« 1917 », de Samuel Mendes, et la guerre continue…

« 1917 », de Samuel MendesÀ peine terminées les commémorations de la Grande Guerre et de son Centenaire, le long métrage de Samuel Mendes, 1917, qui vient de sortir en France, nous rappelle la fascination qu’exerce durablement ce conflit dans les mémoires contemporaines. Le film bat actuellement tous les records de fréquentation aux États-Unis, allant jusqu’à devancer le blockbuster Star Wars IX, l’Ascension de Skylwalker, attendu comme le grand succès de la fin de l’année 2019.

Avec dix nominations aux Oscar, 1917 entre d’ores et déjà dans la catégorie des œuvres incontournables. Pourtant, l’histoire de la Première Guerre mondiale n’occupe pas une place prépondérante dans l’enseignement et l’espace public nord-américain, loin s’en faut, même si le Centenaire a été l’occasion d’une réappropriation de cette période historique à travers l’action des autorités et des chercheurs.

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Un microcosme français : « 209 rue Saint-Maur Paris Xe, autobiographie d’un immeuble », de Ruth Zylberman

« 209 rue Saint-Maur Paris Xe autobiographie d’un immeuble », de Ruth ZylbermanGlaner, gratter, creuser : ces verbes sont ceux qu’Agnès Varda ou Perec employaient, dans leurs films tel Mur murs ou des livres comme Espèces d’espaces. Ces actions à la fois banales et minutieuses, Ruth Zylberman les mène pour tracer l’autobiographie d’un immeuble, dans un quartier chargé d’Histoire, à Paris.

Ce 209 rue Saint-Maur a tout vu, de 1848 à 2020 et surtout en 1870, 1942 et 2015. Comme l’écrit l’auteure, au sujet d’un funeste soir de novembre, « Dans ces topographies superposées se jouait la façon dont la violence et la destruction viennent s’imposer au cœur des plus intimes chemins. »

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« Les Filles du docteur March », de Greta Gerwig

« Les Filles du docteur March », de Greta GerwigDe toutes les adaptations cinématographiques du célèbre roman de Louisa May Alcott, Les Quatre Filles du docteur March (Little Women, 1868), celle réalisée aujourd’hui par l’actrice-réalisatrice Greta Gerwig (Frances Ha, 2012 ; Lady Bird, 2017), est assurément la plus convaincante et la mieux incarnée.

Nous sommes ici loin des mises en scène, certes honorables mais quelque peu désuètes (a fortiori pour le jeune public), des George Cukor (1933) et Mervyn LeRoy (1949), et plus encore de la version platement illustrative que Gillian Armstrong livra en 1994.

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Balzac inspirateur du cinéma muet

« L'Auberge rouge », de Jean Epstein

« L’Auberge rouge », de Jean Epstein (1923) © Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé présente, pour les vacances de fin d’année et bien au-delà, un cycle romanesque qui intéressera tous les publics. Adoptés d’emblée par le cinéma, Victor Hugo, George Sand, Émile Zola et surtout Honoré de Balzac lui ont fourni un grand nombre de scénarios comportant tous les ingrédients du succès : événements, émotions et personnages attachants.

Les cinéastes européens et américains tirent parti de leur notoriété et trouvent dans ces romans classiques le moyen de conférer au divertissement populaire des premiers temps la dignité de Septième Art, décrétée par Ricciotto Canudo [1].

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« Les Misérables », de Ladj Ly

« Les Misérables », de Ladj Ly15 juillet 2018. La France est Black-Blanc-Beur. Elle vient d’être sacrée championne de la coupe du monde de football. C’est la liesse, la grande union nationale. La banlieue est sur les Champs-Élysées. Beaucoup veulent se reconnaître dans le super-héros du jour, l’heureux canonnier tricolore Kylian MBappé, comme eux issu de l’immigration.

L’instant est rare, précieux, grisant, qui offre à tous ces jeunes un double sentiment de revanche et d’appartenance collective.

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« Game of Thrones », « The Wire », « Plus belle la vie », « La Casa de Papel » : le langage des séries

« Game of Thrones », saison 6

« Game of Thrones », saison 6 © HBO

Actuellement en charge du département communication au Centre Pompidou, Matthieu Potte-Bonneville a abordé dans son travail philosophique les territoires de la série télévisée contemporaine. Aux éditions Capricci, il a participé à un ouvrage sur The Wire et a dirigé un recueil de textes consacré à Game of Thrones. Son expertise permet de rattacher les avatars de la série télévisée dans une histoire plus large, qui est celle des formes visuelles et narratives.

La série emprunte à la fois au langage cinématographique et cherche une épaisseur romanesque et existentielle qui était celle de la littérature du XIXe siècle. Elle correspond aujourd’hui à une hybridation entre des formes populaires et des formes savantes, un plaisir renouvelé d’identification et un goût de la réflexion et de l’expérimentation.

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« Sorry We Missed You », de Ken Loach

« Sorry We Missed You », de Ken LoachLa première scène de Sorry We Missed You, vingt-cinquième long-métrage de fiction de Ken Loach, est sidérante.

Sidérante et douloureuse pour le phénomène de prédation (sociale) auquel elle nous donne d’assister, pour ce qu’elle nous dit de notre monde, du mal que les hommes sont capables (coupables) de s’infliger.

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« Nous Princesses de Clèves », de Régis Sauder : relire autrement Madame de La Fayette

« Nous Princesses de Clèves », de Régis SauderDans le cadre du troisième objet d’étude du programme de littérature de la classe de première, « Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle », est prescrit au choix, Le Rouge et le Noir, Mémoires d’Hadrien et La Princesse de Clèves en corrélation avec le parcours, « Individu, morale et société ».

Il ne sera pas ici question d’une séquence proprement dite sur La Princesse de Clèves mais plus d’une proposition de relecture personnalisée de l’œuvre de Madame de La Fayette. À cette fin, le propos visera à montrer l’intérêt d’une « exploitation » du film documentaire de Régis Sauder, Nous Princesses de Clèves (2011).

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