“The day he arrives” (“Matins calmes à Séoul”), de Hong Sang-soo

Hong Sang-soo figure cette année au Festival de Cannes à la fois en compétition officielle avec In another country et dans la sélection Un certain regard avec le film qui sort cette semaine sur les écrans parisiens, The day he arrives (Matins calmes à Séoul).

Ce réalisateur est d’une telle importance pour le nouveau cinéma coréen que la Cinémathèque lui a rendu hommage en 2011 par une rétrospective de ses films. Il n’a pourtant que 52 ans.

Mais le tableau qu’il brosse de la jeunesse coréenne est à la fois si réaliste et si intemporel qu’il rejoint le roman français du XIXe siècle et le cinéma classique de Murnau et de Bresson.

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Les rencontres amoureuses sont-elles aléatoires ?

Comme ses précédents films, celui-ci traite de la difficulté des relations amoureuses. Son héros est Seungjun, professeur de faculté autrefois cinéaste, qui, après quatre films prometteurs, fait une pause. Parti pour la province, il revient passer quelques jours à Séoul chez son ami Youngho. Dans la ville glacée où il pense ne plus connaître personne, il erre à l’aventure, un peu perdu, va revoir son ancienne compagne, comme pour en faire définitivement son deuil.

Avec son ami il passe son temps dans les bistrots. Ils boivent beaucoup, ce qui est habituel dans les films de Hong Sang-soo, où l’ivresse et le sexe apparaissent souvent comme façons d’échapper au réel et occasions de découvertes. C’est ainsi qu’ils discutent avec l’amie de  Youngho des hasards de la vie, sur lesquels Seungjun expose sa théorie : nos rencontres sont purement aléatoires, mais notre raison essaie à tout prix de les relier par des causalités imaginaires.

Le film se veut la mise en œuvre de cette théorie. Œuvre expérimentale,  il est construit sur la répétition de scènes apparemment identiques, mais où chaque fois une légère variation change tout. Ainsi les jeunes gens se retrouvent trois fois dans le même bistrot, trois fois la propriétaire est absente et revient quand ils sont installés. Mais Seungjun, qui semblait s’intéresser à l’amie de Youngho, accompagne la seconde fois la propriétaire faire une course et ressent soudain pour elle une violente attirance.

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Une brillante démonstration

Les différentes rencontres qu’il fait créent un effet de déjà-vu et multiplient les hasards. Combien de chances a-t-on de rencontrer en vingt minutes quatre ou cinq personnes qui travaillent dans le cinéma, demande l’amie de  Youngho ? Eh bien Seungjun  fait l’expérience de rencontrer quatre amateurs de cinéma en très peu de temps. Et il rencontre à diverses reprises une autre jeune fille, qui s’intéresse beaucoup à lui et lui répète son désir de lui parler de son travail.

Finalement, un homme n’est-il que la somme de ses rencontres ? Pourquoi tombe-t-il amoureux de telle ou telle jeune femme ?

Pas de guerre des sexes chez Hong Sang-soo, plutôt une indécision chronique des hommes, incapables de faire des choix, et une résignation féminine devant cette infirmité. Les quatre femmes que rencontre Seungjun lui plaisent à différents titres, mais le film s’achève sur une inconnue qui parvient à le photographier dans la rue, donc à capter symboliquement son attention et son image. Le hasard règne décidément en maître.

Cette brillante variation sur ce que le psychanalyste Carl-Gustav Jung appelle les “synchronicités” fait des personnages les actants d’une géométrie narrative. Ce style filmique repose sur une vision assez pessimiste de la vie, sur un réalisme voulu mais équilibré par un grand pouvoir d’abstraction.

Le temps limité qui voit se dérouler l’intrigue – ou du moins la suite de séquences qui en tient lieu – accentue le caractère théorique de cette brillante démonstration, soulignée par de longs plans fixes, par la composition soignée du cadre et la précision de l’image, qui mettent en évidence la confusion des sentiments.

Anne-Marie Baron

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