Peter Handke, Prix Nobel 2019

Peter Handke dans les années 1980

Qui a aimé le cinéma dans les années soixante-dix ou quatre-vingt a encore dans les yeux et les oreilles des images et les sons des films écrits par Peter Handke, avec Wim Wenders : Alice dans les villes, Faux Mouvement, Au fil du temps mais aussi, pour son début impressionnant, Les Ailes du désir. Et puis il y a eu La Femme gauchère, à la fois roman et film de Peter Handke.

Cette façon dont un homme racontait comment une femme s’écarte de l’homme avec qui elle vit, la façon dont elle construit sa vie, c’était, comme les films d’Alain Tanner avec Bruno Ganz ou Bulle Ogier, un parfum de liberté, une énergie retenue si l’on ose la formule, qui manque cruellement à notre époque cadenassée et angoissée.

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Alchimie poétique : la boue et l’or (1re)

Charles Baudelaire

Baudelaire,
quand le dégoût inspire.
Ces rebuts qui émaillent le monde

En proposant aux classes de premières un parcours sur l’alchimie poétique, les nouveaux programmes se réfèrent bien sûr à la relation bien particulière que Baudelaire entretient avec sa ville, avec son Paris, son « vice vénérable étalé dans la soie », Paris sa « très belle », sa « charmante » qu’il interpelle dans l’« Ébauche d’un épilogue pour la deuxième édition des Fleurs du Mal » en 1861.

Ce poème est tout à la fois une adresse et un reproche ; y affleurent les sentiments mêlés d’attirance et de répulsion de l’amant-poète. Mais Baudelaire révèle ici surtout son secret essentiel et du laid jaillit le précieux :

« Ô vous, soyez témoins que j’ai fait mon devoir
Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.
Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence,
Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. » (Ibid.) Continuer la lecture

« Par les routes », de Sylvain Prudhomme

Une utopie

Parmi les villages que compte la France, il en est un qui s’appelle Camarade. Il se trouve dans l’Ariège. C’est là que se termine Par les routes, par une rencontre comme semble les aimer l’auteur, qui en racontait déjà une, en Camargue, dans Légende, son précédent roman. Mais partons du début et de retrouvailles.

Sacha, narrateur de ce roman, est venu à V., gros village dans le sud-est de la France, pour se poser,  et trouver « la juste dose d’isolement qui me permettrait enfin de me ramasser, de me reprendre, peut-être de renaître ».

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« Le Ghetto intérieur », de Santiago H. Amigorena

« Le Ghetto intérieur », de Santiago H. AmigorenaFace à l’événement

« Il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé à écrire un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né […] Les quelques pages que vous tenez entre vos mains sont à l’origine de ce projet littéraire. » Ces phrases figurent en préambule du Ghetto intérieur, roman d’un écrivain dont le projet autobiographique se construit autour de titres comme Une enfance laconique, Une jeunesse aphone ou Une adolescence taciturne.

Cinéaste et scénariste (notamment de films de Cedric Klapisch) Santiago H. Amigorena, revient ici sur un épisode qui concerne son grand-père, Vicente Rosenberg, mais il le met en forme car il ne l’a pas entendu de ce grand-père plus que taciturne, quasiment muet.

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Inscrivez vos classes au Concours des dix mots 2019-2020

Piloté par les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, le Concours des dix mots est un concours scolaire de création littéraire et artistique, organisé dans le cadre de l’opération « Dis-moi dix mots ».

Ce concours invite les classes élémentaires et du secondaire à réaliser une production artistique et littéraire collective, reposant sur un travail linguistique à partir des dix mots.

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Ne les laissez pas lire ! Polémiques et livres pour enfants

Claude Ponti, l’ABF contre la censure. Badge réalisé pour l’Association des
bibliothécaires de France © Claude Ponti, 2014

Une exposition de la BNF pour cogiter en famille

La vie de la littérature de jeunesse n’a jamais été un long fleuve tranquille. Tandis que la loi du 16 juillet 1949, encadrant les publications destinées à l’enfance et à la jeunesse, vient tout juste de fêter son soixante-dixième anniversaire, la Bibliothèque nationale de France a eu l’idée opportune de proposer un affichage des réceptions contrariées de certains titres emblématiques, du début du XXe siècle à l’époque actuelle, sous le titre volontairement paradoxal : « Ne les laissez pas lire ! Polémiques et livres pour enfants ».

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Blogs, « pages perso » et feuilles volantes au XVIIIe siècle, l’éternelle concordance des temps

Entre l’invention de l’imprimerie et l’invention de la communication numérique, entre la révolution du livre imprimé et la révolution d’Internet, il y a eu, au XVIIIe siècle, l’invention des feuilles périodiques, des « feuillets volants », révolutionnant la diffusion et la circulation des idées, le rapport et les échanges entre auteurs et lecteurs, donnant naissance à un journalisme non-professionnel, d’expression libre, à la fois centré sur soi et le monde, véritable anticipation des sites, blogs, et autres pages « perso » qui se créent par millions sur Internet depuis 1991.

C’est une expérience bien troublante qui attend le professeur et ses élèves se livrant à une comparaison entre l’effervescence des premiers périodiques du XVIIIe siècle et le succès des bloggeurs d’aujourd’hui.

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« L’Estrange Malaventure de Mirella », de Flore Vesco

« L’Estrange Malaventure de Mirella », de Flore VescoJoyeusement transgressif, le roman de Flore Vesco, L’Estrange Malaventure de Mirella, est une réussite absolue qui repousse encore un peu la frontière entre littérature jeunesse et littérature tout court. La quatrième de couverture prévient le lecteur : il s’agit de l’histoire des rats de Hameln, une histoire que l’on croit connaître mais que les frères Grimm ou Mérimée se sont contentés de rapporter telle qu’elle avait été colportée, c’est-à-dire mal !

La véritable héroïne de cette histoire est la jeune orpheline Mirella enrôlée dans les rangs des porteurs d’eau par le bourgmestre de Hameln. Son quotidien n’est pas drôle : toute la journée elle se doit de porter l’eau de la Wieser à qui lui en demande et, quand vient le soir, elle dîne d’un brouet insipide et dort sur une paillasse avec ses compagnons d’infortune, des garçons, des orphelins dont la concupiscence l’oblige à sans cesse se tenir sur ses gardes.

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