« La Chasse », de Thomas Vinterberg

Après le choc de Festen, en 1998, Thomas Vinterberg, inventeur, avec Lars von Trier, du mouvement cinématographique  Dogme 95, n’avait pas retrouvé de sujet aussi fort.

It‘s all about love (2003), Dear Wendy (2005) et Un homme rentre chez lui (2007) n’avaient pas convaincu. Submarino en 2010, tentait de rééditer la noirceur de Festen.

Mais avec Jagten (La Chasse), le réalisateur est à son meilleur niveau. Tourné dans son Danemark natal, le film raconte sobrement le calvaire d’un animateur de jardin d’enfants accusé à tort de pédophilie par la fille de son meilleur ami, au moment même où il tente de se reconstruire après un divorce douloureux. Accablé, Lukas (Mads Mikkelsen, inoubliable dans Casino Royale) se retrouve seul contre la foule déchaînée.

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Un scénario impeccablement construit

Le scénario de Tobias Lindholm – qui avait aussi écrit Submarino – est impeccablement construit, montrant d’emblée l’innocence de l’employé face à une enfant jalouse qui l’accuse de s’être exhibé sexuellement devant elle sans réaliser la gravité de ses allégations. Frappée de stupeur, gagnée par la méfiance, la petite communauté plonge dans l’hystérie collective malgré les dénégations de l’accusé.

Se demandant si la vérité parviendra à se faire entendre, le spectateur est tenu en haleine par un suspense qui se prolongera au-delà de la dernière image du film.

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La mise en scène d’une curée

La mise en scène de cette curée est parfaite. Caméra à l’épaule, le cinéaste suit son protagoniste sur le chemin de l’école et l’isole progressivement face aux humiliations incessantes que lui font subir les rudes chasseurs du village, prêts à une chasse à l’homme pour venger cet attentat auquel ils croient de plus en plus.

Bête traquée, Lucas se débat pour préserver sa dignité sans arriver à prouver son innocence, même à la femme qu’il aime. Le film nous entraîne dans l’engrenage fatal de la violence qui jette ce héros christique dans la spirale du déclassement et du déshonneur, le mettant au ban de la communauté.

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Le portrait de l’homme scandinave d’aujourd’hui

Vinterberg dit avoir voulu faire le portrait de l’homme scandinave d’aujourd’hui, presque trop civilisé. Généreux, amical, modeste, bien plus doux que ses amis chasseurs, Lucas devient une cible idéale quand il se trouve confronté à l’inhumanité de l’agression aveugle. Le voilà obligé à retrouver sa virilité.

Le sujet du film est l’injustice et il nous révolte en mettant en évidence le rôle de la rumeur et la prééminence des idées toutes faites qui considèrent les enfants comme incapables de mensonge. Un psychologue a appris au cinéaste ce que sont les faux souvenirs induits par les idées malsaines des adultes. En réalité, c’est la communauté qui préfère le mensonge à une vérité gênante.

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L’un des meilleurs films sur le soupçon de pédophilie

Thriller efficace sur une haine sauvage qui réveille les instincts les plus primitifs, chemin de croix d’un innocent persécuté, La Chasse est l’un des meilleurs films qui existent sur le sujet délicat de la pédophilie ou plutôt du soupçon de pédophilie.

Seul Les Risques du métier, d’André Cayatte, où Jacques Brel incarnait un instituteur accusé d’abus sexuels arrivait à une telle force. Bouleversant dans le rôle de Lucas, Mads Mikkelsen a bien mérité son prix d’interprétation au dernier festival de Cannes.

Anne-Marie Baron

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• Sur le mouvement Dogme 95, voir l’article de Claire Chatelet : Dogme 95 : un mouvement ambigu, entre idéalisme et pragmatisme, ironie et sérieux, engagement et opportunisme.

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