« Jusque dans vos bras », mise en scène de Jean-Christophe Meurisse & Les Chiens de Navarre

Une question d’abord, posée dans le programme du spectacle, par le metteur en scène, Jean-Christophe Meurisse. :

« Quelle est donc cette fameuse identité française qui fait tant débat de nos jours et qui pourrait nous amener, dans nos visions les plus sombres, à une guerre civile ? »

Défiance ? Provocation ? Au contraire, invitation à une plaisante réflexion de choc sur un sujet – essentiel ?, en tout cas, cacophonique – qui fait aujourd’hui dissensus selon que l’on regarde en arrière ou devant soi.

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Les âges de la femme de « La Princesse de Montpensier » à « La Comtesse de Tende »

Mélanie Thierry © Studio Canal

Mélanie Thierry dans « La Princesse de Montpensier », de Bertrand Tavernier © Studio Canal

Lien conjugal et condition féminine au XVIe siècle
dans la fiction historique (XVIIe-XXIe siècle)

« La fiction et l’histoire se retrouvent non seulement dans leurs objectifs respectifs – le roman cherche à représenter le vrai et l’histoire la vérité – que dans les moyens d’y parvenir – discours et descriptions. »

Christian Zonza, La Nouvelle historique en France à l’âge classique (1657-1703), Honoré Champion, pp. 21-23.

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La publication de La Princesse de Montpensier en 1662 a eu un impact révolutionnaire dans le rapport de la fiction à l’histoire : l’histoire n’est plus seulement considérée comme une toile de fond servant de décor à une narration, elle devient la matière de la fiction et ses personnages et événements sont intégrés aux mécanismes de l’intrigue. Ceci est lié à une conception particulière de l’histoire qui naît dans la seconde moitié du XVIIe siècle : l’idée est de se détacher de l’histoire officielle et générale pour valoriser l’histoire particulière. Cette histoire particulière se donne pour but de combler les blancs de l’histoire générale en mettant en lumière les secrets de cabinets, en valorisant les existences particulières et individuelles et en soulignant les relations interpersonnelles.

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« Vienne avant la nuit », de Robert Bober, hommage aux disparus de la Seconde Guerre mondiale

Un roman au titre frappant vient de paraître : Les Amnésiques, de Géraldine Schwartz, jeune Franco-Allemande qui, découvrant que son grand-père a acheté à bas prix en 1938 une entreprise à des juifs qui allaient être déportés à Auschwitz, prend conscience du déni de responsabilité de ceux qu’on appelle les Mitlaüfer, ceux qui ont marché avec le courant.

Elle se livre donc à une enquête passionnante et met en garde contre l’amnésie sur le nazisme qui menace de plus en plus de frapper l’Europe, malgré les commémorations des deux guerres mondiales.

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« Paradis », d’Andreï Konchalovski, le meilleur et le pire

Le grand cinéaste russe Andreï Konchalovski est de retour. Sa longue et brillante carrière commencée en 1965 a connu son apogée dans les années 1970-1980 avec des films comme Siberiade ou Maria’s Lovers, mais il a aussi remporté le Lion d’argent à la Mostra de Venise en 2014 pour Les Nuits blanches du facteur.

Le film qu’il y a présenté cette année est plus controversé. Il s’agit de Paradis, un drame en noir et blanc, traité comme un documentaire, sur les camps de concentration. Sujet risqué aujourd’hui, où la représentation fictionnelle de la Shoah a atteint sa maturité avec des films comme Le Fils de Saul qui en a réinventé l’approche cinématographique.

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« Comme une rivière bleue », de Michèle Audin

"Comme une rivière bleue", de Michèle AudinPas perdu pour l’Histoire

« Rien de ce qui eut jamais lieu n’est perdu pour l’Histoire. » Cette belle phrase de Walter Benjamin vaut pour la Commune de Paris. C’est un événement qui a laissé ses traces dans la ville, le hideux Sacré-Cœur, le Mur des fédérés, ou la colonne Vendôme, détruite et remontée. Événement qu’au fond, on connaît mal.

Dans les remerciements qui ferment son roman, Michèle Audin cite ses sources, évoque les textes lus, les journaux feuilletés, les lectures ayant rapport direct ou pas avec ce fait, et l’on se forge une idée plus précise des choses. La Commune réveille des souvenirs de 1789 ou 1793, de 1848 et 1851. Elle annonce aussi les sombres années de Vichy : quand les Communards sont massacrés, ou jugés (pour ceux qui survivent à la Semaine sanglante), c’est le fruit de la vengeance et de la délation : 379 828 (le chiffre figure en toutes lettres page 350) et cela rappelle cette activité féconde pendant l’Occupation.

On aurait cependant tort de ne s’arrêter qu’à cette médiocrité trop française : la Commune est aussi, et d’abord, un grand moment d’utopie et de bonheur de vivre. Cela même que rend le roman.

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Les Révolutions russes, parents pauvres de l’histoire ?

Vadim Falilev, "L'Armée révolutionnaire", 1919

Vadim Falilev, « L’Armée révolutionnaire », 1919

Cela n’a échappé à personne : dans la lignée des grandes dates de commémoration, 2017 apparaît comme celle consacrée au centenaire des Révolutions russes (février-octobre 1917).

Ces dernières s’inscrivent au cœur du cycle commémoratif du centenaire de la Première Guerre mondiale, tout en renvoyant à une histoire singulière au-delà du grand drame que vécut le monde entre 1914 et 1918.

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« Les Bourgeois », d’Alice Ferney

"Les Bourgeois", d’Alice FerneyAprès Le Règne du vivant (2014), puissant hommage, trempé dans l’écume du présent, rendu au preux justicier des mers Paul Watson (fondateur de Sea Shepherd), Alice Ferney regarde cette fois en arrière et fait avec Les Bourgeois œuvre de généalogiste et d’historienne.

Soit une famille (très) nombreuse, que le patronyme désigne socialement. Une famille « originaire » de L’Élégance des veuves, le deuxième roman de l’écrivaine paru en 1995, et aujourd’hui observée dans l’intimité de ses jours heureux ou difficiles, de génération en génération, et exposée comme toutes celles qui enfantent des militaires aux malheurs guerriers du siècle dernier.

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Paul Vidal de La Blache, fondateur de la géographie moderne française, à la BNF

Carte de de l'Europe, par Vidal de La BlacheConsidéré comme le fondateur de la géographie moderne française jusque dans les années 1970, Paul Vidal de La Blache (1845-1918) en a renouvelé le champ, scientifique, social, politique. Il a contribué au développement de la cartographie moderne avec la conception d’une soixantaine de cartes physiques, humaines et politiques qui seront utilisées dans toutes les écoles de France et d’un Atlas innovant.

Son « Tableau » présentait une description inédite du paysage français et il a institutionnalisé une discipline universitaire nouvelle et indépendante de l’Histoire. Un siècle plus tard, la figure de la France a changé. Quel est aujourd’hui l’héritage de l’œuvre et de la pensée de Paul Vidal de La Blache ? En quoi ont-elles été innovantes ?

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