Après la sidération

La sidération. Chacun imagine volontiers Samuel Paty rentrer chez lui après une journée de cours dans son établissement. Six semaines de classe viennent de passer, les plus importantes parce qu’elles donnent le « la » de l’année scolaire. Elles ont été l’occasion de prendre le pouls, d’installer les méthodes de travail, de forger les groupes-classes, étape si nécessaire aux apprentissages. Il a entamé, avec ses élèves, l’Enseignement moral et civique (EMC), souvent pris en charge par les professeurs d’histoire-géographie, mais que tout enseignant du second degré peut délivrer. Conscient que l’école n’est pas hors du temps, il s’appuie sur l’actualité (le procès des attentats de janvier 2015) pour donner sens à son propos. Les congés de Toussaint approchent et, avec eux, cette ambiance si particulière que nous, enseignants, connaissons bien. Seulement Samuel Paty ne reverra ni les siens, ni son établissement, ni ses élèves, parce qu’il a montré et étudié des caricatures de presse dans le cadre de son métier, des programmes scolaires et de son service en qualité de fonctionnaire de la République. Une première dans notre histoire contemporaine. Continuer la lecture

Citoyens et citoyennes dans la cité antique et dans l’Empire romain

« Une affaire de fabrication »

Détail du Groupe statuaire de Domitius Ahenobarbus © Musée du Louvre.

Le parcours  ici proposé fait suite à celui intitulé  « Vitam agere in civitate-urbe » dans le cadre de l’objet d’étude de Première « Vivre dans la cité », d’après les Nouveaux Programmes de LLCA. Après la notion de « cité » entre civitas et urbs, nous partons à la découverte du mot « citoyen ».

Ce parcours a été réalisé par des élèves confinés, guidés par une professeure confinée elle aussi, dans un souci de « continuité pédagogique ». C’est pourquoi ses supports sont essentiellement audiovisuels, podcasts et iconographies accompagnant les textes. Il peut tout aussi bien être fait par groupes, en classe, en CDI ou salle informatique.

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La « jauge à 50 % » imposée dans les universités : un outil mal étalonné ?

Il est des périodes qui donnent une nouvelle jeunesse à certains mots. Celle que nous traversons depuis huit mois aura ainsi remis au goût du jour le « confinement » médiéval et la « distanciation » brechtienne. Vient aujourd’hui la « jauge », terme que nous réservons d’ordinaire justement… à notre réservoir.

Après la trêve estivale, où l’on a fait « comme si », la Covid s’est réinvitée en force à la table de la rentrée, imposant ses « clusters » dans les endroits les plus propices à l’abaissement de la garde, et notamment dans le monde étudiant. Les universités font donc naturellement les frais de la « jauge à 50 % » imposée par le ministère de l’Enseignement supérieur. Depuis le 6 octobre, dans les villes situées en zones d’alerte renforcée et maximale, les salles et amphithéâtres des facs, grandes écoles et instituts de formation ne peuvent être occupés qu’à 50 % de leur capacité d’accueil. Continuer la lecture

« Iphigénie » dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig (Ateliers Berthier-Théâtre de l’Odéon-Europe)

Retrouver les vers de Racine est toujours une appréhension qui se mue brièvement en étonnement, puis se dissout en bonheur. L’Iphigénie de Stéphane Braunschweig aux Ateliers Berthier-Théâtre de l’Odéon est de ces retrouvailles heureuses et nécessaires, de ces mises en scène qui disent pourquoi on continue à jouer les classiques, de ces performances d’acteurs qui donnent le plaisir de retrouver les grands personnages du passé.

Stéphane Braunschweig s’est beaucoup expliqué sur les raisons qui l’ont conduit à monter cette pièce : l’évidence, pour lui, d’un parallèle entre la flotte grecque stoppée dans son élan conquérant, immobilisée faute de vent à Aulis, et notre monde arrêté par un virus, les grandes puissances économiques mondiales chancelantes devant une pandémie. De part et d’autre, une suspension de l’Histoire propice à une interrogation sur soi, ses motivations, sa vérité. Continuer la lecture

« Le Côté de Guermantes », à la Comédie-Française (Théâtre Marigny)

Monter Le Côté de Guermantes au théâtre, c’est tenter la gageure de séduire les connaisseurs de Proust tout comme les non-initiés, simples curieux d’une œuvre majeure du XXe siècle. Les premiers verront le spectacle de  Christophe Honoré avec indulgence et complicité, les seconds avec reconnaissance et étonnement. Continuer la lecture

Formation des enseignants : le projet de réforme du CAPES, une réforme à contre-sens ?

Le 10 septembre 2020, la section 9 du Conseil national des universités (« Langue et littérature françaises ») a soumis une motion de défiance sur la réforme de la formation et du recrutement des enseignants impliquant à la fois le Master MEEF et le concours du CAPES. Loin de n’être qu’un mouvement d’humeur antiréformiste, le texte des universitaires relaie en profondeur les inquiétudes de l’ensemble des acteurs de la formation. Continuer la lecture

« La femme qui s’est enfuie », de Hong Sangsoo

Le jour où le cochon est tombé dans le puits (1996), La Vierge mise à nu par ses prétendants (2000), Matins calmes à Séoul (2011), Seule sur la plage la nuit (2017)… Souvent, les titres de films du cinéaste coréen Hong Sangsoo, dont c’est ici la vingt-quatrième réalisation, se donnent à lire comme des rébus. Ou des annonces faussement programmatiques qu’il s’agira ensuite de décrypter. La femme qui s’est enfuie, Ours d’argent du meilleur réalisateur au Festival de Berlin 2020, n’échappe pas à cette quasi-règle. La fugitive du titre – une épouse ayant déserté son foyer – ne sera jamais vue, tout au plus évoquée au détour d’un dialogue entre Gamhee (Kim Min-hee) et l’une des trois anciennes amies auxquelles elle rend tour à tour visite, profitant d’un voyage d’affaires de son mari. Continuer la lecture