“Le Monde de Nathan (X+Y)”, de Morgan Matthews, une leçon de vie et de mise en scène

"Le Monde de Nathan (X+Y)", de Morgan MatthewsNathan n’est pas comme tout le monde. Dès son plus jeune âge, ses parents lui expliquent qu’il est unique. Peu communicatif, mais plus intelligent qu’eux et que son pédiatre, il est atteint du syndrome d’Asperger, dit autisme de haut niveau.

Réfugié dans un univers obsessionnel de formes, de couleurs et de chiffres, il se montre si brillant en mathématiques qu’on lui donne un professeur particulier.

Quand son père se tue dans un accident de voiture, il se renferme encore plus sur lui-même et devient complètement incapable de communiquer avec d’autres que son maître, même avec sa propre mère.

Le film raconte son cheminement jusqu’aux Olympiades de mathématiques à Cambridge.

 

Un film de compétition et un film d’éducation

Le documentariste Morgan Matthews s’est fait une spécialité des films retraçant des compétitions hors du commun. En 2007, Beautiful Minds était consacré aux Olympiades internationales de mathématiques, dans lesquelles s’affrontent de jeunes prodiges du monde entier. Il y a rencontré Daniel, un candidat présentant un trouble cognitif qui le rendait particulièrement réceptif aux raisonnements mathématiques. Huit ans plus tard, il en fait le héros de sa première fiction, Le Monde de Nathan.

Rompu aux récits classiques de compétitions – entraînement intensif, doutes, franchissement des obstacles, épreuves successives – le cinéaste ne s’est pas contenté de cette trame attendue.

L’enjeu, l’intérêt du film réside dans la complexification du scénario ; il s’agit en fait de superposer au film de compétition un film d’éducation et de montrer comment cet adolescent, soumis à une course folle pour triompher de ses adversaires et capable de les battre, résout d’autres problèmes plus existentiels que les équations mathématiques. Comment il découvre le monde des sentiments et s’épanouit au contact des autres, finissant par faire passer l’esprit de concours au second plan. Car il n’est rien de plus destructeur : « Ce n’est pas grave d’être différent si l’on a du talent. Mais si on n’en a pas ? », lui demande un camarade qui présente lui aussi un trouble du spectre de l’autisme.

 

"Le Monde de Nathan", de Morgan Matthews © Photo d'Asa Butterfield, Synergy Cinéma

“Le Monde de Nathan”, de Morgan Matthews                         © Photo d’Asa Butterfield, Synergy Cinéma

 

Des acteurs remarquables

Le film est servi par d’excellents acteurs : Sally Hawkins est très émouvante en mère qui élève seule son fils et souffre de son manque de tendresse ; Rafe Spall est spirituel en professeur particulier gravement malade dont le défaitisme personnel et la tendance à l’autodestruction s’opposent avec humour à l’énergie infatigable et fatigante de l’entraîneur collectif – interprété par un Eddie Marsan très différent du personnage d’employé des pompes funèbres qui lui a valu le prix Renoir des lycéens pour Une belle fin d’Uberto Pasolini.

Et surtout Asa Butterfield, jeune acteur prodige choisi en 2010 par Martin Scorsese pour le rôle d’Hugo Cabret dans l’adaptation du roman pour enfants de Brian Selznick. Star l’an dernier de La Stratégie Ender, il tourne actuellement avec Tim Burton Miss Peregrine et les Enfants particuliers, adapté du best-seller jeunesse de Ransom Riggs.

 

"Le Monde de Nathan", de Morgan Matthews © Synergy Cinéma

“Le Monde de Nathan”, de Morgan Matthews                        © Photo d’Asa Butterfield, Synergy Cinéma

 

Une réflexion métaphysique

La qualité de ce film britannique tient à une interprétation impeccable, à son humour malgré la dureté des situations et à ce rythme de l’entraînement qui avait fait en 2000 de Billy Elliott de Stephen Daldry un si grand succès. Mais aussi à une réflexion quasi métaphysique qui rappelle celle d’un film américain peu connu, Bee Season, de Scott McGehee et David Siegel (2005), dans lequel une petite fille se présente au concours national d’orthographe, auquel l’entraîne son père, et se rend compte que l’investissement de ce dernier dans la compétition est néfaste parce qu’il l’éloigne de sa famille et même de la kabbale qu’il enseigne à l’université.

Dans les deux films, la conquête de la maturité fait passer au second plan la réussite à un concours qui finit par paraître frivole face aux valeurs morales et philosophiques qu’il met en péril.

Œuvre touchante, passionnante et propice à une discussion de fond avec des élèves, Le Monde de Nathan se prête parfaitement à une exploitation pédagogique. Il doit être vu comme une leçon de vie et une leçon de mise en scène.

Anne-Marie Baron

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