Les fictions du bourreau : littérature, cinéma, philosophie

Antony Soron et Éric Hoppenot organisent le 15 février 2014 une journée d’étude sur Les fictions du bourreau dans la littérature, le cinéma et la philosophie, sous l’égide du Centre international d’études francophones Paris-Sorbonne, avec le soutien de l’École supérieure du professorat et de l’éducation de l’académie de Paris.

Voir ci-dessous le programme détaillé.

Il va de soi qu’on demandera un jour des comptes à celui qui a commis des crimes en bande organisée ; il va de soi qu’au nom des violés, des massacrés, des annihilés, leur famille, leurs proches voudront entendre de sa bouche même l’aveu de son irréparable forfait.

Ce jour-là, qui est censé n’intervenir souvent qu’après des mois voire des années, a toutes les chances d’éclairer la personnalité de celui qui a été placé sur le banc des accusés, seul ou avec ses comparses. Toutefois, cette mise en lumière demeure problématique en ce sens que l’accusé ne répond que rarement à l’attente de ceux qui lui demandent des comptes. D’une façon ou d’une autre, et quel que soit le contexte sociologique ou historique, se met en place chez lui une stratégie de défense relevant de l’esquive voire du pur mensonge.

La littérature comme le cinéma s’est emparée de cette figure à la fois abominable et fascinante de l’homme qui nie, de l’homme qui récuse toute responsabilité dans ce qu’on lui reproche. Les stratégies de défense qu’il met en place son variées, induisant une forme d’auto-persuasion systématique qui finit par avoir valeur de système.

La question serait donc de savoir quelles sont les stratégies de défense que les pires criminels de l’époque contemporaine ont imaginées pour se défausser face à des accusations qui les accablent. Rithy Panh, dans son livre, L’Élimination, co-écrit avec Christophe Bataille et publié en 2012, réussit à mettre en scène ses conversations avec le dénommé Douch, responsable du centre de torture khmère rouge « S 21 ». Il en ressort le dévoilement d’une autre histoire, authentiquement fictionnelle quoique très cohérente, où le bourreau tend à occulter les faits qui lui sont reprochés pour mener la discussion vers des terrains moins minés.

La figure de celui qui a attenté à la vie ou à la dignité humaine dans le cadre d’une oppression collective organisée, met au jour, quand on parvient à la saisir sur le vif, les forces insoupçonnées du mensonge.

Le propos de la journée d’étude consistera, selon des perspectives variées croisant les points de vue de spécialistes de la littérature et de la philosophie, à interroger le mensonge du bourreau en tant qu’extrémité du potentiel mensonger de l’être humain. Pour à terme, se poser la question : en quoi cet autre, cet être dissemblable au possible, cet ennemi absolu, ne m’est-il pas si inconnu et, par là-même, pourquoi m’apparaît-il si dérangeant ?

Matinée

Modération : Éric Hoppenot (ÉSPÉ Paris-Sorbonne)

9 h 15 – Discours d’accueil d’Alain Frugière, directeur de l’ÉSPÉ Paris-Sorbonne, et Romuald Fonkua, directeur du CIEF Paris-Sorbonne.

9 h 30 – Terreur en Haïti : “Amour, Colère et Folie”, de Marie Vieux Chauvet, et “Saisons sauvages”, de Kettly Mars, par Sylvie Brodziak (université Cergy-Pontoise).

10 h 00 – Un barbare à visage humain ? “Anima”, de Wajdi Mouawad, par Antony Soron (ÉSPÉ Paris-université Paris-Sorbonne).

 

11 h 15 – Existe-t-il une « vérité » du bourreau ? par Luba Jugenson (université Paris-Sorbonne) et Philippe Mesnard (université Blaise-Pascal).

 

Après-midi

Modération : Antony Soron (ÉSPÉ Paris-Sorbonne)

14 h 30 – La parole du bourreau ou l’invention d’une langue. Lecture de Rithy Pan, par Éric Hoppenot (ÉSPÉ Paris-Sorbonne),.

15 h 00 – Autonomie et responsabilité : du criminel au bourreau, par Alain Milon (université Paris-Ouest-Nanterre).

 

16 h 15 – Quand les liens du sang sont moins forts que sang versé ou la déconstruction de la figure du bourreau dans “Music-Box”, de Costa Gavras, par Marc Arino (université de La Réunion).

16 h 45 – Retourner le langage du bourreau, par Romuald Fonkua (université Paris-Sorbonne).

17 h 30 – Synthèse et clôture par Antony Soron et Éric Hoppenot.

 

 • Université Paris-Sorbonne, Amphithéâtre Chasles, 54, rue Saint-Jacques, 75005 Paris, le 15 février 2014.

• Télécharger le programme détaillé.

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• Voir également sur ce site : 

“Aurais-je été résistant ou bourreau”, de Pierre Bayard, par Yves Stalloni.

“12 Years A Slave”, de Steve McQueen, par Anne-Marie Baron.

“Le Dernier des injustes”, de Claude Lanzmann, par Anne-Marie Baron.

“Hannah Arendt”, de Margarethe von Trotta, par Anne-Marie Baron.

“L’Élimination”, de Rithy Panh, avec Christophe Bataille, par Yves Stalloni.

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