Après la sidération

La sidération. Chacun imagine volontiers Samuel Paty rentrer chez lui après une journée de cours dans son établissement. Six semaines de classe viennent de passer, les plus importantes parce qu’elles donnent le « la » de l’année scolaire. Elles ont été l’occasion de prendre le pouls, d’installer les méthodes de travail, de forger les groupes-classes, étape si nécessaire aux apprentissages. Il a entamé, avec ses élèves, l’Enseignement moral et civique (EMC), souvent pris en charge par les professeurs d’histoire-géographie, mais que tout enseignant du second degré peut délivrer. Conscient que l’école n’est pas hors du temps, il s’appuie sur l’actualité (le procès des attentats de janvier 2015) pour donner sens à son propos. Les congés de Toussaint approchent et, avec eux, cette ambiance si particulière que nous, enseignants, connaissons bien. Seulement Samuel Paty ne reverra ni les siens, ni son établissement, ni ses élèves, parce qu’il a montré et étudié des caricatures de presse dans le cadre de son métier, des programmes scolaires et de son service en qualité de fonctionnaire de la République. Une première dans notre histoire contemporaine. Continuer la lecture

La « jauge à 50 % » imposée dans les universités : un outil mal étalonné ?

Il est des périodes qui donnent une nouvelle jeunesse à certains mots. Celle que nous traversons depuis huit mois aura ainsi remis au goût du jour le « confinement » médiéval et la « distanciation » brechtienne. Vient aujourd’hui la « jauge », terme que nous réservons d’ordinaire justement… à notre réservoir.

Après la trêve estivale, où l’on a fait « comme si », la Covid s’est réinvitée en force à la table de la rentrée, imposant ses « clusters » dans les endroits les plus propices à l’abaissement de la garde, et notamment dans le monde étudiant. Les universités font donc naturellement les frais de la « jauge à 50 % » imposée par le ministère de l’Enseignement supérieur. Depuis le 6 octobre, dans les villes situées en zones d’alerte renforcée et maximale, les salles et amphithéâtres des facs, grandes écoles et instituts de formation ne peuvent être occupés qu’à 50 % de leur capacité d’accueil. Continuer la lecture

Formation des enseignants : le projet de réforme du CAPES, une réforme à contre-sens ?

Le 10 septembre 2020, la section 9 du Conseil national des universités (« Langue et littérature françaises ») a soumis une motion de défiance sur la réforme de la formation et du recrutement des enseignants impliquant à la fois le Master MEEF et le concours du CAPES. Loin de n’être qu’un mouvement d’humeur antiréformiste, le texte des universitaires relaie en profondeur les inquiétudes de l’ensemble des acteurs de la formation. Continuer la lecture

Donner le goût de l’Histoire : l’enjeu de la lecture historienne au lycée

Comme pour toutes les sciences sociales, l’apprentissage de l’Histoire nécessite une confrontation directe avec la réflexion d’un auteur, avec son cheminement intellectuel, la manière dont il pense son art, son « métier ». L’expérience de cours d’historio-graphie donnés à l’université en deuxième année de licence montre cependant que trop d’étudiants, à ce stade avancé de leurs études historiennes, n’ont ni lu ni annoté des ouvrages ayant marqué la pensée historique. Sans compter leur ignorance des dernières recherches ou des thèses plus « classiques » dont certaines, pourtant lointaines, conservent toute leur utilité documentaire pour des esprits en formation. Continuer la lecture

L’histoire scolaire, un passé recomposé au présent

Parmi toutes les disciplines proposées par notre système scolaire, l’histoire peut revendiquer une place particulière. Obligatoire jusqu’au collège puis solidement installée dans les programmes du lycée général et professionnel, l’histoire scolaire n’a pas qu’une vocation intellectuelle de connaissances. Elle est matière à enseigner à nos élèves, non pas une histoire académique et universitaire mais, dans la lignée de la pensée d’Ernest Lavisse, elle propose une réflexion sur le temps (et l’espace puisqu’elle est alliée à la géographie) et son altérité.

Il s’agit de mettre les élèves à distance d’eux-mêmes pour leur faire prendre conscience de l’épaisseur temporelle de nos sociétés, de notre cadre de vie qui est le produit d’une succession d’expériences culturelles ou politiques, ajoutées générations après générations et qui appellent le changement mais également la continuité.

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