“Black Swan”, de Darren Aronofsky

Réalisateur culte de Pi, Requiem for a dream, The Fountain et The Wrestler, Darren Aronofsky aime les sujets forts à dominante névrotique, voire psychotique. Et sa façon de filmer a fait de lui l’une des têtes d’affiche de la nouvelle vague juive new-yorkaise. Il traite ici de façon toute personnelle la danse classique.

La puissance de Black Swan tient à l’ambigüité qu’il laisse planer sur sa protagoniste. D’ailleurs tout le film est construit sur le thème du double.

Nina, la belle danseuse du New York City Ballet, se voit attribuer, dans une version moderne du Bal des cygnes, le rôle de la reine, particulièrement difficile parce qu’il est partagé entre le Cygne blanc, symbole de pureté, et le Cygne noir, être maléfique.

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La part sombre de la Reine des cygnes

Cette douce jeune fille a-t-elle en elle la sensualité et la noirceur nécessaires pour jouer la part sombre de la Reine des cygnes ? Son autoritaire chorégraphe (Vincent Cassel), qui semble en douter, demande-t-il trop à sa fragilité ? Car elle donne l’impression de souffrir beaucoup. Est-elle malade ? Sa mère, toujours aux petits soins, est-elle abusive ? La ballerine Lily est-elle jalouse et tente-t-elle par tous les moyens de lui ravir son rôle ? Autant d’hypothèses qui traversent notre esprit et font appel à notre culture cinéphilique.

Nous prenons Nina tantôt pour la pianiste autodestructrice de Michael Haneke, tantôt pour la Véronique à la double vie de Krzysztof Kieslowski, tantôt pour la victime des sombres desseins de sa rivale, comme dans un film hollywoodien des années 40. Mais l’œuvre de Michael Powell, Les Chaussons rouges, est la référence la plus juste. Le chef opérateur Matthew Libatique, caméra à l’épaule, filme avec virtuosité les répétitions et, sur la scène, les différents actes de la première représentation.

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Une atmosphère de thriller psychologique

Toujours en mouvement, images documentaires des coulisses et scènes oniriques recèlent la présence obsédante de miroirs, éléments clés de l’intrigue. Multipliant les fausses pistes, Darren Aronofsky instaure une atmosphère de thriller psychologique, conjuguant une grande beauté plastique et un suspense qui met en abyme l’histoire de Nina dans celle de l’héroïne de Tchaïkovski, métamorphosée en cygne et vouée à la mort.

Entre lumière et noirceur, entre réalisme et fantastique, entre rêve et cauchemar, le drame prend des proportions mythiques, qui évoquent le Polanski de Rosemary’s baby ou de Repulsion. Nathalie Portman, image même de l’innocence, fascine par sa façon de laisser Nina ignorer que son Adversaire est en elle-même et de croire à la réalité des fantasmes de plus en plus meurtriers qui la préparent ou l’identifient – à quel prix ! – au rôle de sa vie.

Anne-Marie Baron

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• Lire la critique de ce même film par Yves Stalloni.

Le cinéma sur le site de “l’École des lettres“.

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1 réflexion sur « “Black Swan”, de Darren Aronofsky »

  1. En effet, l’argument des grands ballets renvoie facilement à des thèmes élémentaires et puissants. Il n’est pas surprenant que “Black Swan” ait irrésistiblement évoqué “Les chaussons rouges” de Michael Powell. Dans les deux films, l’identification de la danseuse à l’héroïne du ballet tourne au tragique. Je trouve qu’AMB a très bien rendu le côté fantastique et obsessionnel de cette identification.

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