“Amour”, de Michael Haneke

Après avoir remporté la Palme d’or pour la seconde fois au dernier festival de Cannes avec Amour, Michael Haneke se voit proposé par l’Autriche aux Oscars pour février 2013. Quel parcours pour ce cinéaste des extrêmes, qui met toujours si mal à l’aise !

Qu’il traite, dans des fresques historiques, du racisme, du nazisme (Le Ruban blanc) ou des avatars du colonialisme dans la vie quotidienne (Caché), il teste toujours les limites de la tolérance du public, qu’il confronte à tous les types de violence, depuis les agressions physiques jusqu’aux formes les plus vicieuses de la manipulation.

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Un huis-clos étouffant

Mais, comme il l’avait fait dans La Pianiste, il sait aussi enfermer ses spectateurs dans un huis-clos étouffant pour y exercer son art de l’analyse sur des problèmes individuels, psychologiques, qui mettent des couples dans des situations amoureuses extrêmes.

Car l’amour chez lui est toujours problématique, souvent violent, proche du ressentiment ou de la haine. Il suffit de penser à l’ouverture de 71 fragments d’une chronologie du hasard où un homme dit à sa femme qu’il l’aime au milieu du dîner et déclenche chez elle une réaction de crainte agressive.

Amour est pour la première fois l’histoire d’un couple heureux, mais Éros y est bien près de Thanatos, puisque l’ultime acte d’amour possible y est de donner la mort à l’être aimé, menacé d’une inévitable déchéance.

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Un engrenage tragique

La séquence d’ouverture, où le corps est découvert par les pompiers, fait de l’essentiel du film un flash back destiné à expliquer cet acte et l’engrenage tragique qui y conduit. Toute la mise en scène va dans ce sens. Depuis la  vision initiale du corps amoureusement vêtu, maquillé et couronné de fleurs de l’épouse apaisée, jusqu’aux stades successifs de sa descente aux enfers, d’abord à peine perceptibles puis de plus en plus évidents.

Malade, bientôt clouée sur son fauteuil roulant puis sur son lit, Anne est interprétée magistralement par Emmanuelle Riva, qui forme avec Georges (Jean-Louis Trintignant, excellent lui aussi) un couple digne, cultivé, plein de curiosité et d’humour. Elle a enseigné le piano, écoute des impromptus de Schubert, reçoit un élève concertiste tandis qu’il fait les courses ou passe son temps à lire et à discuter avec elle de tout et de rien.

Leur fille (Isabelle Huppert), avec  l’arrogance de la jeunesse, voudrait tout organiser, planifier, mais son père est inflexible.

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Une confrontation à l’inadmissible

L’intrigue avance avec une précision mathématique vers l’inéluctable, impliquant le spectateur dans la gestion de cette terrible crise. Pourtant, si le vieil homme ferme la porte pour ne pas dévoiler à ses proches l’état délabré de sa femme, pourquoi la caméra enfreint-elle cet interdit ?

N’y a-t-il pas un certain sadisme, une forme d’indécence ou un manque de pudeur à montrer avec insistance la déchéance d’un être humain, même si ces images sont nécessaires à la stratégie narrative de l’auteur ?

Michael Haneke, à son habitude, nous confronte à l’inadmissible et nous met à rude épreuve. On peut préférer les séquences où le vieil homme, perdu dans un rêve, revit des souvenirs d’enfance, tente d’attraper un pigeon, moments poétiques qui contrastent avec la réalité presque insoutenable de la maladie vécue au jour le jour.

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La question de l’euthanasie

L’euthanasie est un problème de société assez brûlant pour être le sujet de trois films cette année. Quelques heures de printemps, de Stéphane Brizé, l’aborde avec une pudeur et un sens de l’ellipse remarquables, Bella addormentata, de Marco Bellochio (où apparaît aussi Isabelle Huppert), présente les choix cruciaux de vie ou de mort dans un cas extrême qui défraie l’opinion.

Quant à la maladie d’Alzheimer, on la trouve admirablement traitée dans Loin d’elle, de Sarah Polley (2007), ou dans le film argentin de Sebastián Silva et Pedro Peirano, Les Vieux Chats (2010). Les deux thèmes sont ici affrontés avec un réalisme accentué par une interprétation parfaite, qui rend le film difficile à regarder, bien que poétisé par la photo du chef opérateur Darius Khondji.

Anne-Marie Baron

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