« Les Hirondelles de Kaboul », de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec

On peut s’étonner que le sinistrement célèbre régime des talibans (pluriel de taleb, « étudiant en théologie ») suscite presque autant d’images d’animation que d’images de films « traditionnels ». Est-ce à dire que la réalité montrée par le cinéma est à ce point insoutenable qu’il faille en adoucir la figuration ?

Doit-on voir là un désir, ou un besoin, de toucher un public plus large, plus jeune – un public à éduquer ? Ou encore une difficulté de la représentation que seul un metteur en scène afghan serait en mesure d’aborder avec légitimité et justesse, comme le fit notamment Siddiq Barmak en 2003 avec son déchirant Osama (film tourné avec des comédiens non-professionnels qui, signalons-le, figure toujours au programme de « Collège au cinéma », tous niveaux confondus) ?

Quoi qu’il en soit, après l’admirable Parvana, une enfance en Afghanistan de l’Irlandaise Nora Twomey, sorti début 2018 et reprenant pour partie la trame d’Osama, c’est au tour du cinéma d’animation, hexagonal cette fois, de s’intéresser au règne des talibans qui, souvenons-nous, soumirent la quasi-totalité de l’Afghanistan à un islam (sunnite) ultra-orthodoxe entre 1996 et 2001.

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« Roubaix, une lumière », d’Arnaud Desplechin

Retour à Roubaix pour Arnaud Desplechin, qui y est né, y a vécu, et y a tourné deux de ses films, Un conte de Noël (2008) et Trois Souvenirs de ma jeunesse (2015). Retour sur les terres urbaines de sa jeunesse, mais pas à l’urbanité de son territoire cinématographique.

Le réalisateur, habitué des tourments d’un certain milieu aisé et cultivé, a cette fois fait le choix de poser sa caméra dans le quartier ouvrier du Pile où une octogénaire a été assassinée. Comme une manière d’interroger « sa » ville à l’envers, d’en questionner la part maudite qui court dans ses rues comme un sang acide coule dans les veines de certains de ses habitants.

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« So long, my son », de Wang Xiaoshuai

So long, my son, de Wang Xiaoshuai, a été fort justement remarqué lors de la dernière édition du Festival de Berlin en février dernier.

Et ses deux principaux comédiens dûment récompensés – Ours d’argent de la meilleure actrice pour Yong Mei et du meilleur acteur pour Wang Jingchun – pour leur prestation dans le douzième long-métrage du réalisateur chinois.

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« Douleur et Gloire », de Pedro Almodóvar, entre nostalgie et catharsis

Pedro Almodóvar en 2013 © Paola Ardizzoni / Emilio Pereda

Toute l’œuvre de Pedro Almodóvar pourrait s’intituler Volver. Elle se nourrit de nostalgie, de regrets, et a pour moyen d’expression principal le flash back. Sa figure centrale en est la mère, la femme de sa vie, qu’il a tant admirée et à qui il doit, malgré sa pauvreté, la culture et la ténacité qui le caractérisent.

Il a donc décidé de raconter dans son cinéma « tout sur sa mère ». Ou sur celles des autres, Julieta par exemple, qui a tant de mal à trouver l’harmonie avec sa fille. Que la vraie mère du cinéaste joue dans ses films ou non, c’est à elle qu’est dédiée toute cette œuvre de piété filiale et de difficile libération d’une emprise acceptée.

La mort de Franco, la Movida, l’explosion de la jeunesse espagnole sont les étapes de cette émancipation.

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« Douleur et Gloire », de Pedro Almodóvar, créer par-dessus tout

Pedro Almodóvar en 2011 © Pathé Distribution

Le dernier film de Pedro Almodóvar a étonné les critiques et le public par la sincérité de sa confession et la force de ses émotions. Le cinéaste espagnol a pourtant toujours cherché à susciter chez ses spectateurs des émotions fortes et durables.

C’est ce qui explique en grande partie son goût pour les genres cinématographiques, dont ses films récents ont pu donner une idée : thriller proche de l’épouvante (La piel que habito), comédie (Les Amants passagers), mélodrame qui embrasse plusieurs époques (Julieta).

L’aspect tragique du destin de ses personnages y est souvent présent, et l’attraction du drame ainsi que la solidité du schéma dramaturgique sont cependant des constantes du travail d’Almodóvar.

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« Le Jeune Ahmed », de Jean-Pierre et Luc Dardenne

L’un des principaux mérites du cinéma de Jean-Pierre et Luc Dardenne est de ne jamais devancer les intentions de leurs protagonistes.

Souvent placée derrière eux, leur caméra les suit docilement, épouse les contours de leurs trajectoires chaotiques, s’efforce d’en saisir le corps, l’énergie, et de les contenir dans le cadre de jeu. Manière de faire de la mise en scène un espace propre à circonscrire, à définir le sujet existant (thèmes et personnages).

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« The Dead Don’t Die ». Jim Jarmusch ou la subversion des genres cinématographiques

Jim JarmuschOn sait depuis Tabou de Jacques Tourneur (Walking with a zombie, 1943) – dont l’atmosphère angoissante est destinée à agir comme la magie vaudou – et les films de George Romero que le genre du film de zombies peut donner des chefs-d’œuvre.

Plus récemment dans Dernier train pour Busan, de Yeun Sang-Ho (2017), à la fois métaphore morale, sociale et politique, les zombies incarnent la contagion de l’agressivité et de l’égoïsme. Leur monstruosité physique met en évidence la monstruosité morale latente des gens dits normaux dans une société dite civilisée.

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« Les Météorites », de Romain Laguna

L’été. Le sud.

Nina, 16 ans, travaille dans un parc d’attractions. Une mère vaguement présente, quelques rares sorties, l’adolescente s’ennuie.

Morad, frère d’une de ses collègues, apparaît soudain. Elle s’en amourache, découvre la sexualité, avant que le garçon ne s’éclipse brutalement. Perdue, Nina poursuit seule son chemin…

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