« Sécurilif© », de Marguerite Bordat et Pierre Meunier

Sécurilif©, de Marguerite Bordat et Pierre Meunier

« Sécurilif© », de Marguerite Bordat et Pierre Meunier © Jean-Pierre Estournet

Pierre Meunier délègue. L’acteur-chercheur de formes n’est, cette fois, pas présent sur le plateau. Cependant, le trio d’actrices (Valérie Schwarcz, Sarah Cosset) et d’acteur (Bastien Grison), qui a pour mission d’incarner Sécurilif©, le nouveau spectacle signé du duo complice Bordat-Meunier, pétrit la même pâte (à penser) et les mêmes objets (du quotidien), et les interroge cette fois sous l’angle des risques et des dangers qu’ils représentent pour nous.

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Un microcosme français : « 209 rue Saint-Maur Paris Xe, autobiographie d’un immeuble », de Ruth Zylberman

« 209 rue Saint-Maur Paris Xe autobiographie d’un immeuble », de Ruth ZylbermanGlaner, gratter, creuser : ces verbes sont ceux qu’Agnès Varda ou Perec employaient, dans leurs films tel Mur murs ou des livres comme Espèces d’espaces. Ces actions à la fois banales et minutieuses, Ruth Zylberman les mène pour tracer l’autobiographie d’un immeuble, dans un quartier chargé d’Histoire, à Paris.

Ce 209 rue Saint-Maur a tout vu, de 1848 à 2020 et surtout en 1870, 1942 et 2015. Comme l’écrit l’auteure, au sujet d’un funeste soir de novembre, « Dans ces topographies superposées se jouait la façon dont la violence et la destruction viennent s’imposer au cœur des plus intimes chemins. »

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« Phèdre », de Racine, mise en scène Brigitte Jacques-Wajeman

« Phèdre », de Racine, mise en scène Brigitte Jacques-Wajeman

La Phèdre de Brigitte Jacques-Wajeman donne l’occasion de faire l’expérience instantanée, brutale, totale, de l’univers de la tragédie racinienne, avec son atmosphère oppressante, étouffante, asphyxiante, ses personnages en proie au désordre, à la catastrophe, dans une langue poétique et pourtant transgressive, sublime et pourtant violente. Cette plongée dans la fureur des passions est un voyage nécessaire et salutaire.

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« Les Filles du docteur March », de Greta Gerwig

« Les Filles du docteur March », de Greta GerwigDe toutes les adaptations cinématographiques du célèbre roman de Louisa May Alcott, Les Quatre Filles du docteur March (Little Women, 1868), celle réalisée aujourd’hui par l’actrice-réalisatrice Greta Gerwig (Frances Ha, 2012 ; Lady Bird, 2017), est assurément la plus convaincante et la mieux incarnée.

Nous sommes ici loin des mises en scène, certes honorables mais quelque peu désuètes (a fortiori pour le jeune public), des George Cukor (1933) et Mervyn LeRoy (1949), et plus encore de la version platement illustrative que Gillian Armstrong livra en 1994.

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« Les Chatouilles ou la danse de la colère », d’Andréa Bescond, avec Déborah Moreau

Déborah Moreau

Déborah Moreau

En voyant le spectacle Les Chatouilles créé en 2014, interprété d’abord par son auteur Andrea Bescond et repris en 2019 par Déborah Moreau, on comprend que la question essentielle n’est pas : un sujet de société peut-il faire un bon sujet de théâtre ? mais : en quoi un sujet de société gagne à être exprimé dans une forme artistique ? Autrement dit la question n’est pas de savoir s’il y a de bons et des mauvais sujets de théâtre (ça c’est du théâtre, ça ce n’en est pas), mais jusqu’où la forme théâtrale peut révéler la vérité d’un sujet de société.

C’est ainsi qu’une question comme la pédophilie, les violences sexuelles infligées aux enfants, non seulement n’a pas du tout la même résonance selon qu’elle est traitée par les médias (tribunes, enquêtes, documentaires) ou par la création artistique (une œuvre), mais mieux encore le théâtre en fait une expérience quasiment vécue, intériorisée par le spectateur, tant la scène est un lieu de partage, de communication directe d’émotions de toutes sortes.

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Le Concours européen de la chanson philosophique de Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre

© Laure Ceillier et Pierre Nydegger

Connaissez-vous le concours de l’Eurovision ? Pas le show télé retransmis depuis sa naissance en 1957, mais le spectacle de Massimo Furlan créé en 2019 actuellement en tournée dans toute l’Europe et consacré à la chanson philosophique ?

Oui, pas d’erreur : l’Eurovision au théâtre, mais l’Eurovision de la chanson philosophique, avec un vrai jury, un vrai classement, une vraie analyse des textes : cet événement/performance créé par le Suisse Massimo Furlan et la dramaturge Claire de Ribaupierre ne pourra qu’enchanter celles et ceux qui s’efforcent de promouvoir la culture, la « valeur esprit », par les canaux mêmes qui d’ordinaire nous emportent dans la bêtise et la paresse.
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« Les Mille et Une Nuits », de Guillaume Vincent, au théâtre de l’Odéon-Europe

S’attaquer à un classique de la littérature n’est pas simple, l’adapter au théâtre lorsqu’il s’agit d’un texte narratif complique encore les choses, et prendre le parti de le faire dialoguer avec notre monde contemporain, rend l’affaire presque impossible.

Pourtant Guillaume Vincent le fait : il propose une création des Mille et Une Nuits à la fois fidèle et affranchie, inspirée et aplatie, riche en réflexions pour tous et surtout pour le professeur appelé dans son métier à réfléchir à l’art de la transposition, aux vertus des anachronismes, et aux concordances des temps. En d’autres termes, sa création, magique et banale, procure de belles réussites, de vrais moments d’enthousiasme, mais voisine  aussi avec l’ennui et le le conformisme.

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Balzac inspirateur du cinéma muet

« L'Auberge rouge », de Jean Epstein

« L’Auberge rouge », de Jean Epstein (1923) © Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé présente, pour les vacances de fin d’année et bien au-delà, un cycle romanesque qui intéressera tous les publics. Adoptés d’emblée par le cinéma, Victor Hugo, George Sand, Émile Zola et surtout Honoré de Balzac lui ont fourni un grand nombre de scénarios comportant tous les ingrédients du succès : événements, émotions et personnages attachants.

Les cinéastes européens et américains tirent parti de leur notoriété et trouvent dans ces romans classiques le moyen de conférer au divertissement populaire des premiers temps la dignité de Septième Art, décrétée par Ricciotto Canudo [1].

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