« Les Bêtes du Sud sauvage », de Benh Zeitlin

Les bêtes du sud sauvage, affiche du filmLes Bêtes du Sud sauvage, de l’Américain Benh Zeitlin, est certainement l’un des films les plus poétiques et les plus originaux de l’année.

Cette production indépendante à petit budget a obtenu le Grand prix du jury au festival de Sundance, la Caméra d’or au Festival de Cannes et le Grand prix à Deauville.

Elle pourrait bien remporter un Oscar.

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Une sensibilité exceptionnelle

Réalisé par un jeune cinéaste new-yorkais de vingt-neuf ans dans le cadre d’un collectif artistique de copains d’université (Court 13), ce premier long métrage témoigne d’une sensibilité exceptionnelle. Bouleversé depuis son troisième court métrage d’animation Glory at Sea (2008), déjà situé en Louisiane, par les effets catastrophiques de l’ouragan Katrina, Benh Zeitlin décide de s’installer sur place, d’adapter la pièce de théâtre écrite par son amie d’enfance Lucy Alibar, Juicy and Delicious, et de la faire interpréter par des gens du cru non professionnels.

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Le point de vue d’une petite fille de six ans

Il choisit pour la narration l’unique point de vue d’une petite fille de six ans, Hushpuppy, prise dans le désastre climatique qui s’abat sur la population du bayou – surtout la plus défavorisée –, mais aussi dans un désastre personnel, puisque, orpheline de mère, elle s’acharne à tenter de sauver de la déchéance et de la mort son père alcoolique et très mal en point. Son monologue prend l’allure d’une mélopée destinée avant tout à la rassurer elle-même au moment où elle affronte les éléments déchaînés sur un radeau de fortune. Ressassant les histoires qu’elle a entendues depuis sa plus petite enfance, les instructions de son père et ses propres fantasmes d’enfant solitaire, ce soliloque est le fil conducteur du film.

Il nous guide à travers le bayou, au milieu de la végétation noyée et des monstres cauchemardesques qui menacent l’espace environnant et ses derniers habitants complètement livrés à eux-mêmes. Caméra au poing, le chef opérateur suit cette traversée biblique de l’enfant sur le frêle esquif qui semble un défi aux lois de la navigation. Plans d’ensemble du paysage dévasté et gros plans de la petite fille alternent dans un chaos d’images dominé par sa volonté de fer. La scène de l’attaque des aurochs, tournée avec une ingéniosité incroyable, est spectaculaire.

Ce film rend hommage à une région martyre en faisant de la Louisiane le personnage essentiel en face de l’enfant solitaire ; la photo en souligne la grandeur meurtrie dans des scènes d’apocalypse, réelles ou oniriques.

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Le tournage : une lutte quotidienne contre les éléments

La poésie devient épique et pathétique à la fois. Les quelques survivants du bayou, si éprouvés par les catastrophes naturelles, apparaissent dans leur dénuement comme des exemples de solidarité et de courage par leur entêtement à vouloir à tout prix faire reculer l’échéance. L’équipe du film a partagé leur combat, puisque le premier jour de tournage, le 20 avril 2010, l’explosion de la plate-forme BP a déclenché, de surcroît, une marée noire ravageuse. Et le tournage tout entier a été une lutte quotidienne contre les éléments.

Le secret de Benh Zeitlin ? Remplacer l’argent par l’imagination et l’empathie. « Puisque je n’avais pas les moyens de mettre en scène des arbres qui volent et des maisons éventrées, j’ai filmé les sensations d’une petite fille apeurée, qui entend les éléments se déchaîner. » Donner à voir les cauchemars éveillés d’une enfant au lieu de déployer la grosse machinerie des effets spéciaux, aimer assez les gens pour partager leurs angoisses et nous faire ressentir presque physiquement, avec le lyrisme de la compassion, la panique de Hushpuppy ou le fatalisme de ses voisins d’infortune, voilà une leçon à méditer pour les superproductions des major companies où la 3D sert souvent à dissimuler l’indigence créative et le mauvais goût.

Anne-Marie Baron

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1 réflexion sur « « Les Bêtes du Sud sauvage », de Benh Zeitlin »

  1. Un film poignant qui laisse à méditer sur l’environnement, sur les liens humains, sur l’importance des choix que l’on peut décider face à la mort, une leçon de vie en quelque sorte, bravo pour les acteurs, très touchante hushpuppy et son papa et enfin merci au réalisateur qui sans trop de moyen, a réalisé un film sublime, Merci

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