les enfants savent lire », de Michel Zink« L’amour des livres est un amour d’enfance », c’est fort de cette certitude que Michel Zink, s’est livré avec bonheur à une entreprise autobiographique qui se donne pour objet d’interroger ses lectures précoces. Seuls les enfants savent lire que les éditions des Belles Lettres viennent de rééditer est un livre original dans lequel l’auteur, académicien, médiéviste émérite, fondateur de la collection « Lettres gothiques » au Livre de poche, revient avec émotion sur ses premières lectures.

« La règle que je me fixe, écrit-il, en rassemblant ces souvenirs, est de ne pas relire les livres dont je parle, puisque je cherche, non à en donner un aperçu complet et objectif, mais à retrouver la trace qu’ils ont laissé dans ma mémoire. »

L’entreprise séduit tout lecteur au long cours et l’on ne peut s’empêcher de s’interroger soi-même : Qu’aurais-je moi-même sélectionné si je m’étais lancé dans  la même entreprise ?

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