Les fantômes de Beethoven

Ludwig van Beethoven, Cahiers de conversation, 1820« C’est en un langage sublime l’expression d’une joie sereine venue d’un monde inconnu. »
E.T.A Hoffmann, à propos du Trio des esprits (Geistertrio).

« Le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. Kant !!! »
Beethoven, Cahiers de conversation, 1820, p. 88.

Alors que Goethe réalisait son premier Faust, Beethoven accomplissait, en 1808, le tour de force de donner en quelques mois plusieurs chefs-d’œuvre qui seront joués au grand concert d’« adieu » du 22 décembre 1808 : Cinquième et Sixième symphonies, Quatrième concerto pour piano, Fantaisie pour piano, orchestre et chœur, ébauche du thème de l’Ode à la joie,  et les deux trios opus 70 : le Trio des « esprits », ou des « fantômes » (Geistertrio), et le Trio en mi bémol.

Après sa brouille avec Esterhazy, c’est dans l’isolement de la maison de la comtesse hongroise Niczky, à Vienne, la « liebe, liebe, liebe, liebe, liebe » pianiste Maria von Erdődy, que Beethoven compose les deux trios qu’il lui dédie, entre autres pages célèbres. Le compositeur Reichardt témoigne de cet éloignement le 30 novembre 1808 :

« Personne ne pouvait m’indiquer où il habitait. […] Cela m’a vraiment coûté beaucoup de peine de l’obtenir. À la fin je l’ai trouvé dans une grande maison déserte et isolée. Au début il paraissait aussi sombre que sa demeure, mais bientôt il s’égaya. »

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Une nouvelle didactique de l’écriture imaginée par le groupe OZER

Émile Zola, par André Gill, « Les Hommes d’aujourd’hui », septembre 1878

Émile Zola, par André Gill, « Les Hommes d’aujourd’hui », septembre 1878

À la rentrée de septembre 2014, l’École des lettres publiait un avis, « Attention travaux », qui annonçait le feuilleton pédagogique du groupe OZER (Observatoire zolien des écritures réflexives) à paraître à partir de janvier 2015.

Olivier Lumbroso et Françoise Gomez, co-fondateurs du groupe, proposent aujourd’hui en préambule la réflexion qui nourrit ce travail en cours.

Comme en septembre, ils ont choisi en toute complicité d’écrire à quatre mains et à deux voix. Continuer la lecture

De quelques précurseurs sombres annonçant l’éclair. Entretien avec Guy Darol

Guy Darol, "Outsiders, 80 francs-tireurs du rock et de ses environs"Tout ce que vous n’avez jamais su sur le rock (et que vous n’avez jamais pensé à demander) est ici. Dans ce livre essentiel, Outsiders, 80 francs-tireurs du rock et de ses environs, l’écrivain et journaliste Guy Darol révèle la face sombre du rock. Pas la plus maléfique, non, mais la moins célébrée, la moins spectaculaire et héroïque.

Les héros sont fatigants. Tout leur réussit. Mais face à l’échec ils s’effondrent. L’échec est bien sûr relatif. On pourrait établir un parallèle facile avec les cancres, ces intelligences différentes, incomprises.

Des perdants : Syd Barrett, The Residents, Moondog, Kevin Ayers, Captain Beefheart ? S’ils sont bien en marge – et la marge ne définit- elle pas le cadre ? – ces figures de l’authentique contre-culture ne seront jamais des produits marketés. Ils sont inaptes à la récupération. Des modèles ? Oui, en ceci qu’ils prônent la singularité et la ténacité. Sois-toi, il n’y a que toi. L’auteur ne conclut-il pas son avant-propos par cette phrase de Nietzsche tirée du Gai savoir : « Qui s’aime lui-même apprend à le faire en suivant une voie identique : il n’y a que celle-là. »

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Disparition du chef d’orchestre Claudio Abbado

claudio-abbado-je-serai-chef-d-dorchestreLe grand chef d’orchestre italien Claudio Abbado s’est éteint le 20 janvier 2014 dans sa maison de Bologne à l’âge de 81 ans. Directeur musical de l’Orchestre du théâtre de La Scala de Milan de 1968 à 1986, puis directeur général de l’Opéra de Vienne jusqu’en 1991, il a consacré une grande partie de son œuvre à l’art lyrique.

Soucieux de transmettre aux plus jeunes l’esprit de son art, il avait écrit un album pour enfants dans lequel il retraçait son parcours : Je serai chef d’orchestre. Il y déclarait :

“J’ai accepté d’écrire ce livre parce que, depuis que je dirige des orchestres composés de jeunes instrumentistes d’un âge allant de quatorze à vingt-tois ans, tel l’Orchestre européen, j’ai retrouvé en eux un enthousiasme et une ardeur pas encore entamés ni détruits par le travail, ou, comme cela arrive parfois, par la vie elle-même.

Grâce à leur grande disponibilité, à la fraîcheur de leur interprétation, à leur passion, j’ai beaucoup appris et apprends encore, en cherchant à maintenir vivant ce lien d’un apprentissage réciproque.”

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