« La Gioconda », d’Amilcare Ponchielli, d’après «Angelo, tyran de Padoue», de Victor Hugo

la-giocondaUn compositeur italien peu représenté fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris, Amilcare Ponchielli, né près de Crémone en 1834, professeur de Puccini. De la dizaine d’opéras qu’on lui doit, seul La Gioconda est encore joué. Sans doute à cause de sa place mal définie entre la fin du règne de Verdi et les débuts du vérisme.

L’adaptation littéraire est sa spécialité. Son premier opéra, I promessi sposi, d’après le célèbre roman de Manzoni, connaît en 1856 un succès sans lendemain, puis plaît davantage dans sa version révisée en 1872.

Passionné par Victor Hugo, Ponchielli accepte la commande de La Gioconda, présentée pour la première fois en 1876, cinq ans après Aïda, puis celle de Marion Delorme, sa dernière œuvre, créée en 1885 à la Scala de Milan. Continuer la lecture

« Hänsel et Gretel », de Engelbert Humperdinck, à l’Opéra Garnier

Hansel-et-GretelL’Opéra de Paris accueille à son répertoire Hänsel et Gretel de Engelbert Humperdinck dans une mise en scène de Mariame Clément, des décors de Julia Hansen, une direction musicale de Claus Peter Flor et une chorégraphie de Mathieu Guilhaumon, tous pour la première fois à Paris, afin de célébrer le bicentenaire de la parution, le 20 décembre 1812, des Contes de l’enfance et du foyer des frères Jacob et Wilhelm Grimm.

Inscrits depuis 2005 au patrimoine de l’UNESCO, ils ont été salués par l’ONU comme « le plus connu et le plus distribué des livres en Allemagne ».

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« Carmen » à l’Opéra Bastille

Affiche de Carmen à l'Opéra Bastille

Affiche de Carmen à l’Opéra Bastille

Mérimée, Meilhac et Halévy, Georges Bizet, autant de couches d’écriture et d’images de Carmen qui se superposent. Quand un metteur en scène ajoute à ces images sa vision personnelle de l’opéra, il peut littéralement métamorphoser le personnage titre. C’est ce que fait Yves Beaunesne. Après la mise en scène flamboyante d’Alfredo Arias dans des décors de Roberto Platé, en 1997, reprise en 1998, 1999, 2000 et 2002, il imagine une Carmen moderne, influencée par le cinéma et l’Espagne de la Movida.

Carmen n’est plus la farouche et voluptueuse gitane de Mérimée, aux cheveux à reflets bleus comme l’aile d’un corbeau. Sa chevelure platine et sa petite robe en lamé noir lui donnent des airs de Marlène Dietrich ou de Pénélope Cruz, teinte en blonde dans Les Étreintes brisées de Pedro Almodovar. Parti pris intéressant a priori.

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« La Fille du régiment », de Donizetti, à l’Opéra Bastille

Une carte d’état-major géante occupe la scène. Deux personnages grotesques y sont visiblement perdus, la marquise de Brekenfield et son compagnon, qu’elle rudoie à souhait.

Un vieux soldat rassure ces nobles tyroliens qui craignent l’arrivée des Français.

Puis paraît une jeune fille attifée en soldat. C’est Marie, le garçon manqué, élevée depuis sa naissance dans le 21e régiment de grenadiers où elle occupe consciencieusement la fonction de vivandière au milieu de ses « pères » qui la protègent et l’adorent.

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“Faust”, du mythe à l’opéra de Gounod

Le Faust de Gounod, nouvelle production de l’Opéra Bastille, mise en scène par Jean-Louis Martinoty, avec Alain Altinoglu à la direction d’orchestre et, dans les rôles principaux, Roberto Alagna (le jeune Faust), Paul Gay (Méphistophélès) et Inva Mula (Marguerite), a une longue histoire, celle du mythe d’abord, celle de ses différentes adaptations littéraires et musicales, et enfin la longue gestation de l’œuvre de Gounod et sa lecture de Goethe. Continuer la lecture

“La Clémence de Titus” : Corneille et Racine mis en musique par Mozart

"La Clémence de Titus", de Mozart, mise en scène par Willy DeckerLa magnifique reprise à l’Opéra Garnier de La Clémence de Titus de Mozart – entrée au répertoire en 1997 – dans la mise en scène de Willy Decker et les costumes de John Macfarlane –, mérite largement d’être commentée pour sa réalisation raffinée, rajeunie par de nouveaux interprètes. Mais retraçons d’abord l’histoire peu commune de cette œuvre.

Le 18 août 1791, alors qu’il est malade et absorbé par l’écriture de La Flûte enchantée et du Requiem, Mozart se voit commander d’urgence par les États de Bohème, pour le couronnement à Prague de l’empereur Léopold II, une nouvelle version de la tragédie de Métastase, La Clémence de Titus, déjà maintes fois mise en musique au XVIIIe siècle.

Il se met aussitôt en route avec Constance et son élève Süssmayer, et, dès le départ de la berline, commence à esquisser les premiers morceaux de cet opera seria, qui doit être représenté pendant la cérémonie le 6 septembre. Le genre est sur le déclin, mais rappelle à Mozart son adolescence italienne, ce qui explique son enthousiasme pour lui rendre sa splendeur passée.

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« Otello », de Verdi

L’Otello de Verdi que présente cet été l’Opéra Bastille est la reprise de la mise en scène faite en 2004 par Andréi Serban. Ce dernier opéra de Verdi, son chef-d’œuvre, témoigne de son admiration pour Shakespeare, dont le librettiste Arrigo Boito respecte scrupuleusement le texte dans la mesure du possible.

Pourtant la structure du livret supprime tout le premier acte à Venise, qui apparente l’amour de Desdémone pour le mercenaire more, maudit par son sénateur de père, à celui de Juliette pour Roméo. Continuer la lecture