Molière fait-il encore rire ?

« Le Malade Imaginaire », de Molière, mise en scène de Claude Stratz © Comédie-Française.

Molière fait-il encore rire ? La question peut paraître une provocation. Pour un professeur de Lettres particulièrement. Et pourtant, à regarder nos élèves assis en face de nous, à constater leur manque de réaction à la lecture d’une scène du grand dramaturge, on se doit de se poser cette question.

Molière est au programme, une fois encore. L’année dernière L’École des femmes était proposée aux Premières STMG. Cette année, Le Malade imaginaire, sa dernière comédie-ballet, à l’ensemble des Premières. En collège aussi, l’auteur reste à l’honneur. Depuis trente ans Le Médecin malgré lui invite les collégiens à décortiquer les principes fondamentaux qui déclenchent le rire : un geste, un mot, un bégaiement, une situation, un caractère… Nous nous réjouissons donc de ce choix des programmes mais il devient néanmoins de plus en plus difficile de convaincre des classes que Molière est drôle.

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À la rencontre des comédiens

Nicolas Antoine Taunay (1755-1830), Comédiens ambulants : le Théâtre de la Folie, musée des Beaux-Arts de Reims © RMN

Le théâtre doit se réinventer, entend-on de plus en plus ces derniers temps. Et à défaut de voir les salles se rouvrir, on voit des sites, des plateformes et des liens nous proposer, gratuitement ou pas, des spectacles filmés, anciens ou récents, des répétitions, des interviews, des lectures…

Ces initiatives impulsées par les théâtres mêmes ont peut-être le mérite d’élargir ponctuellement leur public (le nombre de connections sera toujours plus important que le nombre de spectateurs par séance) mais ce n’est pas se réinventer que de passer de la salle à l’écran, de l’œil à la caméra, c’est perdre un peu de son âme pour garder un peu de présence. Continuer la lecture

« Comment parler des faits qui ne se sont pas produits ? », de Pierre Bayard

Être de récit

Pierre Bayard aime les rythmes ternaires. Ainsi, après Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? Et Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? propose-t-il un troisième volet autour des faits. L’ensemble a sa cohérence.

Pierre Bayard est aussi méticuleux que malicieux. Le professeur de littérature et psychanalyste n’hésite pas à laisser place à un double fictif. C’est moins le cas ici, mais nous sommes toujours dans la « fiction critique » : littérature et sciences humaines ne sont pas séparées, un narrateur personnage s’exprimant.

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Santé publique, santé culturelle

Trois cent-cinquante comédiens et artistes viennent de signer une tribune pour la réouverture de tous les lieux culturels.

Si le désastre économique pour l’ensemble du secteur de la culture est indéniable, préoccupant, et peut-être même injuste, les arguments sanitaires développés par les signataires sont loin d’entraîner l’adhésion des défenseurs et amateurs de spectacles, pour peu que ceux-ci aient un peu conscience du privilège social que traduit cette dépendance à l’art.

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2020, année de Gaulle

Charles de Gaulle par Donald Sheridan © DR

« La vérité du général réside dans la légende. »
Alain Peyrefitte

L’année 2020 est apparue exceptionnelle à plus d’un titre sur le front de la mémoire gaullienne. Nous avons commémoré le cent trentième anniversaire de sa naissance (1890), le cinquantième anniversaire de sa mort (1970) et les quatre-vingts ans de l’appel du 18 juin (1940), qui le fit pénétrer dans la grande Histoire. À la suite de la demande d’armistice du maréchal Pétain, le général de Gaulle, réfugié à Londres, décide de dire non à la défaite et appelle littéralement à la résistance dans un discours radiodiffusé à la BBC (qui n’est alors entendu que par de rares Français). Par cet acte fondateur, il entre et fait entrer des milliers de Français dans la Résistance avec un R majuscule, dont il devient le chef et l’icône. Pour Romain Gary, l’écrivain et compagnon de la Libération et de la « La France Libre, il est « l’homme qui fut la France1 ». Continuer la lecture

L’état d’esprit des enseignants et le Grenelle de l’éducation

À la demande de la FSU, l’institut Ipsos a réalisé fin novembre une enquête auprès des personnels de l’Éducation nationale et des parents d’élèves sur leur « état d’esprit » : de quoi contrebalancer les propositions portées par un Grenelle de l’Éducation de plus en plus enclos dans l’entre-soi des amis et cautions du ministre – Daniel Pennac, Boris Cyrulnik, François Taddei, Marcel Rufo, Aurélie Jean et autres personnalités et scientifiques étrangers aux disciplines d’enseignement traditionnel, tous traçant les contours du système éducatif de demain, plus numérique, plus comportemental, plus citoyen que jamais. Continuer la lecture

Être ou ne pas être lecteur dans « Le Rouge et le Noir », de Stendhal

« Le Rouge et le Noir », de Stendhal, chapitre IV, eau-forte de Henri Joseph Dubouchet, Librairie L. Conquet, 1884 © BnF.

La première présentation de Julien Sorel est dans la scierie de son père, elle nous le montre en train de lire. La lecture occupe une place importante dans le récit, puisque Julien Sorel tout autant que Mathilde de la Mole s’inspirent des héros de leurs lectures.

Le roman de Stendhal, le Rouge et le Noir paru en 1830, s’inscrit dans la période d’alphabétisation dans les campagnes. Au XIXe siècle, le lectorat progresse notamment grâce au nombre croissant d’instructeurs laïques et religieux dans les campagnes, à la diffusion de la littérature de colportage, la multiplication des journaux qui publient des romans feuilletons. Les livres deviennent plus accessibles à tous, car leur prix diminue grâce aux nouvelles presses et des cabinets de lecture permettent de louer des livres en ville [1].

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