L’épreuve des faits

CINÉMA. Dans France, Bruno Dumont met en scène l’obscénité d’un certain journalisme de télévision par l’intermédiaire d’une vedette d’un talk show sur les malheurs du monde, incarné par une Léa Seydoux inquiétante et magnétique. Pleine de morgue et n’hésitant pas à bidonner ses reportages dans son hideuse  fabrique de l’information, elle change de direction après avoir renversé un livreur à scooter.

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Séquence pédagogique : « Ready Player One », de Steven Spielberg

Crédit photo : Warner Bros

CINÉMA. Dans le cadre du programme de seconde sur « Le personnage de cinéma », l’étude du film réalisé en 2018 par Steven Spielberg, Ready Player One, permet de comprendre comment se crée une personnalité.

Par Élodie Hachet, historienne du cinéma et enseignante de lettres

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« Wendy », de Benh Zeitlin : une ode à la fratrie

CINÉMA – Les confinements successifs ont décalé sa sortie en salle, et l’on sait désormais que le «Wendy» du cinéaste américain Benh Zeitlin ne sera pas le «conte de ce Noël 2020» que promet l’affiche. Sans doute sera-t-il celui de l’année prochaine. Car, dans le monde de Peter Pan, tout est toujours possible…

Ce film, centré sur le personnage de Wendy Darling, fait de la fillette une force de courage et d’imagination dans une île volcanique parsemée de dangers où les « enfants perdus » sont livrés à eux-mêmes et à la peur de vieillir.

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« Ibrahim », de Samir Guesmi

Abdel Bendaher et Samir Guesmi « Ibrahim » © Anne-Françoise Brillot

CINÉMA – Il est des films qui semblent n’avoir été écrits que pour la beauté dramatique d’une seule scène. Ou d’une image, comme celle ici, de la main d’un père doucement posée sur la joue de son fils adolescent pour lui susurrer un mot d’excuse, ou une demande de pardon, comme le timide moyen de soigner le mal des incompréhensions filiales.

Tout paraît devoir converger vers cette image, qui devient la clé de voûte, le point d’équilibre de l’architecture du récit. Son cadre, débordant d’émotion, contient tout ce qu’un père peut dire à son fils, tout ce qu’Ahmed peut faire pour se rapprocher d’Ibrahim avec qui il n’a pas trouvé les mots pour parler, pour s’expliquer quand les problèmes ont grossi entre eux. Continuer la lecture

« Les 2 Alfred », de Bruno Podalydès

Les 2 Alfred, de Bruno Padalydès

COMÉDIE DOUCE-AMÈRE. Les 2 Alfred de Bruno Podalydès offre une formidable satire du monde hyper-connecté d’aujourd’hui, qui est déjà celui orwellien de demain… Car, comme chez Tati, le héros podalydésien a l’intuition que quelque chose lui file entre les doigts.

Les comédies sociales de Bruno Podalydès nous ramènent invariablement à l’enfance. Le vif esprit qui les anime est celui d’un homme qui n’en a jamais oublié les joies et les jeudis, les défis et les jeux tournés vers l’imaginaire buissonnier.

Comme l’enfant-explorateur de rêves qu’il a été, le cinéaste continue film après film de s’émerveiller du monde qui l’entoure et d’en questionner l’ordre et les désordres. Celui-ci a conservé le goût de s’amuser, d’inventer des histoires et de bricoler des univers en carton-pâte, révélateur de la vanité des hommes. Ses œuvres sont, comme ses petites constructions d’autrefois, faites de bric et de broc, astucieuses, touchantes, fragiles, inattendues tant dans l’élaboration des personnages, parfois fantasques, que des histoires, souvent burlesques jusqu’à l’absurde (Bancs publics (Versailles Rive-Droite), 2009 ; Adieu Berthe – l’enterrement de Mémé, 2012).

Leur côté artisanal leur assure un charme un peu potache et leur univers visuel se nourrit des récits lus jadis (Le Mystère de la chambre jaune, 2003 ; Bécassine, 2019).

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« Nomadland », de Chloé Zhao

Au cours de son errance nocturne dans les rues de New York, la jeune Lalie, l’héroïne du roman d’Éric Pessan, Tenir debout dans la nuit (Mention spéciale du Prix Vendredi 2020), fait la rencontre d’une institutrice retraitée dont le mode de vie marginal peut sembler bien singulier à nos yeux de Français. Mandy, qui après avoir tout perdu suite à une longue et coûteuse maladie, mène désormais une existence solitaire dans son van aménagé, allant d’un endroit à un autre, d’un État du pays à l’autre. La vieille dame y vit en recluse, et dans la honte (vis-à-vis de son fils qu’elle ne peut plus voir) – le déshonneur de n’avoir plus qu’un abri monté sur quatre roues pour toute habitation.

Comme l’infortunée Mandy, ils sont aujourd’hui des dizaines de milliers aux États-Unis – les « van dwellers » – à avoir élu domicile dans un camping-car suite à la Grande Récession provoquée par la crise dite des « subprimes » de 2008. Continuer la lecture

« 200 mètres », d’Ameen Nayfeh. L’odyssée d’un père au-delà des frontières

Dire que les Palestiniens de Cisjordanie en ont plein le dos des contraintes qui leur sont imposées quotidiennement pour circuler et se rendre au travail n’est pas qu’une métaphore, encore moins un euphémisme pour Mustafa (Ali Suliman).

L’homme, ouvrier du bâtiment, souffre d’une affreuse douleur lombaire que son épouse Salwa s’efforce de soulager quand ils peuvent se retrouver après avoir franchi les 200 mètres séparant leurs domiciles respectifs. Mustafa et sa vieille mère d’un côté (palestinien), Salwa et leurs jeunes enfants de l’autre (israélien), les uns et les autres vivent de part et d’autre du Mur construit par l’État d’Israël depuis 2002.

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« Si le vent tombe », de Nora Martirosyan

CINÉMA. Entre le tournage du film de Nora Martirosyan et sa sortie aujourd’hui en salles, le conflit ethnopolitique opposant l’Arménie et l’Azerbaïdjan au Haut-Karabach depuis trente ans a redémarré. Et si le vent tombe est donc devenu une oeuvre d’archive, une trace de l’époque où cette enclave arménienne se battait pour obtenir reconnaissance et visibilité sur la scène internationale. Reste une fiction politique et poétique autour de la question des frontières et de l’identité.

Par Philippe Leclercq

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