« La Fille au bracelet », de Stéphane Demoustier

« La Fille au bracelet », de Stéphane Demoustier

Melissa Guers et Chiara Mastroianni dans « La Fille au bracelet », de Stéphane Demoustier © Mathieu Ponchel

Un long plan-séquence. Un coin de plage. Une famille. L’été. La détente. Soudain, des gendarmes pénètrent dans le champ, rejoignant le petit groupe au fond de l’image. Bref entretien avec les parents, au terme duquel les représentants de l’ordre repartent accompagnés de la fille aînée, une adolescente de seize ans.

Raccord : deux ans plus tard. Lise est accusée du meurtre de sa meilleure amie, Flora. Après six mois passés en détention préventive, elle est revenue vivre chez ses parents, un bracelet électronique à la cheville, dans l’attente de sa comparution devant une cour d’Assises. Le deuxième long-métrage de Stéphane Demoustier (Terre battue, 2014) est l’histoire de son procès.

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De l’écriture d’un livre à la réalisation d’un film d’animation en CM2

À la suite d’une rencontre avec une auteure de littérature jeunesse, les enfants d’une classe de CM2 ont réécrit des contes tirés de la littérature enfantine pour en faire un livre qui a été publié.

L’année suivante, les élèves qui leur ont succédé ont créé un film d’animation à partir de l’un de ces textes dans le cadre d’un projet École et Cinéma.

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« Le Photographe », de Ritresh Batra

Le Photographe, de Ritesh BatraLe cinéma indien de Bollywood est sans doute le plus shakespearien du monde. Soumis à de strictes règles dramaturgiques, il postule souvent d’un hasard, d’une rencontre fortuite entre une jolie fille de la bourgeoisie et un valeureux jeune homme de basse extraction, que les trois heures de film durant, entrecoupées de chants et de danses, empêchent diversement de se retrouver et de s’aimer. Affaire de classes, de castes ou de clans.

La comédie (ou drame) romantique bollywoodienne est en cela un parfait reflet de la société traditionnelle indienne dont elle aime néanmoins abattre quelques cloisons en offrant à son large public populaire un heureux dénouement et l’occasion d’une petite revanche sociale (la « machine à rêver » indienne tient beaucoup du conte de fée).

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Du théâtre à la danse : l’expérience du spectateur

Olga Pericet

Olga Pericet, « La espina que quiso ser flor »

Le théâtre de Chaillot, comme beaucoup d’autres théâtres d’ailleurs, développe des programmes d’accompagnement pédagogique aux sorties envisagées par les enseignants.

Sans doute que pour la danse, élèves et professeurs se sentent plus démunis culturellement et donc plus demandeurs d’informations et d’orientations, mais le bénéfice le plus grand à retirer d’un pareil spectacle c’est l’effet émotionnel produit par la rencontre entre des artistes et un public, surtout lorsque ces artistes parlent avec leur corps.

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L’enseignement de la grammaire à travers une explication de texte : « Le Mariage de Figaro », de Beaumarchais

Beaumarchais

Portrait de Beaumarchais d’après Jean-Marc Nattier © Bibliothèque-musée de la Comédie-Française

 Beaumarchais :
« Le Mariage de Figaro », acte III, scène 9

Coupler l’enseignement de la langue et les explications de texte présente plusieurs avantages : gagner du temps, mais aussi éviter l’écueil du technicisme et celui de l’émiettement. La langue peut constituer en elle-même un véritable projet de lecture, porteur quand l’entrée est riche et adaptée au texte, qui doit la dicter.

On propose ici un exemple de mise en œuvre en classe de première sur le Mariage de Figaro : la scène 9 de l’acte III se prête en effet à l’étude d’un point signalé par le programme comme ceux exigeant un surcroît d’attention : les interrogatives.

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« Une Iliade », de Denis O’Hare et Lisa Peterson

An Iliad

Denis O’Hare © Stéphane Frapier

Dans ce titre qui ne prétend pas présenter l’Iliade mais une Iliade, il y a peut-être de l’humilité mais il y a surtout de la profondeur, comme si l’Iliade était un nom générique valable pour toutes les guerres, pour tous les conflits, et que l’Iliade d’Homère n’était qu’une Iliade parmi tant d’autres, une dans une histoire sans fin de conflits et de morts, unissant dans une même chaîne de fureurs et de massacres Troie à Kaboul ou Tripoli en passant par Azincourt, Verdun ou Hiroshima.

Telle est la grande force de cette adaptation de l’lliade que de jeter habilement un pont entre tous les conflits, jouant non pas sur des anachronismes mais sur des parallèles – des échos soulignés par le passage de l’anglais au français – qui révèlent les invariants humains de toutes les guerres. Continuer la lecture

Paul Claudel résolument contemporain

Paul Claudel à seize ans, par Camille Claudel, musée des Augustins, Toulouse.

« Plus jamais Claudel ! », pouvait-on lire sur des murs en mai 1968. Il a suffi d’ajouter un petit mot de trois lettres pour que, depuis quelque temps déjà, cette caricaturale condamnation permette une juste revanche en affirmant : « Plus que jamais Claudel ! ». Et la célébration du 150e anniversaire de sa naissance apparaît comme le point d’orgue d’une reconnaissance, effective depuis plusieurs décennies, du génie d’un des plus grands écrivains du XXe siècle.

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« Angels in America », de Tony Kushner, mise en scène d’Arnaud Desplechin

« Angels in America », de Tony Kushner

Gaël Kamilindi, Dominique Blanc, Jérémy Lopez, Clément Hervieu-Léger © Comédie-Française, Christophe Raynaud de Lage, Hans Lucas

Une pièce-monde. Pièce-monstre. Angels in America est d’abord un texte sur ce qu’il est convenu d’appeler les années-sida. Les années 1980, où l’on découvre l’existence du virus et de la communauté qu’il frappe d’abord mortellement. Qu’il rend visible en même temps qu’il la décime. La communauté homosexuelle, que l’Amérique puritaine de Ronald Reagan refuse pour sa part de voir, voire de soigner.

Le parti conservateur, belliciste et religieux, a trouvé son Ange exterminateur. Il prêche, tonne, pointe les esprits corrompus, brandit l’Apocalypse. Et freine les recherches sur l’AZT (expérimentée à partir de 1987) tandis que le mal s’étend. Tony Kushner est gay ; il s’empare de son horreur et de sa plume, qu’il trempe dans le sang contaminé de ses proches amis du théâtre, pour écrire ce qui deviendra une œuvre-phare, féroce, engagée, qui nous parle d’un monde capitaliste ultra-libéral dont « nous » sommes les pauvres héritiers.

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