Institutions culturelles et continuité pédagogique

L'École des femmes

Claude Duparfait (Arnolphe) et Suzanne Aubert (Agnès) dans « L’École des femmes », de Molière, mise en scène de Stéphane Braunschweig © Victor Tonelli, Théâtre de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, 2018. Disponible sur Viméo : https://vimeo.com/327310297

Si le confinement est l’occasion pour le ministère de l’Éducation nationale de tester sa relation aux technologies numériques, il permet aussi de vérifier son interaction avec les institutions culturelles. Et de ce côté-là la collaboration est également très intéressante.

Il est vrai que les liens entre les ministères de l’Éducation nationale et de la Culture sont déjà anciens, que des actions communes existent depuis longtemps, notamment à travers les DRAC, les partenariats et l’accueil des publics scolaires, mais c’est avec une visibilité plus grande, plus généreuse, que la continuité pédagogique en ce temps de confinement trouve avec les musées, les théâtres, et les bibliothèques de nombreux outils pour une éducation culturelle, libre, diversifiée, et pluridisciplinaire (français, histoire, arts plastiques, musique).

Faisons un peu le tour de ce que de grandes institutions culturelles mettent à disposition des enseignants et de leurs élèves.

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Sur un motif de jalousie. Une étude de « L’École des femmes », de Molière

Molière, l'École des femmes, acte V, scène 3

Molière, « L’École des femmes », acte V, scène 3. Eau-forte de 1726 de François Joullain (1697-1778) d’après Charles Antoine Coypel (1694-1752) © Petit Palais, Paris.

Objectif pédagogique. – Le rôle du décor et des accessoires pour comprendre la satire de L’École des femmes.

L’École des femmes, représentée pour la première fois à Paris sur le théâtre du Palais-Royal le 26 décembre 1662, comporte neuf personnages, dont sept hommes. Au centre de cet univers masculin, une jeune fille « innocente » nous dit Molière, objet de désir et des enjeux, qui provoque par sa simple existence la rencontre d’hommes prêts à disputer, à se confier, à se confronter. Sur cette gravure du début du XVIIIe siècle, on observe en réplique au gracieux visage féminin, une jalousie avec son treillis de fer. Si la femme est dehors, deux hommes l’encadrent, la « tiennent » ou la courtisent…

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Le Cirque invisible, ou la magie poétique

Le Cirque invisible

Le Cirque invisible © Manuelle Toussaint

Il est parfois bien difficile de parler de poésie, ou mieux encore de définir la poésie. Le Cirque invisible facilite cette immersion dans la poésie en la faisant éprouver le temps du spectacle comme une surprise merveilleuse, une métamorphose du connu en inconnu, un glissement insensible du réel au fantastique, et ce, grâce au talent accompli de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée, son compagnon.

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« Kadoc », de Rémi De Vos, mise en scène de Jean-Michel Ribes

« Kadoc », de Rémi De Vos

« Kadoc », de Rémi De Vos © Stéphane Trapier

Le monde de l’entreprise au théâtre : le sujet a de quoi faire peur, mais quand il est abordé par Rémi de Vos, il annonce plutôt un grand éclat de rire.

Le monde du travail depuis Michel Vinaver mérite certes l’attention critique et politique des auteurs de théâtre contemporains, mais il peut être évoqué tout aussi finement par le biais du comique, comme ici dans Kadoc.

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Territoires vivants de la République : dix ans d’improvisation théâtrale au collège La Fayette de Rochefort

Improvisation théâtrale © Thomas Raffoux

Improvisation théâtrale au collège Lafayette de Rochefort © Thomas Raffoux

L’École des lettres poursuit la vibrante aventure des « Territoires vivants de la République ». Ces témoignages, réunis par Benoit Falaize, historien et spécialiste des questions éducatives, présentent des expériences pédagogiques qui montrent que, jusque dans ses territoires prétendument perdus, l’école peut rester fidèle à l’idéal républicain d’émancipation par la connaissance.

Professeur de lettres modernes pendant vingt-trois ans au collège La Fayette de Rochefort – classé RRS (Réseau de réussite scolaire), puis « Politique de la ville », et accueillant une SEGPA 120 (Section d’enseignement général et professionnel adapté) –, en quartier d’éducation prioritaire, j’ai eu à m’occuper d’une population défavorisée pour laquelle l’oral, l’écrit, l’expression d’une pensée personnelle et les repères culturels étaient globalement pauvres.

Bientôt dix ans que le décorum si particulier du match d’improvisation théâtrale s’est installé dans la salle polyvalente du collège, avec sa patinoire, ses maillots de hockey, son arbitre et ses cartons de vote… Une décennie au cours de laquelle j’ai pu constater l’intérêt que revêt cette pratique pour les élèves.

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« Marie des poules, gouvernante chez George Sand », de Gérard Savoisien, mise en scène d’Arnaud Denis

Béatrice Agenin et Arnaud Denis dans « Marie des poules », de Gérard Savoisien

Sur un plateau au décor minimal, une femme s’épanche, assise à une table de bistrot parisien. Un verre d’absinthe à la main, elle raconte sa vie, du temps où elle était servante chez George Sand. Marie Caillaud alias Marie des poules (1840-1914).

Ainsi nommée parce qu’elle a d’abord eu la charge du poulailler, et pour la distinguer d’une autre Marie, cuisinière dans la maison de l’écrivaine à Nohant.

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« L’Art du rire », de Hos Jouben, ou l’école du burlesque

« L’Art du rire », de Hos Jouben

« L’Art du rire », de Hos Jouben

L’Art du rire de Hos Jouben est un spectacle original qui, tenant à la fois du « seul en scène » humoristique et du cours de théâtre pour tous sur le thème du rire, nous invite simultanément à entrer dans la peau du spectateur venant se divertir et dans celle de l’étudiant venant s’instruire. Autant dire que dans ces deux rôles notre attente est comblée.

La « master class » de l’acteur belge entend parler non du pourquoi, mais du comment et quand le rire survient. Non pas une métaphysique du rire à la Baudelaire (le rire et la supériorité diabolique) mais une physique du rire : le corps comme enjeu et investissement du rire.

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Du théâtre à la danse : l’expérience du spectateur

Olga Pericet

Olga Pericet, « La espina que quiso ser flor »

Le théâtre de Chaillot, comme beaucoup d’autres théâtres d’ailleurs, développe des programmes d’accompagnement pédagogique aux sorties envisagées par les enseignants.

Sans doute que pour la danse, élèves et professeurs se sentent plus démunis culturellement et donc plus demandeurs d’informations et d’orientations, mais le bénéfice le plus grand à retirer d’un pareil spectacle c’est l’effet émotionnel produit par la rencontre entre des artistes et un public, surtout lorsque ces artistes parlent avec leur corps.

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