Du théâtre à la danse : l’expérience du spectateur

Olga Pericet

Olga Pericet, « La espina que quiso ser flor »

Le théâtre de Chaillot, comme beaucoup d’autres théâtres d’ailleurs, développe des programmes d’accompagnement pédagogique aux sorties envisagées par les enseignants.

Sans doute que pour la danse, élèves et professeurs se sentent plus démunis culturellement et donc plus demandeurs d’informations et d’orientations, mais le bénéfice le plus grand à retirer d’un pareil spectacle c’est l’effet émotionnel produit par la rencontre entre des artistes et un public, surtout lorsque ces artistes parlent avec leur corps.


À voir les réactions enthousiastes des élèves (et de la salle) assistant au spectacle d’Olga Pericet, La espina que quiso ser flor, on comprend que nulle préparation, nulle information n’aurait augmenté d’un degré le plaisir pris à ressentir les effets émotionnels de la puissance esthétique de son spectacle. Une expérience de spectateur va toujours au-delà des mots, forcément connotés, flamenco, guitares, claquettes qui fixent des images stéréotypées où la scène va, comme le dirait Mallarmé, redonner un sens plus pur aux mots de la tribu.

Un spectacle de danse communique physiquement un sentiment de libération, affectivement un sentiment de beauté. Olga Pericet, accompagnée de deux guitaristes, de deux chanteurs et d’un danseur, dresse au milieu de ces hommes aux voix mâles, aux claquements de mains ou de pieds puissants comme des percussions, un corps de femme envoutant, tenant haut le désir masculin, jouant du défi et de la complicité, de la transe et de la rémission, rappelant cette profonde vérité : l’amour est descendu sur terre sous la forme de la beauté.

Les élèves bien souvent rechignent à aller voir un spectacle de danse, préférant une sortie au théâtre. Pourtant presque toujours le spectacle de danse leur donne plus de plaisir que la pièce de théâtre. La raison en est simple, quoique ignorée : si la langue écrite est toujours d’une certaine manière une langue étrangère, la langue du corps est, elle, accessible à tous. La culture est utile lorsqu’elle bouscule les idées reçues, lorsqu’elle sort du confort ennuyeux du déjà vu. La danse, à ce titre est éminemment culturelle : elle est l’étonnement même.

Parce qu’il est plus facile de prendre une place de spectacle que de faire lire un livre, parce qu’une fois dans un spectacle il est plus difficile de s’en échapper que de son livre, la sortie s’avère la manière la plus efficace d’amener les élèves à découvrir cette autre manière d’aimer la vie qu’est l’expérience esthétique.

Pascal Caglar

Voir notamment sur ce site :

Théâtre : des ressources pour former à l’art d’être spectateur.

« Pièces (dé)montées », des ressources pour l’étude du théâtre en classe.

« Dramaturgies de l’atelier-théâtre 2 : Au bonheur des petites formes », de Chantal Dulibine et Bernard Grosjean.

La collection « Théâtre » de l’école des loisirs.

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