Le théâtre de Racine par la Comédie-Française sur Radio France

Studio 104

Le Studio 104 à la Maison de la Radio © L. Boegly

Le Studio 104, à la Maison de la Radio, est l’auditorium dédié aux concerts et aux autres événements croisant les missions de France Culture et France Musique.

C’est dans ce lieu et dans ce cadre que la troupe de la Comédie-Française vient régulièrement lire sur scène et en public une pièce de Racine, accompagnée d’instrumentistes spécialistes de musique baroque, afin de constituer à terme l’enregistrement du théâtre complet de l’auteur à destination de tous, à commencer par les élèves et leurs professeurs.

« Ce cycle Racine permettra de constituer une mémoire essentielle pour le public, l’Éducation nationale, les élèves, les étudiants, leurs professeurs. Il est surprenant de constater que, tant sur le plan de la télévision que celui de la radio, la tragédie, notamment celle de Racine ou de Corneille, est absente des catalogues audiovisuels. C’est pourquoi la Comédie-Française et France Culture ont la mission et le devoir de combler ce manque.

Après Phèdre, Britannicus, Bérénice et Esther enregistrés en public, Andromaque et Bajazet enregistrés en studio, voici à présent Iphigénie. Nous espérons pouvoir clore rapidement cette collection Racine inédite, pour la mettre notamment à disposition des instances éducatives en France et dans le monde entier. »

Éric Ruf, administrateur général
de la Comédie-Française

À dire vrai ce partenariat est plus large encore : la collection « Fiction » se propose de créer une bibliothèque sonore éclectique alliant, outre des classiques, l’enregistrement d’albums de Tintin (déjà quatre réalisés) comme de romans de Simenon ou d’autres auteurs contemporains.

Le cycle Racine, commencé en 2016 avec Phèdre  poursuivi année après année avec Britannicus, Bérénice et Esther, offrait en ce début mars 2020 Iphigénie, l’une des tragédies les plus souvent étudiées en classe. Comme l’écrit Thierry Hancisse, conseiller artistique et interprète d’Agamemnon, l’enjeu n’est rien moins que :

« Tenter par la simple lecture, à travers nos corps immobiles, de rendre la violence frénétique de cette œuvre brulante. »

Le pari est réussi, d’abord parce que chez Racine il y a une théâtralité de la déclamation où la cadence des vers rencontre la violence des passions, ensuite parce qu’avec la distribution retenue il y a pour l’auditeur présent, avant même les effets d’intonation, de mélodie et d’expressivité, le timbre d’une voix, l’identification des personnages par la voix, l’adéquation d’une couleur vocale et d’un caractère – voix grave et sombre pour Agamemnon, claire et douce pour Iphigénie, nerveuse et puissante avec Achille, éclatante et furieuse avec Clytemnestre. Ainsi chaque voix a sa manière propre de faire vivre la somptuosité musicale du vers de Racine, avant même d’exprimer le caractère tourmenté de son personnage.

« Iphigénie », de Racine, acte V, scène 6. Gravure sur cuivre de Jean Massard (1770-1837) d’après François Gérard © Bibliothèque de l’Arsenal, Paris.

Au Studio 104, certes les comédiens sont derrière leur pupitre, non costumés, le livret à la main, le micro devant eux, alignés devant le public, sans décor et sans mouvements, et cependant rapidement le spectateur est dans l’univers de Racine, transporté en Aulide, juge et témoin d’une famille anéantie par un oracle divin, un devin Chalcas inébranlable réclamant un sacrifice, et face à lui des hommes et des femmes déchirés par des conflits psychologiques, des égos, des valeurs, des rangs et des sentiments. S’il n’y a pas de jeu ou de mise en scène, il y a des yeux qui se lèvent des livrets, des bras qui se décollent des corps, des mains qui se désespèrent, des doigts qui accusent, et l’atmosphère tragique est là, portée par la puissance et l’éclat des voix amplifiés par la sonorisation.

C’est une chance pour le monde de l’éducation d’avoir à sa disposition la troupe de la Comédie-Française si brillante et si juste pour faire revivre le théâtre classique, ses alexandrins et ses héros tragiques. Iphigénie sera diffusée sur France Culture dans l’émission Théâtre et Cie le 12 avril à 21 h mais il sera possible de la réentendre, tout comme les autres pièces enregistrées, sur le site Culture de Radio France. À l’heure où tant de personnes, jeunes ou moins jeunes, s’abandonnent aux avantages des podcasts et autres enregistrements en libre accès, la radio peut-être une bonne alternative à la lecture, dans le cadre d’un travail pédagogique ou d’une initiative individuelle.

En attendant les prochains concerts fictions de printemps : la Métamorphose de Franz Kafka le 25 mars, les Fables de La Fontaine le 18 avril ou encore le Roman d’Ernest et Célestine de Daniel Pennac le 13 juin il est temps de se plonger dans cette « mémoire sonore » de Racine, comme l’aime à la désigner Éric Ruf.

Pascal Caglar

De nombreux documents sonores intéressant les professeurs de français sont disponibles sur France Culture, dans les rubriques :

• « Art et Création » : parmi les plus récents : des études de Boris Vian, Annie Ernaux, Marcel Pagnol, le Grand Meaulnes, l’Herbe rouge, le roman policier ;

• « Fictions » : des lectures d’œuvres en feuilletons de 24 minutes chacun : Un roi sans divertissement, Jane Eyre, Madame Bovary

• « Conférences » : La langue de Racine

Et bien sûr « La Compagnie des œuvres » : Rimbaud, Racine, Koltès, les Beatles…

Racine dans l’École des lettres.

Racine, par Jean-Baptiste Santerre, 1680

Racine, par Jean-Baptiste Santerre, 1680

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