Willi Glasauer, auteur, illustrateur, photographe et lithographe

Willi Glasauer, "Grüsse aus der Fremde", DuMont,1987

Willi Glasauer, autoportrait,
“Grüsse aus der Fremde”, 1987

Accède-t-on de plein droit à l’Olympe des illustrateurs en entrant dans un dictionnaire comme celui de Jacques Sternberg (Dictionnaire des idées revues, édité par Denoël en 1985) ?

La notice consacrée par Sternberg à Willi Glasauer le laisse croire :

«Quand, entre 1945 et 1950, je rédigeais fiévreusement des manuscrits qui, refusés par tout le monde, faisaient l’aller-retour entre ma table de travail et les comités de lecture, je me gorgeais de dessins d’humour, de terreur et de fantastique. Cette passion a fini par s’éteindre et il y a des années que je n’avais pas reçu un choc semblable à celui que j’encaissai de plein fouet en découvrant par hasard chez Gallimard un carton de dessins d’un certain Glasauer. D’hallucinantes compositions donnaient à voir un monde d’épouvante, sorte de compromis entre les collages de Max Ernst et Jérôme Bosch, avec des personnages de cauchemar qui révélaient autant de virtuosité technique, de morbidité que d’imagination…»

Willi Glasauer, qui vient de fêter son soixante-quinzième anniversaire le 9 décembre 2013 (il est né en 1938 à Stribo, en République tchèque), est vite arrivé au sommet de son art. Les planches qui suscitaient l’enthousiasme de Sternberg étaient celles qu’il avait réalisées pour son premier projet de livre, édité seulement en 1987, deux ans après la parution du dictionnaire en question, sous le titre Grüsse aus der Fremde, chez Dumont, éditeur de livres d’art à Cologne.

Ma première rencontre avec Willi Glasauer date de janvier 1970. C’était dans une villa au bord de l’Alster, petit lac au centre de Hambourg, où siégeait la rédaction d’Akut, une revue de vulgarisation scientifique de l’éditeur Hoffmann & Campe.

"Camera", n° 3, 1969

“Camera”, n° 3, 1969,
photo de Robert Frank

On me présenta Willi comme mon directeur d’atelier, auquel j’étais censé servir de maquettiste au côté de sa femme Marlies. À l’époque, il s’intéressait surtout à la photographie. Parallèlement à son job directorial, il était le photographe attitré de la maison. Un reportage de ses photos d’Irlande avait été publié un an plus tôt à côté de clichés signés Robert Frank et William Klein, dans la prestigieuse revue Camera dirigée à l’époque par le non moins prestigieux Alan Porter.

Ces détails font comprendre la première technique de l’illustrateur Willi Glasauer. On trouve dans les planches de ses Grüsse aus der Fremde («Salutations de l’étranger») de multiples références à la photo.

J’ignore combien de temps il a passé sur chaque dessin. Ce que je sais, c’est qu’il reprenait au crayon le détail de négatifs projetés par agrandisseur en chambre noire. Si je dévoile le “truc” du magicien, ce n’est pas pour diminuer sa magie. L’histoire de l’art regorge d’artistes qui ont employé toutes sortes de subterfuges, notamment Erro, pour n’en citer qu’un.

Mais très vite Willi Glasauer a pris des distances avec ces façons de faire. Il avait quitté Akut – comme moi – et s’en était retourné à l’école, en tant que professeur de dessin. Brève parenthèse : déçu par l’enseignement, il s’est bientôt retiré dans un petit village des Pyrénées françaises, avec pour ambition de s’y établir comme menuisier. Ses illustrations régulières de romans feuilletons pour le journal Stern de Hambourg lui assuraient au moins de quoi survivre dans sa montagne.

Marcus Osterwalder, directeur de la collection "Archimède", dans son bureau-bibliothèque, rue de Sèvres © C.R.

Marcus Osterwalder, directeur de la collection “Archimède”, dans son bureau-bibliothèque,
rue de Sèvres © C.R.

Il a néanmoins décidé, vers 1976, de monter à Paris faire une petite tournée des éditeurs. J’étais moi-même alors revenu travailler dans la capitale et avais retrouvé mon poste de directeur artistique à l’école des loisirs. Arthur Hubschmid, directeur artistique de la maison, trouvait à juste titre les illustrations de Willi Glasauer peu adaptées au public enfantin. De son côté Pierre Marchand, chez Gallimard, s’est mis en quête d’un auteur dont la prose s’accommoderait des illustrations qui allaient tant plaire au connaisseur Jacques Sternberg, de passage dans les lieux.

Plusieurs auteurs furent pressentis, notamment Claude Roy, de qui Willi Glasauer illustrerait plus tard Le Chat qui parlait malgré lui (1987), mais dans l’immédiat il n’en résulta rien de tangible pour le menuisier pyrénéen. Lequel néanmoins a commencé à dessiner pour beaucoup d’éditeurs parisiens (Casterman, l’école des loisirs, Gallimard) et allemands, et même pour un éditeur catalan. On lui doit des illustrations pour les œuvres de Hans Christian Andersen, Daniil Charms, Hans Fallada, Jean Giono, Nikos Kazantzakis, Heinrich von Kleist, Mme Leprince de Beaumont, Herman Melville, Gustav Meyrink, Edgar Allen Poe, William Shakespeare, Mary Wollstonecraft Shelley, Herbert George Wells, etc.

En 1977, il m’envoya Le Journal enseveli, histoire en images qui a paru dans le numéro 4 de Renard Magazine, almanach météorique de l’école des loisirs (seulement cinq numéros parus). Voir ci-dessous (cliquer pour agrandir) :

 

Willi Glasauer, "Le Journal enseveli"

 

Willi Glasauer, "Journal enseveli", 2

 

Willi Glasauer, "Journal enseveli", 3

 

Willi Glasauer, "Journal enseveli", 2

Willi Glasauer, "Journal enseveli", 5

 

 

 

Willi Glasauer, Gérald Stehr, "Mais où est donc Ornicar", "Archimède", 2002En 1999, Willi a créé pour ma collection Archimède les dessins au fusain de l’album À toute vapeur !, réalisé avec son fils Wenzel Ville pour le texte, et qui n’a pas trouvé un grand public.

En revanche, un autre album : Mais où est donc Ornicar ? (texte de Gérald Stehr), a été primé en 2002 par le jury québécois du prix “La science se livre” et a été traduit en Allemagne et au Japon. Il continue à se vendre beaucoup.

Une série de lithographies de portraits de grands écrivains est diffusée on line par une galerie de Barcelone.

Les plus récentes créations de Willi Glasauer sont : Als die Tiger noch Pfeife rauchten («Quand les tigres fumaient encore la pipe»), album pour enfants dont il a écrit le texte, et les illustrations d’une réédition du Robinson suisse, roman du pasteur helvète Johann David Wyss, mort en 1830, classique adapté par son compatriote Peter Stamm.

 Marcus Osterwalder

 

 

Bibliographie de Willi Glasauer

Albums : Als die Tiger noch Pfeife rauchten, Aufbau, 2009, Berlin ; Grüsse aus der Fremde, DuMont, 1987, Cologne.

Illustr.: Aaron, Chester, Besser als Lachen, Belz & Gelberg ,1976.

Weinheim, Im Wettlauf mit der Zeit, Beltz & Gelberg, 1991, 1994.

Andersen, H.-C., Des Kaisers neue Kleider, Beltz & Gelberg, 1992.

Weinheim, éd. catalane : El traje nuevo del emperador, Círculo de Lectores, 1992, Barcelone.

Bédier, Joseph (adapté par), Le Roman de Tristan et Iseut, Casterman, 1988.

Bolte, Karin, Wie Alfred berühmt wurde und andere Erzählungen für Kinder, Beltz & Gelberg, 1977, Weinheim.

Charms, Daniil, Ich, Petka und der Esel zuletzt, Aufbau, 2007, Berlin.

Coffrant, Christophe, Moi, Vivaldi. Prêtre par nécessité, violoniste par passion, qui enchanta Venise par la grâce de sa musique, Casterman, 1991.

Déniel, Alain, Le Rameau rouge d’Irlande, Casterman, 1992.

Desarthe, Agnès, L’Expéditionl’école des loisirs, 1995 ; La Femme du bouc émissaire, l’école des loisirs, 1993, 1995 (“Mouche”).

Emerson, Scott, The Brotherhood of the Moon. From the notebooks of Edward R. Smithfield, D.V.M., Simon & Schuster Books for Young Readers, 2005, New York.

Fallada, Hans, Lüttenweihnachten, Aufbau, 2005, Berlin; Mäusecken Wackelohr, Aufbau, 2008, Berlin.

Finn, Frances, Chocotte s’envole, “Archimède”, l’école des loisirs, 2002.

Gelberg, Hans-Joachim (éd.), Neues vom Rumpelstilzchen, und andere Haus-Märchen von 43 Autoren, Beltz & Gelberg, 1976, Weinheim.

Giono, Aline, Mon père. Contes des jours ordinaires, Gallimard, 1987, 1988.

Giono, Jean, L’homme qui plantait des arbres, Gallimard Jeunesse 1983, 1988, 1990, 2002 Paris, (“Folio Cadet”).

Held, Jacqueline et Claude, Les Voyages interplanétaires de grand- père Coloconte (avec la collaboration de Pierre Colin et ses élèves), l’école des loisirs, 1979.

Hope, Anthony, Le prisonnier de Zenda, Gallimard ,1990.

Huston, Léa et Nancy, Véra veut la vérité, l’école des loisirs, 1992, 1994.

Kazantzakis, Nikos, Alexis Sorbas, Das Beste, 1996, Stuttgart.

Keiser, Bruno , Schachkönigs Heimkehr, Sauerländer, 1986, Aarau, éd. française : Le Roi d’échecs, Gallimard, 1988.

Kleist, Heinrich von (adapt. de) «Der zerbrochene Krug» Kindermann 2011 Berlin.

Klever, Ulrich, Hunde wie du und ich. Galerie der bellenden Doppelgänger, DuMont, 1986, Köln (27 pl., 64 p.).

Lehmann, Christian, Le Père Noël n’existe même pas, l’école des loisirs, 1996.

Leprince de Beaumont, Madame, La Belle et la Bête, Gallimard Jeunesse, 2002 (“Folio Cadet”).

Löns, Hermann, Mümmelmann, Aufbau, 2004, Berlin.

Malineau, Jean-Hugues, Pas si bêtes les animaux, Dialogue, L’École, 2003.

Mann, Thomas, Bekenntnisse des Hochstaplers Felix Krull, Das Beste,1997, Stuttgart.

Melville, Herman, Moby Dick, Dressler, 1992, 2001, Hambourg.

Meyrink, Gustav, El golem, Círculo de Lectores, 1997, Barcelona.

Moix, Terenci, Almanaque Cultural 1990. Los Grandes Mitos Del Cine, Edición Círculo De Lectores, Barcelone.

Morpurgo, Michael, Cheval de guerre, Gallimard, 1986.

O’Hara, Mary, Le fils de Flicka, Gallimard 1991; L’herbe verte du Wyoming, Gallimard 1991, 2011 (“Folio Junior”); Mon amie Flicka, Gallimard, 1991; Le ranch de Flicka, Gallimard 1993, 2010 (“Folio Junior” ).

Oster, Christian, Le Colonel des petits pois et autres histoires, l’école des loisirs;  Le Prince qui cherchait l’amour, 1999 (“Neuf”); La Princesse poussiéreuse, 2009 (“Mouche”); Le Vicomte de Tournebroche, 2000 (“Neuf”).

Poe, Edgar Allan, «Die Morde in der Rue Morgue und andere Erzählungen», Büchergilde Gutenberg, 2009, Francfort-sur-le-Main.

Poitevin, Jean-Louis, Wolfgang Amadeus Mozart, Gallimard ,1986.

Poslaniec, Christian (éd.),Nouvelles de la terre et d’ailleurs, l’école des loisirs, 1979.

Pullman, Philip, Ich war eine Ratte, Carlsen, 2002, 2007, Hambourg.

Roy, Claude, Le Chat qui parlait malgré lui, Gallimard, 1982, 1992.

Schiller, Friedrich, Der Taucher, Kindermann.

Shakespeare, William, Hamlet, Kindermann, 2010, Berlin.

Shelley, Mary Wollstonecraft, Frankenstein, Círculo de Lectores, 1996, Barcelone.

Spyri, Johanna, Heidi, Dressler, 1993, Hamburg; «Heidi kann brauchen, was es gelernt hat», Dressler, 1994, Hamburg.

Stehr, Gérald, Comment les Girafes disent-elles Maman ?, “Archimède”, l’école des loisirs et “Lutin poche”, 2004; éd. coréenne : Blue Bird, 2004; éd. mexicaine : Tecolote, 2005, éd. chinoise : World View Books, 2011; «Mais où est donc Ornicar ?» “Archimède”, l’école des loisirs et “Lutin poche”, 2000; éd. allemande : trad. allemande : Oskar, das Schnabeltier, Aufbau-Verlag, 2002, Berlin; éd. japonaise : Kamonohashi-kun wa doko?, Fukuinkan, 2002, Tokyo ; éd. coréenne Blue Bird, 2004; éd. mexicaine : Tecolote, 2005; éd. chinoise : World View Books, 2011.

Taeanase, Virgil, Le Bal sur la goélette du Pirate aveugle, Gallimard, 1987 (“Folio Junior”).

Ville, Wenzel, À toute vapeur !, “Archimède”, l’école des loisirs, 1999.

Wells, Herbert George, La Machine à explorer le temps, Gallimard Jeunesse, 2010 1982, 1990 (“Folio Junior”).

Wyss, Johann David (adapt. par Peter Stamm), Der schweizerische Robinson, S. Fischer, 2012, Francfort-sur-le-Main.

Wolf, Friedrich, Die Weihnachtsgans Auguste, Aufbau, 2001, Berlin.

Zitelmann, Arnulf, Kleiner-Weg, Beltz & Gelberg, 1991, Weinheim.

 

• Tous les titres de la collection Archimède.

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