« Alice et le Maire », de Nicolas Pariser, un conte social et politique

« Alice et le Maire », de Nicolas PariserIl n’est guère de cinématographie plus difficile, plus risquée, plus insaisissable que le film politique. S’interroger sur la manière dont la politique se pratique au quotidien et dans le secret du pouvoir, tenter d’en saisir les codes et les usages, c’est s’attaquer à une matière ingrate, peu cinégénique, dont la vraisemblance passe par un mécanisme d’idées que seul le temps long autorise.

Le cinéma hexagonal s’est souvent montré à cet égard peu convaincant, peu enclin à croire aux possibilités de ses propres représentations. Trop démonstratif, naïf ou simpliste à force d’artifices et de raccourcis. Caricatural, ou lesté de pesantes intentions ou de messages grandiloquents, qui amusent ou navrent à défaut d’emporter les suffrages.

Mais quelle joie s’empare parfois du critique à se voir si brillamment contredit. Évitant tous les écueils du genre, et comme son honorable devancier, L’Exercice de l’État, de Pierre Schoeller en 2011, Alice et le Maire de Nicolas Pariser pourrait prétendre au titre de parfait contre-exemple.

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Le projet Arts et Culture de la section professionnelle François-Truffaut du lycée Simone-Weil

Les élèves de la section professionnelle François-Truffaut du lycée Simone-Weil sont heureux de vous inviter à la première du spectacle Supernova lundi 7 octobre, à 19 h 30, au lycée François-Truffaut, à Paris.

Ce spectacle est le premier de la saison du projet Lycée Arts et Cultures, en partenariat avec le Nouveau Théâtre de Montreuil.

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« Once Upon a Time in Hollywood », de Quentin Tarantino, ou comment réparer le monde

« Once Upon a Time in Hollywood », de Quentin TarantinoComme en son temps Alfred Hitchcock, maître du suspense, Quentin Tarantino tient beaucoup à ce que l’on ne dévoile pas ses intrigues et leur résolution. On peut le comprendre, mais à la réflexion, la notion de spoiler reflète bien l’état d’esprit du public d’aujourd’hui, plus attentif aux péripéties de l’histoire qu’à la manière dont elles sont amenées.

La tragédie antique ou classique a-t-elle jamais souffert de son dénouement attendu puisque fatal ? Et l’opéra, dont on connaît par cœur les fins mélodramatiques ne continue–t–il pas à attirer un public toujours aussi nombreux, tant il est vrai que la mise en scène et l’interprétation en sont les véritables clous ?

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Inscrivez vos classes au Concours des dix mots 2019-2020

Piloté par les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, le Concours des dix mots est un concours scolaire de création littéraire et artistique, organisé dans le cadre de l’opération « Dis-moi dix mots ».

Ce concours invite les classes élémentaires et du secondaire à réaliser une production artistique et littéraire collective, reposant sur un travail linguistique à partir des dix mots.

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« Ad Astra », de James Gray. Sur Terre, en 2120, l’espace du futur menace le présent…

Un film d’aventures spatiales« Ad Astra », de James Gray © Twentieth Century Fox, 2019

Il y a deux grandes manières d’envisager le space opera : la superproduction d’une part, comme espace privilégié des effets spéciaux, des aliens et autres guerres des étoiles, dont la série débutée en 1977 par George Lucas est le parangon, et, d’autre part, l’aventure astrale comme prétexte à la méditation philosophique dont 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) et Solaris (1972), respectivement de Stanley Kubrick et Andreï Tarkovski, demeurent les meilleures références.

On ne sera guère surpris d’apprendre que le cinéaste américain James Gray a fait le choix de la réflexion (sans pour cela délaisser l’action), et qu’il a conçu Ad Astra comme une sorte de prolongement introspectif à sa précédente réalisation en 2017, The Lost City of Z, plus inspirée d’Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (1979) que des Aventuriers de l’arche perdue de Steven Spielberg (1981).

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Ne les laissez pas lire ! Polémiques et livres pour enfants

Claude Ponti, l’ABF contre la censure. Badge réalisé pour l’Association des
bibliothécaires de France © Claude Ponti, 2014

Une exposition de la BNF pour cogiter en famille

La vie de la littérature de jeunesse n’a jamais été un long fleuve tranquille. Tandis que la loi du 16 juillet 1949, encadrant les publications destinées à l’enfance et à la jeunesse, vient tout juste de fêter son soixante-dixième anniversaire, la Bibliothèque nationale de France a eu l’idée opportune de proposer un affichage des réceptions contrariées de certains titres emblématiques, du début du XXe siècle à l’époque actuelle, sous le titre volontairement paradoxal : « Ne les laissez pas lire ! Polémiques et livres pour enfants ».

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« Les Hirondelles de Kaboul », de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec

On peut s’étonner que le sinistrement célèbre régime des talibans (pluriel de taleb, « étudiant en théologie ») suscite presque autant d’images d’animation que d’images de films « traditionnels ». Est-ce à dire que la réalité montrée par le cinéma est à ce point insoutenable qu’il faille en adoucir la figuration ?

Doit-on voir là un désir, ou un besoin, de toucher un public plus large, plus jeune – un public à éduquer ? Ou encore une difficulté de la représentation que seul un metteur en scène afghan serait en mesure d’aborder avec légitimité et justesse, comme le fit notamment Siddiq Barmak en 2003 avec son déchirant Osama (film tourné avec des comédiens non-professionnels qui, signalons-le, figure toujours au programme de « Collège au cinéma », tous niveaux confondus) ?

Quoi qu’il en soit, après l’admirable Parvana, une enfance en Afghanistan de l’Irlandaise Nora Twomey, sorti début 2018 et reprenant pour partie la trame d’Osama, c’est au tour du cinéma d’animation, hexagonal cette fois, de s’intéresser au règne des talibans qui, souvenons-nous, soumirent la quasi-totalité de l’Afghanistan à un islam (sunnite) ultra-orthodoxe entre 1996 et 2001.

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« Roubaix, une lumière », d’Arnaud Desplechin

Retour à Roubaix pour Arnaud Desplechin, qui y est né, y a vécu, et y a tourné deux de ses films, Un conte de Noël (2008) et Trois Souvenirs de ma jeunesse (2015). Retour sur les terres urbaines de sa jeunesse, mais pas à l’urbanité de son territoire cinématographique.

Le réalisateur, habitué des tourments d’un certain milieu aisé et cultivé, a cette fois fait le choix de poser sa caméra dans le quartier ouvrier du Pile où une octogénaire a été assassinée. Comme une manière d’interroger « sa » ville à l’envers, d’en questionner la part maudite qui court dans ses rues comme un sang acide coule dans les veines de certains de ses habitants.

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