L’épreuve d’ancien français menacée de suppression au CAPES

Extrait d’une copie des « Serments de Strasbourg » (842) réalisée à Soissons au Xe siècle

Aristote, on le sait, définit la vérité comme la correspondance entre ce qui est dit et ce qui est. Chacun jugera du traitement réservé à la vérité par le ministère lorsque ce dernier exprime sa considération pour les enseignants, son souci de leurs compétences, sa reconnaissance pour leur mission républicaine, éducative et culturelle, et, dans le même temps, porte coup sur coup à la formation disciplinaire, à la qualité des concours de recrutement, au savoir comme fondement du métier de professeur. Continuer la lecture

« La haine », un marqueur de notre temps ?

Il y a vingt-cinq ans sortait sur les écrans le film coup-de-poing de Mathieu Kassovitz, La Haine. Depuis, le mot n’a cessé d’élargir son périmètre d’emploi au point d’apparaître, semble-t-il, comme un marqueur de notre temps. Il en dit donc long sur notre époque et sur les tensions qui déchirent la société hexagonale et, à ce titre, mérite d’être interrogé non pour installer un climat d’inquiétude mais, au contraire, pour en cerner les contours et les directions. Continuer la lecture

Enseignement moral et civique et condition enseignante

Loin des débats, réactions et récupérations des commentateurs médiatiques et des hommes politiques, pour le monde enseignant, l’épouvantable tragédie de Conflans-Sainte-Honorine soulève et révèle deux questions : celle des innombrables et régulières agressions perpétrées contre des enseignants, et celle de l’Enseignement moral et civique, matière toute particulière qui n’est pas une discipline à part entière et est nimbée de flou, sinon dans ses contenus, du moins dans ses mises en œuvre comme dans la formation des professeurs qui l’enseignent. Continuer la lecture

Après la sidération

Après la sidérationLa sidération. Chacun imagine volontiers Samuel Paty rentrer chez lui après une journée de cours dans son établissement. Six semaines de classe viennent de passer, les plus importantes parce qu’elles donnent le « la » de l’année scolaire. Elles ont été l’occasion de prendre le pouls, d’installer les méthodes de travail, de forger les groupes-classes, étape si nécessaire aux apprentissages. Il a entamé, avec ses élèves, l’Enseignement moral et civique (EMC), souvent pris en charge par les professeurs d’histoire-géographie, mais que tout enseignant du second degré peut délivrer. Conscient que l’école n’est pas hors du temps, il s’appuie sur l’actualité (le procès des attentats de janvier 2015) pour donner sens à son propos. Les congés de Toussaint approchent et, avec eux, cette ambiance si particulière que nous, enseignants, connaissons bien. Seulement Samuel Paty ne reverra ni les siens, ni son établissement, ni ses élèves, parce qu’il a montré et étudié des caricatures de presse dans le cadre de son métier, des programmes scolaires et de son service en qualité de fonctionnaire de la République. Une première dans notre histoire contemporaine. Continuer la lecture

La « jauge à 50 % » imposée dans les universités : un outil mal étalonné ?

Il est des périodes qui donnent une nouvelle jeunesse à certains mots. Celle que nous traversons depuis huit mois aura ainsi remis au goût du jour le « confinement » médiéval et la « distanciation » brechtienne. Vient aujourd’hui la « jauge », terme que nous réservons d’ordinaire justement… à notre réservoir.

Après la trêve estivale, où l’on a fait « comme si », la Covid s’est réinvitée en force à la table de la rentrée, imposant ses « clusters » dans les endroits les plus propices à l’abaissement de la garde, et notamment dans le monde étudiant. Les universités font donc naturellement les frais de la « jauge à 50 % » imposée par le ministère de l’Enseignement supérieur. Depuis le 6 octobre, dans les villes situées en zones d’alerte renforcée et maximale, les salles et amphithéâtres des facs, grandes écoles et instituts de formation ne peuvent être occupés qu’à 50 % de leur capacité d’accueil. Continuer la lecture

Formation des enseignants : le projet de réforme du CAPES, une réforme à contre-sens ?

Le 10 septembre 2020, la section 9 du Conseil national des universités (« Langue et littérature françaises ») a soumis une motion de défiance sur la réforme de la formation et du recrutement des enseignants impliquant à la fois le Master MEEF et le concours du CAPES. Loin de n’être qu’un mouvement d’humeur antiréformiste, le texte des universitaires relaie en profondeur les inquiétudes de l’ensemble des acteurs de la formation. Continuer la lecture