« Les Filles du docteur March », de Greta Gerwig

« Les Filles du docteur March », de Greta GerwigDe toutes les adaptations cinématographiques du célèbre roman de Louisa May Alcott, Les Quatre Filles du docteur March (Little Women, 1868), celle réalisée aujourd’hui par l’actrice-réalisatrice Greta Gerwig (Frances Ha, 2012 ; Lady Bird, 2017), est assurément la plus convaincante et la mieux incarnée.

Nous sommes ici loin des mises en scène, certes honorables mais quelque peu désuètes (a fortiori pour le jeune public), des George Cukor (1933) et Mervyn LeRoy (1949), et plus encore de la version platement illustrative que Gillian Armstrong livra en 1994.

Continuer la lecture

Balzac inspirateur du cinéma muet

« L'Auberge rouge », de Jean Epstein

« L’Auberge rouge », de Jean Epstein (1923) © Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé présente, pour les vacances de fin d’année et bien au-delà, un cycle romanesque qui intéressera tous les publics. Adoptés d’emblée par le cinéma, Victor Hugo, George Sand, Émile Zola et surtout Honoré de Balzac lui ont fourni un grand nombre de scénarios comportant tous les ingrédients du succès : événements, émotions et personnages attachants.

Les cinéastes européens et américains tirent parti de leur notoriété et trouvent dans ces romans classiques le moyen de conférer au divertissement populaire des premiers temps la dignité de Septième Art, décrétée par Ricciotto Canudo [1].

Continuer la lecture

« Les Misérables », de Ladj Ly

« Les Misérables », de Ladj Ly15 juillet 2018. La France est Black-Blanc-Beur. Elle vient d’être sacrée championne de la coupe du monde de football. C’est la liesse, la grande union nationale. La banlieue est sur les Champs-Élysées. Beaucoup veulent se reconnaître dans le super-héros du jour, l’heureux canonnier tricolore Kylian MBappé, comme eux issu de l’immigration.

L’instant est rare, précieux, grisant, qui offre à tous ces jeunes un double sentiment de revanche et d’appartenance collective.

Continuer la lecture

« Game of Thrones », « The Wire », « Plus belle la vie », « La Casa de Papel » : le langage des séries

« Game of Thrones », saison 6

« Game of Thrones », saison 6 © HBO

Actuellement en charge du département communication au Centre Pompidou, Matthieu Potte-Bonneville a abordé dans son travail philosophique les territoires de la série télévisée contemporaine. Aux éditions Capricci, il a participé à un ouvrage sur The Wire et a dirigé un recueil de textes consacré à Game of Thrones. Son expertise permet de rattacher les avatars de la série télévisée dans une histoire plus large, qui est celle des formes visuelles et narratives.

La série emprunte à la fois au langage cinématographique et cherche une épaisseur romanesque et existentielle qui était celle de la littérature du XIXe siècle. Elle correspond aujourd’hui à une hybridation entre des formes populaires et des formes savantes, un plaisir renouvelé d’identification et un goût de la réflexion et de l’expérimentation.

Continuer la lecture

« Sorry We Missed You », de Ken Loach

« Sorry We Missed You », de Ken LoachLa première scène de Sorry We Missed You, vingt-cinquième long-métrage de fiction de Ken Loach, est sidérante.

Sidérante et douloureuse pour le phénomène de prédation (sociale) auquel elle nous donne d’assister, pour ce qu’elle nous dit de notre monde, du mal que les hommes sont capables (coupables) de s’infliger.

Continuer la lecture

« Nous Princesses de Clèves », de Régis Sauder : relire autrement Madame de La Fayette

« Nous Princesses de Clèves », de Régis SauderDans le cadre du troisième objet d’étude du programme de littérature de la classe de première, « Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle », est prescrit au choix, Le Rouge et le Noir, Mémoires d’Hadrien et La Princesse de Clèves en corrélation avec le parcours, « Individu, morale et société ».

Il ne sera pas ici question d’une séquence proprement dite sur La Princesse de Clèves mais plus d’une proposition de relecture personnalisée de l’œuvre de Madame de La Fayette. À cette fin, le propos visera à montrer l’intérêt d’une « exploitation » du film documentaire de Régis Sauder, Nous Princesses de Clèves (2011).

Continuer la lecture

« L’Audition », d’Ina Weisse, et la question de la transmission des compétences artistiques

« L’Audition », d’Ina WeisseEntretien avec Ina Weisse
et la comédienne Nina Hoss,

Prix d’interprétation féminine au Festival de San Sebastian 2019

Anna est professeure de violon au Conservatoire de Berlin. Avec son jeune élève Alexander, elle entreprend un long travail de formation en vue de l’examen de fin d’année. Emportée par sa passion autant que par son désir de réussite de son élève, Anna franchit quelques limites…

D’une très grande maîtrise formelle, L’Audition, le second long-métrage de l’actrice et réalisatrice allemande Ina Weisse (L’Architecte, 2008), scrute la question de la transmission des compétences artistiques. Elle en interroge les attentes, les écueils, les épuisements, les échecs. Et les (bonnes) surprises, les récompenses, parfois…

Ina Weisse, et son actrice Nina Hoss (stupéfiante dans le rôle d’Anna), ont accepté de nous recevoir et de répondre à nos questions. La sortie de L’Audition est prévue le 6 novembre.

Continuer la lecture

Relire « l’Odyssée », à la lumière d’« Atlantique », de Mati Diop

Ada, la figure moderne de Pénélope

Quand les jeunes garçons sont fatigués d’être exploités et sous-payés, ils désespèrent de voir leur avenir s’éclaircir et ils partent. C’est leur combat. Et dans le film de Mati Diop, Atlantique, Grand Prix du Festival de Cannes 2019, les hommes prennent la mer et les femmes restent au bord. Elles attendent, guettent le retour.

Les filles de cette banlieue populaire de Dakar sont aussi les victimes de la mer qui engloutit leurs hommes. C’est leurs visages en premier que la caméra cadre et fixe, des visages qui interrogent l’horizon. On suit alors leur lutte, car elles ne baissent pas les bras et se battent, déterminées, optimistes, avec amour.

Continuer la lecture