« Le Cauchemar », de Hans Fallada

HISTOIRE / ROMAN. Il le confesse d’emblée, dans un court prologue, Hans Fallada (1893-1947) « n’est aucunement satisfait de ce qu’il a écrit » dans Le Cauchemar, un roman posthume publié en 1947 et disponible dans une nouvelle traduction (Laurence Courtois), fidèle à la rugosité du réalisme falladien. D’ailleurs, est-ce encore un roman, fait mine de s’interroger celui que la critique outre-Rhin associe volontiers à la Trümmerliteratur (la littérature dite « des décombres », comme on parle de Trümmerfilme, un sous-genre cinématographique allemand illustré notamment par Les assassins sont parmi nous de Wolfgang Staudte, 1946).

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« Les 2 Alfred », de Bruno Podalydès

Les 2 Alfred, de Bruno Padalydès

COMÉDIE DOUCE-AMÈRE. Les 2 Alfred de Bruno Podalydès offre une formidable satire du monde hyper-connecté d’aujourd’hui, qui est déjà celui orwellien de demain… Car, comme chez Tati, le héros podalydésien a l’intuition que quelque chose lui file entre les doigts.

Les comédies sociales de Bruno Podalydès nous ramènent invariablement à l’enfance. Le vif esprit qui les anime est celui d’un homme qui n’en a jamais oublié les joies et les jeudis, les défis et les jeux tournés vers l’imaginaire buissonnier.

Comme l’enfant-explorateur de rêves qu’il a été, le cinéaste continue film après film de s’émerveiller du monde qui l’entoure et d’en questionner l’ordre et les désordres. Celui-ci a conservé le goût de s’amuser, d’inventer des histoires et de bricoler des univers en carton-pâte, révélateur de la vanité des hommes. Ses œuvres sont, comme ses petites constructions d’autrefois, faites de bric et de broc, astucieuses, touchantes, fragiles, inattendues tant dans l’élaboration des personnages, parfois fantasques, que des histoires, souvent burlesques jusqu’à l’absurde (Bancs publics (Versailles Rive-Droite), 2009 ; Adieu Berthe – l’enterrement de Mémé, 2012).

Leur côté artisanal leur assure un charme un peu potache et leur univers visuel se nourrit des récits lus jadis (Le Mystère de la chambre jaune, 2003 ; Bécassine, 2019).

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La Commune de Paris, entre éloge et blâme

« Dernière résistance des insurgés à la barricade de la rue du Four-Saint-Germain », « L’Événement illustré », 1871 © l’École des lettres

COMMÉMORATION. La Commune « fête » en 2021 son cent-cinquantième anniversaire. En seulement soixante-douze jours, le soulèvement du petit peuple de Paris contre les versaillais a fait date et a suscité maints écrits et commentaires. C’est l’occasion de proposer un parcours pédagogique aux classes de seconde sur ce sujet.

Par Antony Soron, INSPÉ Paris

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« Nomadland », de Chloé Zhao

Au cours de son errance nocturne dans les rues de New York, la jeune Lalie, l’héroïne du roman d’Éric Pessan, Tenir debout dans la nuit (Mention spéciale du Prix Vendredi 2020), fait la rencontre d’une institutrice retraitée dont le mode de vie marginal peut sembler bien singulier à nos yeux de Français. Mandy, qui après avoir tout perdu suite à une longue et coûteuse maladie, mène désormais une existence solitaire dans son van aménagé, allant d’un endroit à un autre, d’un État du pays à l’autre. La vieille dame y vit en recluse, et dans la honte (vis-à-vis de son fils qu’elle ne peut plus voir) – le déshonneur de n’avoir plus qu’un abri monté sur quatre roues pour toute habitation.

Comme l’infortunée Mandy, ils sont aujourd’hui des dizaines de milliers aux États-Unis – les « van dwellers » – à avoir élu domicile dans un camping-car suite à la Grande Récession provoquée par la crise dite des « subprimes » de 2008. Continuer la lecture

« 200 mètres », d’Ameen Nayfeh. L’odyssée d’un père au-delà des frontières

Dire que les Palestiniens de Cisjordanie en ont plein le dos des contraintes qui leur sont imposées quotidiennement pour circuler et se rendre au travail n’est pas qu’une métaphore, encore moins un euphémisme pour Mustafa (Ali Suliman).

L’homme, ouvrier du bâtiment, souffre d’une affreuse douleur lombaire que son épouse Salwa s’efforce de soulager quand ils peuvent se retrouver après avoir franchi les 200 mètres séparant leurs domiciles respectifs. Mustafa et sa vieille mère d’un côté (palestinien), Salwa et leurs jeunes enfants de l’autre (israélien), les uns et les autres vivent de part et d’autre du Mur construit par l’État d’Israël depuis 2002.

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Culture et éducation dans les sujets de concours des Écoles de commerce en 2021

Entre les lignes des sujets de concours

Coïncidence ou convergence, les sujets de Lettres / Culture générale des concours d’Écoles de commerce ont étonnamment porté en ce printemps 2021 sur une seule et même problématique : culture et éducation. À croire que les concepteurs tenaient à faire passer un message à travers leur choix de sujets.

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De la spiritualité d’Apollinaire dans « Alcools »

POÉSIE. Au programme de littérature des classes de première générale et technologique autour de la modernité poétique, Alcools abolit les limites entre la poésie et la prose, préfigure le surréalisme et témoigne d’un élan du poète vers la foi chrétienne à l’heure où le progrès s’impose comme idéologie dominante.

Par Jean-Louis Benoit, université de Bretagne Sud, laboratoire HCTI Continuer la lecture

Les anglicismes comme symptôme d’un monde appauvri

ANALYSE. « Live », « addict », « flyer », « email », « feedback », « deadline »… les anglicismes ont envahi notre vocabulaire courant et ringardisent les non usagers. Le poids croissant d’expressions anglaises et américaines d’emploi « facile » par les Français trahit une marche mondialisée vers une consommation effrénée et un échec collectif à penser une société qui ne soit pas indexée sur l’entreprise et la croissance.

Par Alexandre Lafon, professeur d’histoire géographie et historien

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