« Jours de pêche en Patagonie », de Carlos Sorin

Jours de pêche en Patagonie - affiche du filmCarlos Sorin a l’habitude de composer ce qu’il appelle des « historias minimas » (titre d’un film de 2002), des histoires minuscules, comme dans ses derniers films, La Ventana (La Fenêtre, 2009) ou Bombón El Perro (Le Chien Bonbon, 2004).

Jours de pêche en Patagonie raconte une histoire très simple de gens ordinaires, une aventure minimale sur un ton minimaliste. Marco Tucci, représentant en roulements à billes de Buenos Aires d’origine italienne, a décidé de prendre quelques jours de vacances en Patagonie pour s’essayer à la pêche au requin et revoir sa fille.

La quête d’un homme qui a tout perdu

La route est longue et difficile pour atteindre Puerto Deseado, le port désiré, nom si bien adapté à la quête pleine d’espoir de cet homme qui a tout perdu. Ancien alcoolique maintenant désintoxiqué, divorcé, il n’a pas vu sa fille depuis trois ans et se trouve visiblement dans une solitude complète.

Il garde pourtant le sourire et son air avenant lui fait faire diverses rencontres, plus incongrues les unes que les autres : un entraîneur de boxe féminine, le professionnel à qui il demande de l’initier à la pêche et son assistant,  l’animateur de la station de radio locale, seul moyen d’entrer en contact avec sa fille qui a quitté le village et vit avec son mari à plus de cent kilomètres. Rendez-vous est pris. Le voilà invité à dîner. Faite d’émotion et de frustration, la rencontre le comble.

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Des vacances rêvées qui virent au cauchemar

Mais la douceur de cet homme désarmé est décidément vouée à l’incompréhension. Et la chanson de son enfance, qu’il chante à sa fille de sa belle voix de ténor, ne lui est d’aucune aide. Rien n’est accordé à l’amateur de bel canto, ni l’affection de sa fille, ni le bonheur de jouer avec son petit-fils, ni l’apprentissage de la pêche, métaphore de la vie.

L’exclusion semble son lot. Vise-t-il trop haut en tentant de pêcher le requin ? Les gens, méfiants de nature, ne sont-ils pas prêts à recevoir les cadeaux de cet homme trop généreux ? Est-il malade du cœur ou a-t-il le cœur trop sensible pour affronter la rudesse et la grossièreté ambiantes ?

Questions quotidiennes et si humaines de l’incompatibilité des natures et de l’incommunicabilité des êtres. Marco les affronte avec courage, sans vraiment perdre à chaque échec sa confiance en la vie pendant ces vacances rêvées qui virent au cauchemar.

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Une écrasante solitude

Avec Jours de pêche en Patagonie, une fois de plus le cinéma argentin nous offre une pépite, un film plein de tact et de délicatesse, interprété par l’excellent Alejandro Awada, qui joue, sur le non-dit et la pudeur des sentiments, une partition mélancolique. Tandis que la photo d’une caméra numérique traduit bien la disproportion entre les paysages grandioses de Patagonie et ce roseau humain, mettant en évidence le caractère écrasant de sa solitude.

Anne-Marie Baron

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