Le César des lycéens 2020 attribué à « Hors normes », d’Olivier Nakache et Éric Toledano

« Hors normes », d’Olivier Nakache et Éric ToledanoAprès les 4 313 professionnels de la profession, c’était au tour des lycéens de remettre leur César la semaine dernière. Et pour la deuxième édition du prix, organisé conjointement par le ministère de l’Éducation nationale et l’Académie des arts et techniques du cinéma, le jeune corps électoral, réunissant 1 689 élèves de terminale issus de 78 classes de lycées généraux, technologiques et professionnels, a attribué sa récompense à Hors normes, la comédie sociale réalisée par Olivier Nakache et Éric Toledano.

Pour mémoire, le premier « César des lycéens » est revenu en 2019 à Jusqu’à la garde de Xavier Legrand.

La cérémonie du prix s’est tenue mercredi 11 mars, au Ministère, en présence d’une petite délégation d’élèves votants (pour cause de coronavirus), de quelques acteurs et des deux réalisateurs dont le film sort également ces jours-ci en DVD et VOD.

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« Where is Jimi Hendrix », de Marios Piperides

« Where is Jimi Hendrix », de Marios PiperidesWhere is Jimi Hendrix ?, l’astucieux premier long-métrage du réalisateur chypriote Marios Piperides, témoigne à la fois de l’existence d’une petite cinématographie insulaire et du quotidien d’un pays dont le visage s’invite rarement sur nos écrans, à la navrante et sporadique exception des échouages d’exilés sur ses plages ou encore à celle des tensions entre la Turquie et l’UE autour des gisements de gaz en Méditerranée.

Son auteur, né en 1975 à Nicosie, y parle de sa ville – du passé qui la hante et du présent qui l’occupe –, et il le fait de la manière la plus plaisante, usant des ressorts de la comédie pour dresser un état des lieux d’une situation géopolitique vieille de quarante-six ans. Quarante-six ans que Chypre et sa capitale vivent coupés en deux.

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« La Fille au bracelet », de Stéphane Demoustier

« La Fille au bracelet », de Stéphane Demoustier

Melissa Guers et Chiara Mastroianni dans « La Fille au bracelet », de Stéphane Demoustier © Mathieu Ponchel

Un long plan-séquence. Un coin de plage. Une famille. L’été. La détente. Soudain, des gendarmes pénètrent dans le champ, rejoignant le petit groupe au fond de l’image. Bref entretien avec les parents, au terme duquel les représentants de l’ordre repartent accompagnés de la fille aînée, une adolescente de seize ans.

Raccord : deux ans plus tard. Lise est accusée du meurtre de sa meilleure amie, Flora. Après six mois passés en détention préventive, elle est revenue vivre chez ses parents, un bracelet électronique à la cheville, dans l’attente de sa comparution devant une cour d’Assises. Le deuxième long-métrage de Stéphane Demoustier (Terre battue, 2014) est l’histoire de son procès.

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De l’écriture d’un livre à la réalisation d’un film d’animation en CM2

À la suite d’une rencontre avec une auteure de littérature jeunesse, les enfants d’une classe de CM2 ont réécrit des contes tirés de la littérature enfantine pour en faire un livre qui a été publié.

L’année suivante, les élèves qui leur ont succédé ont créé un film d’animation à partir de l’un de ces textes dans le cadre d’un projet École et Cinéma.

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« Le Photographe », de Ritresh Batra

Le Photographe, de Ritesh BatraLe cinéma indien de Bollywood est sans doute le plus shakespearien du monde. Soumis à de strictes règles dramaturgiques, il postule souvent d’un hasard, d’une rencontre fortuite entre une jolie fille de la bourgeoisie et un valeureux jeune homme de basse extraction, que les trois heures de film durant, entrecoupées de chants et de danses, empêchent diversement de se retrouver et de s’aimer. Affaire de classes, de castes ou de clans.

La comédie (ou drame) romantique bollywoodienne est en cela un parfait reflet de la société traditionnelle indienne dont elle aime néanmoins abattre quelques cloisons en offrant à son large public populaire un heureux dénouement et l’occasion d’une petite revanche sociale (la « machine à rêver » indienne tient beaucoup du conte de fée).

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« Cuban Network », d’Olivier Assayas

« Cuban Network », d’Olivier Assayas

Édgar Ramírez dans « Cuban Network », d’Olivier Assayas © Memento Films Distribution

Martin Ritt, un metteur en scène américain un peu oublié aujourd’hui, réalise en 1965 L’espion qui venait du froid, et offre avec ce film d’espionnage (non moins délaissé), une relecture du genre alors en plein âge d’or. Négligeant le cahier des charges auquel est assigné l’agent bondissant 007, Ritt tourne son film à la lueur d’un noir et blanc superbement austère et préfère explorer les tourments psychologiques de son personnage principal (oppressante interprétation de Richard Burton).

Avec Cuban Network, Olivier Assayas n’envisage pas, pour sa part, de renouveler le genre, mais son propos autant que son traitement offrent de faire un pas de côté, et de porter sur ses protagonistes (des espions cubains castristes) et leur mission un regard compréhensif qui ne manquera pas d’attirer quelques reproches à son auteur. Pour autant, anticipant la polémique (l’espion castriste comme héros), Assayas a pris le parti d’une certaine neutralité d’écriture, ce qui n’est, en revanche, pas sans nuire à la lisibilité de ses intentions et, par conséquent, à la puissance dramatique de Cuban Network, le dix-huitième long-métrage de fiction de son auteur.

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« A Hidden Life » ( « Une vie cachée »), de Terrence Malick : éthique et politique

Des documents d’archives en noir et blanc sur écran carré accompagnés par un passage de la Passion selon saint Mathieu de Bach ouvrent ce film par les images des rassemblements et des parades des troupes nazies.

Il s’agit de mettre en place le cadre historique : l’année 1938, cruciale pour le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, dû à la politique agressive de conquête du Reich. Elle voit s’intensifier les pressions de l’Allemagne et des nazis autrichiens pour réunir leurs populations au sein d’une même nation. Les troupes de la Wehrmacht entrent en Autriche le 12 mars 1938 pour annexer, sans rencontrer la moindre opposition, ce pays qui lui fournit ses partisans et ses séides les plus enthousiastes.

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Cinéma et histoire : « La Liste de Schindler », de Steven Spielberg

Voilà vingt-cinq ans sortait sur les écrans la Liste de Schindler (Schindler’s List) du réalisateur américain Steven Spielberg, auteur de films à succès comme la saga Indiana Jones ou Les Dents de la mer. Après deux incursions comique (Sugarland Express, 1979) et dramatique (L’Empire du soleil, 1987) du côté de la Seconde Guerre mondiale, le cinéaste américain prend à bras le corps la Shoah comme sujet d’un film de fiction.

Son objectif ? Transmettre l’histoire du génocide des juifs d’Europe à travers l’histoire d’un nazi devenu Juste parmi les Nations pour avoir sauvé plus de mille juifs de la mort. Mais peut-on donner à voir l’indicible de l’extermination génocidaire à travers une œuvre de fiction ? Le travail de mémoire de l’artiste, forcément subjectif, suffit-il à dépasser le devoir d’histoire ? Des débats polémiques ont entouré la sortie du film, aujourd’hui considéré comme une incontournable réussite du réalisateur et du cinéma d’histoire.

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