« Music-hall », de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Glysleïn Lefever

Gaël Kamilindi, Françoise Gillard, Yoann Gasiorowski dans « Music-hall », de Jean-Luc Lagarce © Comédie-Française, 2021

THÉÂTREAvant de courir tous les soirs (ou presque) depuis le 18 juin sur le plateau de la salle Richelieu pour les représentations du Bourgeois gentilhomme (mis en scène par Valérie Lesort et Christian Hecq sur lequel nous reviendrons), la comédienne Françoise Gillard est la Fille, personnage central et cœur battant de Music-hall de Jean-Luc Lagarce, donné à 18 heures au Studio-Théâtre, dans une mise en scène de la chorégraphe, danseuse et comédienne Glysleïn Lefever.

Continuer la lecture

Territoires vivants de la République : « La France des Belhoumi ». Raconter et jouer au lycée l’histoire d’une fratrie d’origine algérienne

© Acte public compagnie.

Comment transmettre aux lycéens et lycéennes d’aujourd’hui l’histoire de l’immigration algérienne en France ? Comment faire partager cette histoire tragique et compliquée à des élèves qui peuvent parfois avoir une relation forte et intime avec ce pays à travers leurs parents et grands-parents (qu’ils soient « pieds-noirs », « français musulmans », « harkis ») – ou en être très éloignés ?

Telles sont les questions auxquelles s’efforcent de répondre Stéphane Beaud, sociologue et professeur de science politique à Sciences Po Lille, et Dominique Lurcel, metteur en scène, directeur de,la compagnie théâtrale Passeurs de mémoires, à travers plusieurs interventions faites dans les lycées, ainsi qu’un spectacle réalisé autour du livre de Stéphane Beaud, La France des Belhoumi, portraits de famille (1977-2017) (La Découverte, 2018).

Continuer la lecture

Capes de Lettres : la composition est remplacée par une dissertation

Le Capes de Lettres, dont les épreuves d’admission se tiendront cette année entre le 9 juin et le 1er juillet, va être réformé. La composition française notamment sera remplacée par une dissertation. Cette modification permettra  aux candidats de travailler sur un corpus de référence. Elle ouvre aussi des perspectives de renouvellement du regard sur les œuvres et de nouveaux champs de recherche.

Continuer la lecture

Molière et les Youtubeurs

© Comédie-Française

Depuis 2011 en Pologne, le Centre international de théâtre francophone de Poznan s’est doté d’un programme intitulé Drameducation qui a vocation de promouvoir le français langue étrangère (FLE) à travers le théâtre. En partenariat avec la Comédie-Française un concours est né en 2016 , « 10 sur 10 », sélectionnant dix auteurs internationaux travaillant à réécrire dix pièces de théâtre en dix pages pour un public d’apprenants francophones, l’opération s’achevant par un grand rassemblement à l’occasion d’un festival.

C’est dans ce cadre que Molière est régulièrement sujet à réécriture, certains travaux (remarquables) de réinterprétation et actualisation étant d’ailleurs publiés par la Comédie-Française (collection « 10 sur 10 » Molière).

Continuer la lecture

Molière fait-il encore rire ?

« Le Malade Imaginaire », de Molière, mise en scène de Claude Stratz © Comédie-Française.

Molière fait-il encore rire ? La question peut paraître une provocation. Pour un professeur de Lettres particulièrement. Et pourtant, à regarder nos élèves assis en face de nous, à constater leur manque de réaction à la lecture d’une scène du grand dramaturge, on se doit de se poser cette question.

Molière est au programme, une fois encore. L’année dernière L’École des femmes était proposée aux Premières STMG. Cette année, Le Malade imaginaire, sa dernière comédie-ballet, à l’ensemble des Premières. En collège aussi, l’auteur reste à l’honneur. Depuis trente ans Le Médecin malgré lui invite les collégiens à décortiquer les principes fondamentaux qui déclenchent le rire : un geste, un mot, un bégaiement, une situation, un caractère… Nous nous réjouissons donc de ce choix des programmes mais il devient néanmoins de plus en plus difficile de convaincre des classes que Molière est drôle.

Continuer la lecture

À la rencontre des comédiens

Nicolas Antoine Taunay (1755-1830), Comédiens ambulants : le Théâtre de la Folie, musée des Beaux-Arts de Reims © RMN

Le théâtre doit se réinventer, entend-on de plus en plus ces derniers temps. Et à défaut de voir les salles se rouvrir, on voit des sites, des plateformes et des liens nous proposer, gratuitement ou pas, des spectacles filmés, anciens ou récents, des répétitions, des interviews, des lectures…

Ces initiatives impulsées par les théâtres mêmes ont peut-être le mérite d’élargir ponctuellement leur public (le nombre de connections sera toujours plus important que le nombre de spectateurs par séance) mais ce n’est pas se réinventer que de passer de la salle à l’écran, de l’œil à la caméra, c’est perdre un peu de son âme pour garder un peu de présence. Continuer la lecture

« Iphigénie » dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig (Ateliers Berthier-Théâtre de l’Odéon-Europe)

Retrouver les vers de Racine est toujours une appréhension qui se mue brièvement en étonnement, puis se dissout en bonheur. L’Iphigénie de Stéphane Braunschweig aux Ateliers Berthier-Théâtre de l’Odéon est de ces retrouvailles heureuses et nécessaires, de ces mises en scène qui disent pourquoi on continue à jouer les classiques, de ces performances d’acteurs qui donnent le plaisir de retrouver les grands personnages du passé.

Stéphane Braunschweig s’est beaucoup expliqué sur les raisons qui l’ont conduit à monter cette pièce : l’évidence, pour lui, d’un parallèle entre la flotte grecque stoppée dans son élan conquérant, immobilisée faute de vent à Aulis, et notre monde arrêté par un virus, les grandes puissances économiques mondiales chancelantes devant une pandémie. De part et d’autre, une suspension de l’Histoire propice à une interrogation sur soi, ses motivations, sa vérité. Continuer la lecture

« Le Côté de Guermantes », à la Comédie-Française (Théâtre Marigny)

Monter Le Côté de Guermantes au théâtre, c’est tenter la gageure de séduire les connaisseurs de Proust tout comme les non-initiés, simples curieux d’une œuvre majeure du XXe siècle. Les premiers verront le spectacle de  Christophe Honoré avec indulgence et complicité, les seconds avec reconnaissance et étonnement. Continuer la lecture