« Les Bêtes du Sud sauvage », de Benh Zeitlin

Les bêtes du sud sauvage affiche du filmLe titre, déjà, n’est pas une réussite, qui fait penser à un documentaire produit par les studios Walt Disney pour meubler les dimanches d’hiver devant la télé. Mais le pire reste à venir, même si tout n’est pas à jeter dans ce film qui a obtenu la Caméra d’or (meilleur long métrage) au dernier festival de Cannes. On ne peut rester insensible, par exemple, à la performance de cette fillette de six ans au prénom original – Quvenzhané Wallis – sur qui repose toute l’entreprise.

Elle est, reconnaissons-le, craquante, la petite Hushpuppy, avec sa mine boudeuse, ses cheveux ébouriffés, ses pieds nus dans des bottes de caoutchouc et son imagination féconde pour survivre dans un environnement déglingué, parmi des adultes cabossés par la vie et au milieu d’une nature brutale.

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Une parabole sirupeuse…

Nous sommes dans le grand sud de l’Amérique, au milieu de ce bayou si pittoresque pour les touristes, moins réjouissant pour ceux qui l’habitent, un quart-monde qui survit misérablement, bien que joyeusement, et affronte, avec obstination et parfois gaieté, les pires épreuves. Deux en particulier constituent l’argument du film : la première, privée, est la maladie avancée, puis la mort, du père de Hushpuppy, un ivrogne violent au cœur tendre qui souhaite faire de sa petite fille un « dur » capable de se défendre dans une société impitoyable.

L’autre malheur est collectif et inspiré sans doute d’une actualité douloureuse : un ouragan dévastateur (souvenir de Katrina) qui va bouleverser le précaire équilibre de la misérable communauté.

Deux apparitions du Mal en somme, que le réalisateur veut symboliser par des aurochs anachroniques – les fameuses « bêtes sauvages », sans doute – qui piétinent avec une allégresse aveugle les fragiles constructions de cette insouciante sous-humanité. À partir de là, le film tourne à la parabole sirupeuse, vaguement copiée, en moins réussie, sur L’Arbre de la vie, Terrence Malick, couronné à Cannes l’année précédente. Ne reculant devant aucun effet larmoyant, devant aucune complaisance, Benh Zeitlin s’applique à séduire les nostalgiques d’un improbable âge primitif où les forces de vie l’emporteraient sur les agressions de la nature et de la modernité réunies.

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… et une démonstration brouillonne

Certains spectateurs naïfs peuvent se laisser abuser par cette démonstration brouillonne ; les autres s’ennuient ferme et se demandent, en voyant défiler des séquences apparemment chargées de sens, bien filmées, mais toujours décousues et gratuites, quand le film va vraiment commencer. Restent la jolie frimousse et le regard vengeur de l’attendrissante Hushpuppy. Ce qui finalement est assez maigre.

Yves Stalloni

• Un autre point de vue sur le film sur ce site.

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2 réflexions sur « « Les Bêtes du Sud sauvage », de Benh Zeitlin »

  1. Et Dieu jugea les hommes et les classa en 2 catégories: les naïfs qui ont aimé (les bêtes du sud, finalement) et les autres, érudits et censés, qui sont à son image. Belle démonstration de prétention emprunte de condescendance.
    Le critique donne son avis, il ne l’impose pas au monde.

  2. Critique ou incompréhension…J’invite tout le monde à voir ce film pour ma part que j’ai trouvé superbe et atypique, une vraie expérience cinématographique dure, poétique, réaliste et touchante à la fois.
    Pour moi, moins sirupeuse que l’arbre de vie

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