« On The Ice », d’Andrew Okpeaha MacLean

Né en Alaska, l’Américain  Andrew Okpeaha MacLean appartient à une communauté Inuit, les Iñupiak.

Il est revenu de Seattle, où il vit, situer son premier long métrage, On the ice, dans ce milieu humain – dédié à une philosophie non violente – et dans cette région sous-peuplée, conférant ainsi une originalité certaine à une histoire classique d’adolescents éméchés un soir de bringue qui tourne mal. L’un des trois est tué. Les deux autres dissimulent son corps et inventent un accident pour expliquer la disparition de leur camarade. Pourront-ils cacher la vérité à leurs proches ? Ce dilemme sous-tend l’enquête menée par le père du plus sage des trois garçons, itinéraire moral autant que retour sur les lieux du crime à la recherche d’indices.

Le thème de l’accident tragique, révélateur d’un mal-être adolescent et plus généralement du malaise d’une civilisation en perte de repères a été traité à diverses reprises ces derniers temps (Bully de Larry Clark, Mean Creek de Jason Aaron Estes, River’s Edge de Tim Hunter). Mais ici, le metteur en scène renouvelle ce thème par un suspense narratif et psychologique savamment entretenu, par sa direction d’acteurs non professionnels et sa mise en images de l’immensité glacée qu’il a choisie pour cadre.

Si cette œuvre a été sacrée meilleur premier film au dernier Festival de Berlin, c’est pour ce cadre hors du commun, dont la blancheur aveuglante symbolise une pureté morale, qui va être détruite par une sorte de péché originel. Car cette œuvre austère a visiblement une haute ambition. Ses personnages et son décor en font un drame  à la fois individuel et collectif  qui raconte l’équilibre instable entre les traditions ancestrales incarnées par le père chasseur et garant de l’ordre et la modernité représentée par le rap, la drogue, l’alcool qui débauchent les jeunes gens.

L’angoisse et la culpabilité de ses anti-héros a pour cause profonde cette perte de l’innocence, matérialisée par le meurtre du presque frère. Le désert des paysages neigeux rend les personnages fantomatiques et l’action un peu irréelle, comme si ce double retour aux sources faisait du réalisateur d’On The Ice le premier spectateur un peu halluciné de la déchéance de sa communauté – à laquelle il rend un bel hommage – et de la Chute de l’espèce.

Anne-Marie Baron

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