Ne les laissez pas lire ! Polémiques et livres pour enfants

Claude Ponti, l’ABF contre la censure. Badge réalisé pour l’Association des
bibliothécaires de France © Claude Ponti, 2014

Une exposition de la BNF pour cogiter en famille

La vie de la littérature de jeunesse n’a jamais été un long fleuve tranquille. Tandis que la loi du 16 juillet 1949, encadrant les publications destinées à l’enfance et à la jeunesse, vient tout juste de fêter son soixante-dixième anniversaire, la Bibliothèque nationale de France a eu l’idée opportune de proposer un affichage des réceptions contrariées de certains titres emblématiques, du début du XXe siècle à l’époque actuelle, sous le titre volontairement paradoxal : « Ne les laissez pas lire ! Polémiques et livres pour enfants ».

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La Lune. Du voyage réel aux voyages imaginaires

Du voyage réel aux voyages imaginaires au Grand Palais, il vous reste deux semaines pour décrocher la Lune.

Tandis que l’on fête les premiers pas de l’homme sur la Lune, le sous-titre de cette exposition pourrait être De la Lune à la Terre tant elle nous réacclimate à l’astre principal de nos existences terrestres.

Clichés à 360 degrés de la surface lunaire, télescopes, divinités en terre cuite ou en bronze, tout concourt en effet à nous familiariser de nouveau avec la Lune en suivant toutes les pistes du génie humain.

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« Un air d’Italie. L’Opéra de Paris de Louis XIV à la Révolution »

Jean Berain, détail de la maquette de costume du roi Égée dans « Thésée », de Lully, fin du XVIIe siècle, gravure aquarellée, BnF, Bibliothèque-musée de l’Opéra.

Les enseignants auraient-ils peur d’amener leurs classes à l’Opéra ? C’est pourtant une expérience que ne regrettent jamais les élèves, et que les équipes Éducation artistique de l’Opéra de Paris, responsables Jeune public ou responsable Opéra-Université, ne se font jamais faute de favoriser et d’accompagner.

Dernière preuve en date de ces attentions particulières : la visite en avant-première de l’exposition Un air d’Italie présentée au Palais Garnier en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France pour célébrer les trois-cent cinquante ans de l’Académie de musique, privilège accordé par Louis XIV en 1669, et acte de naissance de l’Opéra de Paris.

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Les Nabis : des Beaux-Arts aux Arts décoratifs

Un coup de génie

Fin des années 1880. Paul Sérusier (1864-1927) n’est encore qu’un peintre académique, largement méconnu. Quand il se rend à Pont-Aven pour y recevoir les conseils de Paul Gauguin, il ne sait pas qu’en quelques minutes – le temps nécessaire à transfigurer une planchette en bois de 27 centimètres sur 21 ! –, il va sceller non seulement son destin mais aussi et surtout celui d’une part importante de la peinture moderne.

« Comment voyez-vous cet arbre ? », lui aurait demandé celui qui n’allait pas tarder à rejoindre Vincent Van Gogh en Arles.

« Il est bien vert ? Mettez donc du vert, le plus beau vert de votre palette ; et cette ombre, plutôt bleue ? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible. »

L’élève s’exécute. L’humble quadrilatère se couvre de magie. Les couleurs apparaissent vives, pures, saturées, posées en à-plats, cloisonnées les unes par rapport aux autres. Pas de couche préparatoire, ni de dessin sous-jacent. La petite étude, peinte d’après le motif, rejette l’approche mimétique et la profondeur de champ. Le modelé s’estompe et la forme tend vers l’abstraction colorée.

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« Manuscrits de l’extrême : prison, passion, péril, possession » à la BNF

Bernard Maître, résistant, arrêté le 20 décembre 1943 et enfermé à la prison de Lure.
Message réclamant du matériel pour s’évader, écrit à la pointe d’épingle.
© BnF, Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon.

Quand la page prend feu

Face à l’exposition qui a débuté le 9 avril dernier, on n’aura qu’un seul regret : qu’elle ne dure pas au-delà du 7 juillet. On passe dans les quatre salles un moment exceptionnel et on aimerait le partager longtemps, on pense à celles et ceux qui n’habitent pas Paris ou la France et qui ne pourront voir les documents exposés, ou cachés à la lumière.

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Le Grand Palais voit Rouge : art et utopie au pays des Soviets

Affiche de l’exposition. Gustav Klucis, reproduction d’après « L’URSS est la brigade de choc du prolétariat mondial » (affiche), 1931 © Musée national des Arts de Lettonie, Riga

Aussitôt son entrée acquittée le visiteur se voit immergé dans la Russie d’Octobre 1917 : affiches, images, tableaux, propagande : bienvenue au pays des soviets !

Un monde nouveau d’espérance, d’exaltation sociale, de valeurs ouvrières, de solidarité artistique vous frappe avec une force d’évidente libération.

Pas de drapeau ou d’étendard pour autant, mais un simple rectangle monochrome rouge, Pur rouge, d’Alexandre Rodtchenko (1921) – rideau, fin de la peinture, fin de l’art bourgeois, fin d’un monde avant reconstruction.

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Le modèle noir de Géricault à Matisse

Jean-Léon Gérôme (1824-1904), étude d’après un modèle féminin pour « À vendre, esclaves au Caire », vers 1872. Coll. part. © Photo Galerie Jean-François Heim, Bâle.

Une sortie (scolaire) à ne pas manquer

L’exposition qui vient d’ouvrir et se tiendra au musée d’Orsay jusqu’au 21 juillet est plus qu’une exposition picturale : cette représentation du Noir dans l’art – peinture, dessin, sculpture, affiche  – est à la croisée de l’histoire politique, l’histoire littéraire et l’histoire des mentalités depuis la Révolution française jusqu’aux années folles.

Elle donne à voir comment les artistes ont d’abord participé à la lutte pour l’abolition de l’esclavage (1789-1848), puis à la dignité d’un modèle noir à l’époque coloniale et raciale (1848-1918) et enfin à une reconnaissance artistique de ces hommes et femmes à l’heure de l’influence américaine et du séjour de Matisse à Harlem (1918-1930).
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Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu

Luiz Zerbini, “A Primeira Missa”, 2014, acrylique sur toile, 200 × 300 cm, collection Luis Zerbini. Photo © Jaime Acioli.

La magnifique exposition qui se tient actuellement à la Fondation Cartier exige du visiteur un peu de patience. Il faut, en effet, du temps pour discerner les lignes de force qui unissent les quelque deux cents œuvres rassemblées pour l’occasion.

Aucune tête d’affiche n’offre de repères, ne présuppose de grille de lecture. L’entrée en matière effare ; la multiplicité des supports étourdit. Mais, le trouble passé, les efforts sont récompensés, l’intérêt et le plaisir immenses.

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