Un microcosme français : « 209 rue Saint-Maur Paris Xe, autobiographie d’un immeuble », de Ruth Zylberman

« 209 rue Saint-Maur Paris Xe autobiographie d’un immeuble », de Ruth ZylbermanGlaner, gratter, creuser : ces verbes sont ceux qu’Agnès Varda ou Perec employaient, dans leurs films tel Mur murs ou des livres comme Espèces d’espaces. Ces actions à la fois banales et minutieuses, Ruth Zylberman les mène pour tracer l’autobiographie d’un immeuble, dans un quartier chargé d’Histoire, à Paris.

Ce 209 rue Saint-Maur a tout vu, de 1848 à 2020 et surtout en 1870, 1942 et 2015. Comme l’écrit l’auteure, au sujet d’un funeste soir de novembre, « Dans ces topographies superposées se jouait la façon dont la violence et la destruction viennent s’imposer au cœur des plus intimes chemins. »

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« Vie de Gérard Fulmard », de Jean Echenoz

« Vie de Gérard Fulmard », de Jean EchenozDans Envoyée spéciale, le précédent roman de Jean Echenoz, tout commençait par un enlèvement rue Pétrarque. Vie de Gérard Fulmard commence par une explosion surprenante Porte d’Auteuil dans ce même XVIe arrondissement.

La vraie différence est que Constance, la jeune femme kidnappée se retrouvait dans la Creuse, non loin des Cards (on verra l’importance de ce lieu plus tard) puis en Corée du Nord, alors que Fulmard, résident de la rue Erlanger ne sort jamais de Paris, sinon pour de brefs moments dans la banlieue ouest de la capitale.

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 « Avant que j’oublie », d’Anne Pauly : un autre père

Anne Pauly, "Avant que j'oublie"« Rire ou pleurer, c’était toute la question. » Telle est la remarque que se fait Anne, narratrice de Avant que j’oublie, lorsqu’il faut préparer l’enterrement de son père. La réponse qu’elle apporte au long du roman, c’est rire et pleurer. On rit de ce qui fait souvent pleurer, la mort d’un père, et c’est là l’un des bonheurs à la lecture de ce premier roman.

Avant que j’oublie est l’histoire de Jean-Pierre Pauly, de ses derniers jours, de sa mort, des mois que sa fille consacre à vider sa maison de Carrières-sous-Poissy.

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La question mémorielle au lycée : l’approche de la Grande Guerre par un discours de Maurice Genevoix (1re)

Pages d’un carnet de Maurice Genevoix © Famille Genevoix

L’entrée de la question mémorielle de la Première Guerre mondiale dans les nouveaux programmes de Première confirme la place croissante du couple mémoire/histoire dans l’enseignement scolaire notamment au lycée.

Les anciens programmes de Terminale avaient introduit une réflexion spécifique sur la mémoire dans le cadre des « Rapports des sociétés à leur passé ». Ils invitaient à étudier, à travers la Seconde Guerre mondiale ou la guerre d’Algérie, la distinction entre histoire et mémoire. Ils définissaient en creux la démarche de l’historien, qui reconstitue le passé à partir de sources authentifiées (textes, objets, images) et permet d’analyser la notion de mémoire collective (événements du passé qu’une communauté choisit de préserver de l’oubli).

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« Ne change jamais ! Manifeste à l’usage des citoyens en herbe », de Marie Desplechin

« Ne change jamais ! Manifeste à l'usage des citoyens en herbe» de Marie DesplechinLe Salon du livre de Montreuil ouvre ses portes le mercredi 27 novembre. Comme à l’accoutumée, la joie des livres et le bonheur des rencontres avec son auteur/e préféré/e seront mis à l’honneur. Pour autant, pas question d’imaginer l’œuvre de jeunesse enfermée dans sa bulle d’idéalisme.

Dans tous les livres exposés chargés de refaire le monde, combien en effet d’œuvres embarquées suscitant moult interrogations sur la vie moderne et même sur l’avenir de la planète ?

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« Icebergs », de Tanguy Viel

« Icebergs », de Tanguy VielL’ouvrage que Tanguy Viel vient de publier parait se distinguer clairement de son œuvre romanesque. Ce pourrait même être son premier ouvrage de critique littéraire au sens strict, même si son œuvre abonde de moments où la fiction se met à distance d’elle-même. L’écrivain aborde ici un certain nombre d’auteurs, plutôt rattachés à la modernité, ou en tout cas à un moment où l’œuvre se prend comme objet principal et dévoile crûment les tours de l’illusionnisme romanesque.

Les écrivains qui intriguent Viel ont pu faire scandale à leur époque pour devenir désormais des passages obligés autant de la réflexion littéraire que de la magie romanesque, que finalement ils renouvellent en s’éloignant des infécondités d’une prétendue analogie réaliste. Virginia Woolf, Thomas Bernhard apparaissent comme des emblèmes de cette réussite romanesque, nourrie par les flots de la mélancolie et de l’inquiétude.

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Les « Illustres Classiques », naissance d’une collection aux éditions Rue de Sèvres

Louisa May Alcott « Les Quatre Filles du docteur March » traduit et abrégé par Malika Ferdjoukh, illustré par Thomas Gilbert, coll. « Illustres Classiques », Rue de Sèvres, 2019Emily Brontë, « Les Hauts de Hurle-Vent », traduit par Frédéric Delebecque abrégé par Boris Moissard illustré par Charlotte Gastaut, coll. « Illustres Classiques », Rue de Sèvres, 2019Les bibliophiles les appellent encore les « livres à figures », ces ouvrages illustrés de planches gravées hors texte dont l’histoire a partie liée avec l’origine même de l’imprimerie. En effet, dès la fin du XVe siècle, on illustre ainsi des textes religieux, mais aussi de la littérature profane, des classiques – ceux de l’époque : Homère, Virgile, Ésope…

L’image, une gravure sur bois, sert alors à instruire ceux qui ne savent pas lire… et les autres. Au XVIe, la taille-douce supplante la gravure sur bois ; au XVIIIe, les illustrateurs se nomment Bouchardon, Oudry ou Fragonard. Le XIXe aura aussi ses maîtres : Tony Johannot et Gustave Doré, dont les dessins ornent, notamment, les fameux ouvrages des éditions Hetzel.

C’est dans cette lignée de livres d’artistes que s’inscrit aujourd’hui la collection « Illustres Classiques ». Elle puise ses textes dans le vivier des « Classiques » – abrégés ou non – de l’école des loisirs, et ses créateurs d’images dans la gibecière de la directrice artistique Charlotte Moundlic.

Deux titres inaugurent en novembre la série : Les Quatre Filles du docteur March, de Louisa May Alcott, illustré par Thomas Gilbert, et Les Hauts de Hurle-Vent, d’Emily Brontë, mis en images par Charlotte Gastaut.

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