« A Hidden Life » ( « Une vie cachée »), de Terrence Malick : éthique et politique

Des documents d’archives en noir et blanc sur écran carré accompagnés par un passage de la Passion selon saint Mathieu de Bach ouvrent ce film par les images des rassemblements et des parades des troupes nazies.

Il s’agit de mettre en place le cadre historique : l’année 1938, cruciale pour le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, dû à la politique agressive de conquête du Reich. Elle voit s’intensifier les pressions de l’Allemagne et des nazis autrichiens pour réunir leurs populations au sein d’une même nation. Les troupes de la Wehrmacht entrent en Autriche le 12 mars 1938 pour annexer, sans rencontrer la moindre opposition, ce pays qui lui fournit ses partisans et ses séides les plus enthousiastes.

Voulant revenir, comme dans La Ligne rouge (1998), à un cinéma moins abstrait, Terrence Malick a choisi de raconter l’histoire d’autant plus exceptionnelle de Franz Jägerstätter (20 mai 1907 – 9 août 1943), petit paysan autrichien du village de Radegund (qui devait à l’origine donner au film son titre), objecteur de conscience catholique au régime hitlérien, pour lequel la hiérarchie catholique incite cependant à voter par peur du bolchevisme et de la tendance d’Hitler à lui préférer le protestantisme. Seul à refuser son enrôlement dans la Wehrmacht en février 1943, il est emprisonné, puis exécuté à l’âge de 36 ans en août.

Le cinéaste a eu accès à ses carnets et à ses lettres écrites à sa famille de la prison, lettres pleines d’amour et de conviction à la fois morale et religieuse. Mais aux yeux de Malick, on le sait depuis le début de son œuvre, ce ne sont pas les institutions religieuses qui comptent, ce sont les Écritures et surtout la foi comme adhésion spontanée au mystère – moins chrétien que panthéiste – de l’univers.

« Une vie cachée », de Terrence Malick

August Diehl, Valerie Pachner dans « Une vie cachée », de Terrence Malick © Iris Productions Inc

Un héros christique

Puis, sur écran large et en couleurs, nous voilà transportés dans la campagne du Sud Tyrol autrichien par les images superbes d’une nature luxuriante filmées en numérique. On reconnaît immédiatement le style lyrique et la vision épique du cinéaste, mis en valeur par la photo de Joerg Widmer, opérateur Steadicam de Terrence Malick pour ses quatre précédents films auprès du chef-opérateur Emmanuel Lubezki, dont il a repris la place pour Une vie cachée. Panoramiques inspirés, magnifiques plans-séquences de moissons – thème cher à Malick comme dans Les Moissons du ciel (1978) –, divers travaux des champs filmés de façon quasi documentaire dans des décors et avec des éclairages naturels par des caméras légères, avec de nombreuses références aux plus célèbres toiles rurales du peintre Jean-François Millet : semailles, fauchaison, angélus.

Cette première partie est une merveille esthétique d’une fluidité et d’une harmonie parfaites soulignées par la bande son de James Newton Howard ; comme dans The Tree of Life (palme d’or à Cannes en 2011), elle décrit – grâce aux séquences par épisodes – la suite des saisons et des naissances en quelques plans caractéristiques séparés par des ellipses, brossant ainsi le tableau idyllique du bonheur conjugal d’un jeune couple et le charme bucolique d’une paysannerie comblée par une nature somptueuse.

Mais, dans cette pastorale, le ballet des faux aux mains des moissonneurs installe cependant le thème de la mort, la grande faucheuse, représentée sur la treizième lame du Tarot – auquel Malick a consacré le film Knight of Cups –, la seule à ne pas porter de nom ; son squelette couleur chair évoque la mue du serpent, dont les anciennes apparences tombent à terre et viennent servir d’engrais aux nouvelles. C’est une référence à la culture de soi, de nos créations et, à un niveau plus ésotérique, au résultat de notre volonté (on récolte ce que l’on a semé).  En annonçant avec insistance la tragique fin du héros, les faux évoquent surtout la typologie chrétienne où tout prend son sens par la Crucifixion et la Résurrection. Ainsi, dans la peinture du Quattrocento, une Adoration des mages peut contenir en abyme une Passion ou une Pietà, un autel ou un berceau annonce le tombeau, le bœuf et l’âne de la crèche préfigurent les deux larrons crucifiés en même temps que Jésus.

De même chez Malick, tout dans les images de cette vie édénique en parfaite harmonie avec la nature laisse prévoir un destin christique : la cloche de l’église de Radegund dont le clocher se dresse à l’horizon et où Franz est sacristain sonnera son glas, son ami peintre – autoportrait de Malick ? – essaie sans succès de représenter le visage de Jésus en restaurant les fresques de l’église, les croix sont omniprésentes aux murs de la maison et même sous la forme de l’épouvantail dans un champ. Toute la symbolique chrétienne est mobilisée pour faire de cet opposant au régime nazi un martyr, un saint, l’image du Sauveur et de sa Passion. Malick entrevoit le sujet de son prochain film : le Christ.

Peu de dialogues dans cette première partie, mais un long monologue intérieur de Franz exprimant son amour pour sa femme, pour la nature et sa confiance en la justice divine selon le Psaume 22 (« Le Seigneur est mon berger / je ne manque de rien / Sur des prés d’herbe fraîche / il me fait reposer »). À partir du moment où Franz est en prison, s’installe un dialogue par lettres en voix off entre lui et son épouse. Ce couple qui n’avait jamais beaucoup parlé s’exprime alors maladroitement mais du fond du cœur avec une pudeur et une retenue particulièrement émouvantes.

« Une vie cachée », de Terrence Malick

August Diehl, Bruno Ganz dans « Une vie cachée », de Terrence Malick © UGC Distribution

Une certaine tendance du cinéma actuel

Mes articles précédents sur lui l’ont montré, je considère ce cinéaste comme l’un des plus grands du monde. Pourtant, alors que la majorité des critiques louent ce dernier film comme le meilleur parce que le plus narratif, il suscite en moi un malaise qui me fait penser le contraire. C’est dans l’abstraction, la confidence lyrique et la méditation que Malick excelle. Et l’intrigue qu’il a choisi de raconter ici me plonge dans la perplexité au lieu de me convaincre. De plus son attachement à la véracité du cadre, des décors naturels ou historiques me semble suspect. On comprend qu’il ait voulu aller en Autriche sur les lieux mêmes où à vécu son personnage pour retrouver leur authenticité et leur cachet, mais fallait-il pousser le souci de la vérité historique jusqu’à tourner dans les studios de Babelsberg, jadis dirigés par Goebbels, chef de la propagande nazie qui a produit Le Juif Süss de Veit Harlan ? Et dans le tribunal même du Kammergerich où les nazis ont condamné à mort tant d’innocents? D’autant plus que, curieusement, il a tenu à ce que les dialogues ou monologues des protagonistes (interprétés par les Allemands August Diehl et Valérie Pachner) soient en américain, tandis que les nazis s’expriment en allemand non sous-titré.

Terrence Malick semble bien avoir fait sienne cette tendance du cinéma actuel – allemand en particulier – à produire des films historiques sur le nazisme afin de porter l’attention du public germanique sur sa propre histoire et d’en mettre en scène les principaux acteurs. Réconciliation européeenne oblige ! Babelsberg a donc dû faciliter au maximum le travail du cinéaste auréolé de sa palme d’or. Le cinéma suit ou accompagne toujours le mouvement de l’histoire, mais force est de constater qu’il va toujours dans le même sens, comme l’ont montré entre autres le film de Marc Rothemund sur les jeunes résistants Hans et Sophie Scholl (2005), celui de Margarethe Von Trotta, Rosenstrasse (2003) qui rend hommage à ces femmes allemandes, qui en 1943 firent le siège d’un bâtiment où étaient emprisonnés leurs maris juifs et tant d’autres.

Certes, la prise en compte d’un tel passé est le seul moyen de le dépasser et de l’intégrer. À condition toutefois de ne pas monter en épingle ses rares épisodes positifs, de ne pas l’édulcorer, et de ne pas minimiser la responsabilité générale du régime et de ceux qui l’ont porté au pouvoir. Car cette tendance actuelle à mettre en exergue les victimes allemandes ou autrichiennes du nazisme revient à confondre – malgré la disproportion des chiffres – bourreaux et victimes dans une même compassion, qui brouille l’objectivité et la clarté du regard historique.

« Une vie cachée », de Terrence Malick

August Diehl, Valerie Pachner dans « Une vie cachée », de Terrence Malick © Iris Productions Inc

Malick ne minimise pas, il englobe et il estompe

Et on peut se demander ce que sait exactement Franz au printemps 1943, dans les alpages de son paradis campagnard, des agissements d’Hitler, des forfaits du nazisme. Ses carnets l’indiquent, il craint surtout pour la foi chrétienne et se demande comment on peut la concilier avec l’adhésion au national-socialisme, que son rêve, raconté au début du film, symbolise par un train où s’engouffrent des enfants et qui roule vers l’enfer. On pourrait voir dans cette image une allusion aux Juifs emmenés vers les camps. Pas du tout ; il l’interprète comme une allégorie du régime, incarnation du mal. Sait-il seulement que les Juifs existent ? Et que ces trains qu’il prend pour aller à Salzbourg ou à Berlin les emmènent vers la mort ? Il dit vaguement : « On tue des innocents. On envahit d’autres pays. On s’attaque aux faibles. » Il fait une petite allusion aux camps de concentration pour les récalcitrants politiques. Donc contre quoi se dresse-t-il précisément ? Contre un dictateur qui a annexé son pays à la satisfaction générale et dont il a pu seulement entendre vanter certains hauts-faits lors de la période militaire à laquelle il a été contraint et dont il est revenu sans dommage.

Son dilemme est purement personnel et moral. Cette opposition abstraite et théorique ne signifie d’abord qu’une chose : la Guerre en général est contre Nature dans tous les sens possibles et en particulier contre cette nature généreuse, à qui elle va enlever son protecteur, son producteur et un père de trois enfants. De quoi est-il accusé au juste? De résistance passive, de refuser de voter pour Hitler, de ne pas cautionner le nazisme ni lever le bras pour crier Heil Hitler. Son opposition est une opposition de principe, solitaire et entêtée – dictée par l’intime conviction de l’iniquité de ce régime – qui lui a valu d’être décapité. Et il est probable que l’Autriche, qui a ratifié l’Anschluss réalisé de force le 12 mars 1938 par 99, 7% des suffrages, a vu dans cette histoire édifiante une façon de racheter moralement, sinon politiquement, son image plus que collaborationniste. D’où la reconnaissance de Jägerstätter comme martyr en 2007 par Benoit XVI puis sa béatification par l’Église autrichienne, geste éminemment politique. Mais que dire alors de la résistance active de tous ceux qui ailleurs en Europe ont pris le maquis au péril de leur vie pour détruire l’ennemi et sauver des quantités de leurs compatriotes? Ils ont agi, eux, et ont été torturés et exécutés froidement pour cela sans être reconnus par aucune institution. Seul le mémorial Yad Vashem de Jérusalem a désigné et honoré les « Justes parmi les nations », pour avoir sauvé des Juifs.

« Une vie cachée », de Terrence Malick

Valerie Pachner dans « Une vie cachée », de Terrence Malick © Iris Productions Inc

Entre le Bien et le Mal

Le problème que pose la deuxième partie du film est le choix que doit faire Franz entre sa vie heureuse et son devoir moral, entre sa conception du Bien et du Mal, pourtant difficiles à identifier clairement. La Seconde Guerre mondiale reste presque invisible. Les champs de blé remplacent les champs de bataille et seules quelques séquences où des militaires viennent pacifiquement dans le village évoquent dans la première partie la puissance militaire.

On ne peut s’empêcher de comparer cette sérénité édénique à la force de la séquence inaugurale du film de Quentin Tarantino Inglourious basterds, où l’officier nazi vient terroriser avec un flegme sadique une famille de paysans qui cache des juifs. Franz, lui, doit affronter de plus en plus les villageois de Radegund – microcosme emblématique d’un pays incapable de tout discernement – qui, par peur de subir les conséquences de sa conduite, ostracisent progressivement toute sa famille. Mais aussi les soldats qui l’incarcèrent dès qu’il se présente à la caserne après son enrôlement et refuse de prononcer le serment d’allégeance au Reich, s’exposant ainsi à la torture et à l’isolement en prison, évoqués par les bruits sinistres des fusils et des bottes.

Une vie cachée est cependant bien un film de guerre, dans lequel le conflit, sans être montré frontalement, est plutôt suggéré par des symboles – narration et contemplation se mêlant à la manière habituelle de Malick. Les décors et les visages sont de plus en plus déformés par l’objectif grand angulaire comme pour traduire la perversion croissante de la réalité et la souffrance du personnage. Car il s’agit surtout ici d’un conflit intérieur. Franz est, semble-t-il, le seul de son village à identifier la « bête immonde» . Sa conscience de chrétien lui impose le rejet d’une idéologie dominatrice et meurtrière. Son cas de conscience est très longuement analysé, ses atermoiements longuement pesés et soupesés. Mais le prêtre, les gens de son village, les SS qui l’arrêtent et l’emprisonnent et l’officier nazi chargé de le juger (Bruno Ganz) ont peut-être raison de lui faire remarquer que sa vie infime et obscure ne va pas vraiment changer grand chose. Mais Franz ne veut rien changer, il ne veut pas cautionner.

Si Paul dit dans l’Épître aux Romains : « Que tout homme soit soumis aux autorités au-dessus de lui » (13 : 1), le cinéaste fait au contraire de lui l’incarnation admirable de l’homme seul capable de se dresser contre une foule apeurée et moutonnière qui, craignant des représailles, le met à l’écart. Il cite la romancière George Eliot à la fin du film pour en attester :

« The growing good of the world is partly dependent on unhistoric acts; and that things are not so ill with you and me as they might have been, is half owing to the number who lived faithfully a hidden life, and rest in unvisited tombs. » 


« Le développement du bien dans le monde dépend en partie d’actes non historiques ; et le fait que les choses n’aillent pas aussi mal pour vous et moi qu’elles le pourraient est aussi dû au nombre de ceux qui vécurent loyalement une vie cachée et reposent dans des tombes invisibles »
(George Eliot,
Middlemarch).

            Franz est-il un martyr ? Frank Lestringant démontre dans son livre Lumière des martyrs. Essai sur le martyre au siècle des Réformes (Honoré Champion, 2004) que, pour qu’il y ait martyre dans le cas des pérsécutions religieuses, il faut au préalable transformer la cause du martyr en Cause, c’est-à-dire faire du mot le synonyme de l’Église invisible du Christ. À ce moment-là, le titre de martyr est élargi à l’ensemble des fidèles. Mais le cas de Franz est politique, donc différent de celui des victimes des guerres de religion, assassinées en masse ou converties de force et il est difficile de considérer l’Église autrichienne tout entière, qui a recommandé l’allégeance à Hitler, comme martyre. Franz se conduit en victime du devoir de vérité. « Un homme peut-il se laisser mettre à mort ? Pour la vérité ? Se peut-il que cela plaise à Dieu ? », se demande-t-il. S’agit-il d’Imitatio Christi, du souvenir des paroles de Jésus dans  Matthieu 10 : 22 : « Vous serez haïs de tous à cause de mon nom, mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé » ? Son procès inique est-il un rappel du jugement de Ponce Pilate ? Et Hitler est-il pour lui une figure de l’Antéchrist ?

« Une vie cachée », de Terrence Malick

August Diehl dans « Une vie cachée », de Terrence Malick © Iris Productions Inc

Une « belle âme »?

Malick a certes voulu suggérer tout cela. Le sacrifice christique est la voie du « bon chrétien ». Son humilité et son anonymat (d’où le titre du film) en sont le fondement. Mais il n’est pas interdit de penser que c’est son épouse qui se sacrifie vraiment en lui donnant son appui de manière à lui enlever tout remords et que s’il y a une martyre, c’est plutôt Fani ; car Franz, cet homme intransigeant qui se place au-dessus de toute considération historique concrète, qui sacrifie de ce fait délibérément sa famille, sa ferme, son bonheur pour une très haute idée de son devoir, peut apparaître comme la belle âme que critique Hegel dans la morale de Kant (voir sur le blog de Didier Moulinier, « La belle âme et la loi du cœur : de la dialectique à l’analyse. Hegel, Freud, Lacan » http://philosophie-et-psychanalyse.blogspot.com/2010/12/la-belle-ame-et-la-loi-du-coeur-de-la.html).

Ne tenant pas compte, selon Kojève, de l’interaction entre la liberté et la nature, ni de l’interaction entre les motifs personnels d’agir et les motifs universels, elle préfère au bonheur le devoir dans toute son idéalité et refuse l’action. Conception rigoureuse sinon rigide du monde que Kant a transmise aux Romantiques allemands, dont elle construit la vision esthétique et religieuse, qui exige de vivre en conformité avec soi-même. Jägerstätter serait donc à la fois la belle âme selon Schiller qui unit l’instinct et le devoir et dont Goethe peut dire qu’elle repose « sur les plus nobles duperies et sur la plus subtile confusion du subjectif et de l’objectif » (cf. Confessions d’une belle âme, note 74. p. 177) ; la belle âme contemplative universelle, qui se sent libre de tout devoir déterminé quelconque, mais non bien sûr de l’universalité du devoir lui-même ; et la belle âme proprement dite selon Novalis qui, convaincue de ce que « la voix intérieure de son savoir immédiat est voix divine » (Phénoménologie de l’esprit, p. 186), veut réaliser intérieurement l’amour christique et ne peut se soustraire à la violence du monde. C’est l’attitude suicidaire de la conscience malheureuse qui vit « dans l’angoisse de souiller la splendeur de son intériorité par l’action et l’être-là, et, pour préserver la pureté de son cœur, fuit le contact de l’effectivité et persiste dans l’impuissance entêtée, impuissance à renoncer à son Soi affiné jusqu’au suprême degré d’abstraction ». Freud et Lacan ont montré que sa jouissance narcissique est à la mesure du malheur qu’elle s’inflige.

« Une vie cachée », de Terrence Malick

Valerie Pachner dans « Une vie cachée », de Terrence Malick © Iris Productions Inc

Symphonie pastorale et spirituelle, œuvre idéaliste, à la fois humaniste et sublime qui a obtenu le prix du jury œcuménique au dernier Festival de Cannes, Une vie cachée est un magnifique monument  à la gloire des petits, des sans grade, des oubliés de l’Histoire. Mais le martyre volontaire de son personnage, le pays compromis et la période historique cruciale où se situe son intrigue, les épineux problèmes éthiques et politiques qu’elle pose en font une œuvre sujette à discussion et même discutable à tous les niveaux, et en particulier au niveau politique et philosophique, quelles que soient les idées et les croyances des spectateurs. Le débat dans une classe de seconde, de première ou de terminale, s’il parvient à éviter la polémique et la partialité religieuse, pourrait se révéler passionnant et très actuel.

Anne-Marie Baron

« À la merveille », de Terrence Malick.

« The Tree of Life » – « L’Arbre de vie » –, de Terrence Malick, Palme d’or du festival de Cannes.

« Voyage Of Time » et « Song To Song ».

 

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2 réflexions sur « « A Hidden Life » ( « Une vie cachée »), de Terrence Malick : éthique et politique »

  1. Très beau texte qui permet de réfléchir à un des films les plus marquants de ces derniers temps !

  2. Voici encore une fois une très belle “critique” d’Anne-Marie Baron. Son commentaire savant et approfondi explore plusieurs niveaux de réflexion à propos de ce film extraordinaire : une réflexion de type politique, ici sur l’étrange ellipse de la Shoah, du génocide de 6 millions de juifs, qui furent les véritables martyrs de la Seconde Guerre mondiale, victimes expiatoires du régime nazi , de ce meurtre de masse commis par un Etat génocidaire. Y aurait- il, derrière cette ellipse, une tentative d’édulcorer la radicalité tragique de la Shoah, par l’exaltation de rares figures héroïques en terre germanique de l’époque ? Telle est l’
    hypothèse d’Anne-Marie Baron, qui voit ici une certaine tendance du cinéma contemporain.
    L’autre critique rejoint ma réflexion sur un problème philosophique posé par ce film, par ailleurs si beau ; il évoque le thème de la « belle âme » hégélienne : au nom d’un devoir « pur » dans son « idéalité », Franz refuse l’action véritable, et l’autre obligation selon Hegel, celle d’affronter la dureté du monde, et la violence de l’Histoire, abandonnant ainsi sa
    jeune femme et ses enfants désormais solitaires et démunis face à un monde de plus en plus hostile… Les critiques de cinéma d’Anne-Marie Baron sont en elles-mêmes de beaux textes littéraires, et philosophiques ; et la profondeur de ses analyses a le grand mérite d’éveiller chez le spectateur et le lecteur une véritable réflexion à propos des grandes œuvres cinématographiques.
    Sylvie

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