Ne les laissez pas lire ! Polémiques et livres pour enfants

Claude Ponti, l’ABF contre la censure. Badge réalisé pour l’Association des
bibliothécaires de France © Claude Ponti, 2014

Une exposition de la BNF pour cogiter en famille

La vie de la littérature de jeunesse n’a jamais été un long fleuve tranquille. Tandis que la loi du 16 juillet 1949, encadrant les publications destinées à l’enfance et à la jeunesse, vient tout juste de fêter son soixante-dixième anniversaire, la Bibliothèque nationale de France a eu l’idée opportune de proposer un affichage des réceptions contrariées de certains titres emblématiques, du début du XXe siècle à l’époque actuelle, sous le titre volontairement paradoxal : « Ne les laissez pas lire ! Polémiques et livres pour enfants ».

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Blogs, « pages perso » et feuilles volantes au XVIIIe siècle, l’éternelle concordance des temps

Entre l’invention de l’imprimerie et l’invention de la communication numérique, entre la révolution du livre imprimé et la révolution d’Internet, il y a eu, au XVIIIe siècle, l’invention des feuilles périodiques, des « feuillets volants », révolutionnant la diffusion et la circulation des idées, le rapport et les échanges entre auteurs et lecteurs, donnant naissance à un journalisme non-professionnel, d’expression libre, à la fois centré sur soi et le monde, véritable anticipation des sites, blogs, et autres pages « perso » qui se créent par millions sur Internet depuis 1991.

C’est une expérience bien troublante qui attend le professeur et ses élèves se livrant à une comparaison entre l’effervescence des premiers périodiques du XVIIIe siècle et le succès des bloggeurs d’aujourd’hui.

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« L’Estrange Malaventure de Mirella », de Flore Vesco

« L’Estrange Malaventure de Mirella », de Flore VescoJoyeusement transgressif, le roman de Flore Vesco, L’Estrange Malaventure de Mirella, est une réussite absolue qui repousse encore un peu la frontière entre littérature jeunesse et littérature tout court. La quatrième de couverture prévient le lecteur : il s’agit de l’histoire des rats de Hameln, une histoire que l’on croit connaître mais que les frères Grimm ou Mérimée se sont contentés de rapporter telle qu’elle avait été colportée, c’est-à-dire mal !

La véritable héroïne de cette histoire est la jeune orpheline Mirella enrôlée dans les rangs des porteurs d’eau par le bourgmestre de Hameln. Son quotidien n’est pas drôle : toute la journée elle se doit de porter l’eau de la Wieser à qui lui en demande et, quand vient le soir, elle dîne d’un brouet insipide et dort sur une paillasse avec ses compagnons d’infortune, des garçons, des orphelins dont la concupiscence l’oblige à sans cesse se tenir sur ses gardes.

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« Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours », de Gérard Noiriel

« Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours », de Gérard NoirielDéconstruire les mots (maux) de la domination

Gérard Noiriel est aujourd’hui l’un des historiens les plus engagés sur le terrain de la démocratisation du savoir et du débat civique. Dans la lignée des courants humanistes, des héritages de Marc Bloch ou de Michel Foucault, démocratie et citoyenneté critique passent selon lui par l’étude des enjeux de pouvoir autour précisément de la connaissance et des discours qui disent l’autre et le vivre-ensemble.

Des enjeux de l’immigration en France, de l’identité nationale ou des lois mémorielles, le socio-historien (qui vise à interroger les relations de pouvoir entre groupes et individus et les catégories de pensée comme la Nation, l’opinion publique, qui ont une histoire), déconstruit les idées reçues, les discours convenus et l’étroitesse conceptuelle des politiques comme celle de certains de ses collègues historiens, trop aveuglés par le rôle d’expert qui leur est aujourd’hui accolé.

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« Les Hirondelles de Kaboul », de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec

On peut s’étonner que le sinistrement célèbre régime des talibans (pluriel de taleb, « étudiant en théologie ») suscite presque autant d’images d’animation que d’images de films « traditionnels ». Est-ce à dire que la réalité montrée par le cinéma est à ce point insoutenable qu’il faille en adoucir la figuration ?

Doit-on voir là un désir, ou un besoin, de toucher un public plus large, plus jeune – un public à éduquer ? Ou encore une difficulté de la représentation que seul un metteur en scène afghan serait en mesure d’aborder avec légitimité et justesse, comme le fit notamment Siddiq Barmak en 2003 avec son déchirant Osama (film tourné avec des comédiens non-professionnels qui, signalons-le, figure toujours au programme de « Collège au cinéma », tous niveaux confondus) ?

Quoi qu’il en soit, après l’admirable Parvana, une enfance en Afghanistan de l’Irlandaise Nora Twomey, sorti début 2018 et reprenant pour partie la trame d’Osama, c’est au tour du cinéma d’animation, hexagonal cette fois, de s’intéresser au règne des talibans qui, souvenons-nous, soumirent la quasi-totalité de l’Afghanistan à un islam (sunnite) ultra-orthodoxe entre 1996 et 2001.

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Ateliers d’écriture, un succès à méditer

Rejoindre "l'École des lettres"Décidément l’Éducation nationale a toujours un temps de retard : dans sa dernière réforme elle supprime l’écriture d’invention au moment même où l’écriture créative atteint la reconnaissance de la société française à travers les ateliers d’écriture, salués par les auteurs, promus par les éditeurs, courus par les amateurs, courtisés par les universités, utilisés par des institutions sociales (réinsertion, hôpitaux, prisons), et, suprême consécration, reconnus égaux en dignité avec les creative writings américains.

L’Éducation nationale aime la technique s’il s’agit d’apprendre à faire un commentaire ou une dissertation mais méprise cette même technique s’il s’agit d’apprendre à écrire une nouvelle, peindre un caractère ou faire parler un personnage. Résultats : des générations d’élèves qui savent à peine bâtir un exercice purement scolaire, et ne savent pas du tout parler de soi ou de ses émotions, créer ou imaginer à partir de leur expérience, raconter ou décrire une scène de manière captivante.
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Conférence de rentrée de Jean-Michel Blanquer : des réformes à maturité ?

Conférence de presse de rentrée, le 27 août 2019 © CR

Conférence de presse de rentrée de Jean-Michel Blanquer, le 27 août 2019 © CR

C’est dans les jardins verdoyants du ministère de l’Éducation nationale, rue de Grenelle, et à l’ombre d’un platane « multiséculaire » que Jean-Michel Blanquer a choisi de faire sa rentrée, après une fin d’année scolaire 2018-2019 marquée notamment par l’activisme contestataire d’un certain nombre de professeurs de lycée, correcteurs du baccalauréat.

L’intention symbolique n’était certainement pas anodine puisque tout le discours du ministre tenait en une expression racine à deux embranchements : développement durable –  des réformes et de la planète.

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Voix et vies de Romain Gary

Romain GaryEntrer dans la « Pléiade » est, comme obtenir le prix Nobel, une façon de devenir un classique. Ou pour user d’une métaphore, c’est faire partie d’un panthéon.

L’écrivain portugais Antonio Lobo Antunes dont l’œuvre devrait entrer dans la collection d’ici peu, en est même plus heureux, plus fier, que d’un Nobel pourtant mérité et jamais reçu. Les contingences politiques auxquelles répond parfois l’Académie suédoise l’en avaient privé.

Romain Gary ne risque rien sur ce plan-là.

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