« Sécurilif© », de Marguerite Bordat et Pierre Meunier

Sécurilif©, de Marguerite Bordat et Pierre Meunier

« Sécurilif© », de Marguerite Bordat et Pierre Meunier © Jean-Pierre Estournet

Pierre Meunier délègue. L’acteur-chercheur de formes n’est, cette fois, pas présent sur le plateau. Cependant, le trio d’actrices (Valérie Schwarcz, Sarah Cosset) et d’acteur (Bastien Grison), qui a pour mission d’incarner Sécurilif©, le nouveau spectacle signé du duo complice Bordat-Meunier, pétrit la même pâte (à penser) et les mêmes objets (du quotidien), et les interroge cette fois sous l’angle des risques et des dangers qu’ils représentent pour nous.

Continuer la lecture

« Phèdre », de Racine, mise en scène Brigitte Jacques-Wajeman

« Phèdre », de Racine, mise en scène Brigitte Jacques-Wajeman

La Phèdre de Brigitte Jacques-Wajeman donne l’occasion de faire l’expérience instantanée, brutale, totale, de l’univers de la tragédie racinienne, avec son atmosphère oppressante, étouffante, asphyxiante, ses personnages en proie au désordre, à la catastrophe, dans une langue poétique et pourtant transgressive, sublime et pourtant violente. Cette plongée dans la fureur des passions est un voyage nécessaire et salutaire.

Continuer la lecture

« Les Chatouilles ou la danse de la colère », d’Andréa Bescond, avec Déborah Moreau

Déborah Moreau

Déborah Moreau

En voyant le spectacle Les Chatouilles créé en 2014, interprété d’abord par son auteur Andrea Bescond et repris en 2019 par Déborah Moreau, on comprend que la question essentielle n’est pas : un sujet de société peut-il faire un bon sujet de théâtre ? mais : en quoi un sujet de société gagne à être exprimé dans une forme artistique ? Autrement dit la question n’est pas de savoir s’il y a de bons et des mauvais sujets de théâtre (ça c’est du théâtre, ça ce n’en est pas), mais jusqu’où la forme théâtrale peut révéler la vérité d’un sujet de société.

C’est ainsi qu’une question comme la pédophilie, les violences sexuelles infligées aux enfants, non seulement n’a pas du tout la même résonance selon qu’elle est traitée par les médias (tribunes, enquêtes, documentaires) ou par la création artistique (une œuvre), mais mieux encore le théâtre en fait une expérience quasiment vécue, intériorisée par le spectateur, tant la scène est un lieu de partage, de communication directe d’émotions de toutes sortes.

Continuer la lecture

Le Concours européen de la chanson philosophique de Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre

© Laure Ceillier et Pierre Nydegger

Connaissez-vous le concours de l’Eurovision ? Pas le show télé retransmis depuis sa naissance en 1957, mais le spectacle de Massimo Furlan créé en 2019 actuellement en tournée dans toute l’Europe et consacré à la chanson philosophique ?

Oui, pas d’erreur : l’Eurovision au théâtre, mais l’Eurovision de la chanson philosophique, avec un vrai jury, un vrai classement, une vraie analyse des textes : cet événement/performance créé par le Suisse Massimo Furlan et la dramaturge Claire de Ribaupierre ne pourra qu’enchanter celles et ceux qui s’efforcent de promouvoir la culture, la « valeur esprit », par les canaux mêmes qui d’ordinaire nous emportent dans la bêtise et la paresse.
Continuer la lecture

« Les Mille et Une Nuits », de Guillaume Vincent, au théâtre de l’Odéon-Europe

S’attaquer à un classique de la littérature n’est pas simple, l’adapter au théâtre lorsqu’il s’agit d’un texte narratif complique encore les choses, et prendre le parti de le faire dialoguer avec notre monde contemporain, rend l’affaire presque impossible.

Pourtant Guillaume Vincent le fait : il propose une création des Mille et Une Nuits à la fois fidèle et affranchie, inspirée et aplatie, riche en réflexions pour tous et surtout pour le professeur appelé dans son métier à réfléchir à l’art de la transposition, aux vertus des anachronismes, et aux concordances des temps. En d’autres termes, sa création, magique et banale, procure de belles réussites, de vrais moments d’enthousiasme, mais voisine  aussi avec l’ennui et le le conformisme.

Continuer la lecture

« 21 rue des Sources », de Philippe Minyana, suivi d’un entretien avec l’auteur

« 21 rue des Sources », de Philippe Minyana

Laurent Charpentier dans « 21 rue des Sources », de Philippe Minyana © Éric Didym

Une adresse à recommander

« Le classicisme tend tout entier vers la litote. C’est l’art d’exprimer le plus en disant le moins. Chacun de nos classiques est plus ému qu’il n’y paraît d’abord. »

Ces mots d’André Gide appliqués aux auteurs classiques du XVIIe siècle vont aussi fort bien à Philippe Minyana. Son 21 rue des Sources est en effet une pièce toute en pudeur et en suggestions sur les souvenirs qui reviennent lorsque l’on pousse la porte de sa maison, non pas celle où l’on est née, mais celle où l’on est mort, car les personnages sont ici des fantômes.

Continuer la lecture

« Pièces (dé)montées », des ressources pour l’étude du théâtre en classe

Depuis 2003, le réseau de création et d’accompagnement pédagogiques du Ministère de l’Éducation nationale (Canopé) réalise des dossiers pour l’étude du théâtre en classe, originaux en ce qu’ils sont spécifiquement appuyés sur des spectacles représentés sur de grandes scènes nationales, parisiennes comme la Comédie-Française , la Colline ou le Rond-Point, ou provinciales, comme La Criée à Marseille, la Comédie de Reims, scènes nationales ou centres dramatiques comme à La-Roche-sur-Yon, Strasbourg, Besançon Rennes ou bien ailleurs.

Continuer la lecture

« La Vie de Galilée », de Bertolt Brecht, à la Comédie-Française

« La Vie de Galilée », de Bertolt Brecht, à la Comédie-Française

« La Vie de Galilée », de Bertolt Brecht, mise en scène d’Éric Ruf © Comédie-Française

La Comédie-Française a l’art d’alterner les spectacles et de croiser les pièces les plus diverses : on peut rire actuellement avec La Puce à l’oreille, mais on peut aussi, chose plus rare et plus précieuse encore, réfléchir intelligemment avec La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, mise en scène par Éric Ruf.

Loin d’être ennuyeuse ou pontifiante, cette nouvelle version, de sa distribution à sa mise en scène, de ses costumes à ses décors, de son texte à ses interprètes, fait plus que donner à entendre un débat d’idées, le conflit entre la science et la superstition, entre la vérité et l’obscurantisme, elle fait vivre cette lutte en lui donnant une chair, un cœur et un esprit, l’incarnant dans un homme, Galilée, à la fois profondément humain, et profondément savant.
Continuer la lecture