Territoires vivants de la République : dix ans d’improvisation théâtrale au collège La Fayette de Rochefort

Improvisation théâtrale © Thomas Raffoux

Improvisation théâtrale au collège Lafayette de Rochefort © Thomas Raffoux

L’École des lettres poursuit la vibrante aventure des « Territoires vivants de la République ». Ces témoignages, réunis par Benoit Falaize, historien et spécialiste des questions éducatives, présentent des expériences pédagogiques qui montrent que, jusque dans ses territoires prétendument perdus, l’école peut rester fidèle à l’idéal républicain d’émancipation par la connaissance.

Professeur de lettres modernes pendant vingt-trois ans au collège La Fayette de Rochefort – classé RRS (Réseau de réussite scolaire), puis « Politique de la ville », et accueillant une SEGPA 120 (Section d’enseignement général et professionnel adapté) –, en quartier d’éducation prioritaire, j’ai eu à m’occuper d’une population défavorisée pour laquelle l’oral, l’écrit, l’expression d’une pensée personnelle et les repères culturels étaient globalement pauvres.

Bientôt dix ans que le décorum si particulier du match d’improvisation théâtrale s’est installé dans la salle polyvalente du collège, avec sa patinoire, ses maillots de hockey, son arbitre et ses cartons de vote… Une décennie au cours de laquelle j’ai pu constater l’intérêt que revêt cette pratique pour les élèves.

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Entre option et spécialité : enseigner les Littératures, langues et cultures de l’Antiquité après la réforme du lycée

Ulysse et les Sirènes

Ulysse et les Sirènes, vase grec à figures rouges, Ve siècle av. J.-C., British museum.

C’est un fait : il est toujours aussi nécessaire de se battre pour exister comme discipline, pour élaborer des combinaisons ingénieuses afin que vivent encore, aujourd’hui, les Littératures, langues et cultures de l’Antiquité.

La réforme de la rentrée 2019 au lycée n’a pas changé la donne : chaque demande pour obtenir des heures d’enseignement doit être dûment argumentée, soupesée, envisagée au sein une DHG toujours plus rigoureuse, avec la conscience que chaque matière a été amputée une fois de plus de moyens.

C’est un fait. Et les professeurs de LLCA sont des familiers de ces stratégies. Ils sont devenus des spécialistes de ces régimes toujours plus austères. Cependant, cette année encore, des élèves ont choisi de poursuivre l’option LCA, en latin, et en grec dans certains établissements ; certains même, encore pour cette rentrée aux multiples inconnues, ont osé être grands débutants.

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Habiter dans la littérature pour la jeunesse

Claude Ponti, « Le Doudou méchant » © l’école des loisirs, 2000

Appel à communications

Le Centre de recherche et d’information sur la littérature pour la jeunesse (CRILJ) organise à Paris, les vendredi 5 et samedi 6 février 2021, un colloque pluridisciplinaire sur les représentations de l’habitat et des modes de vie dans la littérature pour la jeunesse d’hier et d’aujourd’hui.

Dans les livres comme dans la vie, on habite. Ici ou là. Seul ou à plusieurs. Une fois pour toutes – ou non. Des lieux réels ou imaginaires… En ville, à la campagne, à la montagne, dans une maison, un immeuble, un château, une cabane, sur un bateau ou une péniche, dans une roulotte, une caravane. Dans sa chambre, à la cave ou sous les toits, dans la rue ou en prison, dans la jungle ou sur une île (déserte ou pas), au soleil ou dans les glaces.

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 « La Paix avec les morts », de Rithy Panh et Christophe Bataille

La paix avec les morts, de Rithy Panh et Christophe BataillePassage entre les mondes

« La nuit des rescapés n’est pas une veille : c’est l’autre monde qui ne cesse pas. »

Cette phrase, Rithy Panh l’écrit après une visite à « Marceline », cette Marceline Loridan que nous avons connue comme survivante des camps, camarade de Simone Veil, cinéaste et écrivaine. D’un crime l’autre, de Birkenau à Kraing Ta Chan, une même histoire se raconte, se répète.

Le cinéaste né à Phnom Penh a filmé les bourreaux dans S21, reconstitué son enfance dans L’Image manquante et le dialogue qu’il engage avec les disparus dans Les Tombeaux sans noms. Paix avec les morts, co-écrit comme L’Élimination avec Christophe Bataille, fait écho à ce dernier documentaire.

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Pour comprendre le génocide des Tutsi au Rwanda : la littérature du témoignage (1994-2019)

Mémorial du génocide des Tutsi de Kigali

Le 7 avril 2019 était commémoré le vingt-cinquième anniversaire du génocide des Tutsi au Rwanda [1], le dernier d’un XXe siècle marqué par bien des massacres et des violences à l’encontre de populations civiles. En avril 1994, au lendemain de l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana débute la mise à mort organisée de la minorité Tutsi et des Hutu modérés sur tout le territoire. Une partie importante de la population prend part aux tueries encadrées par le pouvoir Hutu en place.

La communauté internationale s’avère impuissante, malgré la présence ou l’envoi de quelques contingents de casques bleus pour éviter le pire. Il faut attendre juillet et la victoire militaire du Front patriotique rwandais (FPR – à majorité Tutsi) venu de l’extérieur, pour que cessent les massacres dans les villages, les villes, les collines et les marais où les Tutsi survivants s’étaient pour certains cachés. Ce génocide de cent jours a causé la mort, essentiellement par armes blanches, de plus d’un million de personnes, hommes, femmes, enfants. L’action de la France, soutien au régime d’Habyarimana, fait toujours polémique. L’opération Turquoise qu’elle mène à partir de juin sous couvert de l’ONU facilite la fuite par centaines de milliers de bourreaux hutus au Zaïre avec leurs familles [2].

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« Marie des poules, gouvernante chez George Sand », de Gérard Savoisien, mise en scène d’Arnaud Denis

Béatrice Agenin et Arnaud Denis dans « Marie des poules », de Gérard Savoisien

Sur un plateau au décor minimal, une femme s’épanche, assise à une table de bistrot parisien. Un verre d’absinthe à la main, elle raconte sa vie, du temps où elle était servante chez George Sand. Marie Caillaud alias Marie des poules (1840-1914).

Ainsi nommée parce qu’elle a d’abord eu la charge du poulailler, et pour la distinguer d’une autre Marie, cuisinière dans la maison de l’écrivaine à Nohant.

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« Grand oral » ou grand bluff ?

Grand oralL’épreuve dite du « Grand oral », vitrine du nouveau bac 2021, vient d’être présentée au Bulletin officiel. Le texte reprend sans modification véritable le projet de l’épreuve tel qu’il avait été communiqué en 2019, suite aux propositions de Cyril Delhay, professeur d’art oratoire à Sciences Po.

Celui-ci, qui en avait encouragé l’initiative dans différentes tribunes aussi vibrantes qu’innovantes : « Grand oral du bac, un enjeu de civilisation » (Libération, 14 février 2018), « Grand oral, une chance pour tous » (Le Monde, 28 janvier 2018), aime aussi à marteler cette formule : « On ne nait pas orateur, on le devient. »

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« L’Art du rire », de Hos Jouben, ou l’école du burlesque

« L’Art du rire », de Hos Jouben

« L’Art du rire », de Hos Jouben

L’Art du rire de Hos Jouben est un spectacle original qui, tenant à la fois du « seul en scène » humoristique et du cours de théâtre pour tous sur le thème du rire, nous invite simultanément à entrer dans la peau du spectateur venant se divertir et dans celle de l’étudiant venant s’instruire. Autant dire que dans ces deux rôles notre attente est comblée.

La « master class » de l’acteur belge entend parler non du pourquoi, mais du comment et quand le rire survient. Non pas une métaphysique du rire à la Baudelaire (le rire et la supériorité diabolique) mais une physique du rire : le corps comme enjeu et investissement du rire.

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