Shoah et bande dessinée

Shoah et bande dessinée © Enki Billal

Shoah et bande dessinée © Enki Billal, Mémorial de la Shoah

La première fois que l’on a parlé d’un génocide dans une bande dessinée, c’était en 1919. On voyait des camps de concentration ottomans. Il était donc question du sort des Arméniens, et c’était dans un album mettant en scène… Bécassine.

Longtemps après, dans les années 2000, ce génocide donnera lieu au Décalogue, le génocide rwandais à d’autres bandes dessinées, et les crimes commis par les nazis envers les tsiganes ou homosexuels figureront eux aussi dans des albums que l’on peut feuilleter dans la dernière salle de l’exposition « Shoah et bande dessinée » qui vient de s’ouvrir au Mémorial de la Shoah à Paris.

Il va de soi que cette anecdote, découverte dans l’excellent catalogue accompagnant l’exposition, ne fait pas le cœur du sujet, lequel serait plutôt donné par le sous-titre du livre, L’image au service de la mémoire. Ce qui ne va pas de soi et suppose une réflexion sur l’image, sur la fiction et sur le témoignage aussi intense que celle que nous avons connue dans le domaine littéraire, et bien sûr le cinéma. Pour nous résumer, que montrer quand on parle de la Shoah ?

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« Les Damnés », d’après Luchino Visconti, à la Comédie-Française

Création des "Damnés", d'après Luchino Visconti au festival d'Avignon en juillet 2016 © Jan Versweyveld / Comédie-Française

Création des « Damnés », d’après Luchino Visconti, au festival d’Avignon en juillet 2016 © Jan Versweyveld / Comédie-Française

Voir le théâtre, ce n’est pas lire le théâtre : l’un rencontre les sens, l’autre l’esprit. Les Damnés, de Luchino Visconti, adaptés par Nicola Badalucco et Enrico Medioli et mis en scène par Ivo van Hove à la Comédie-Française, plus encore qu’une rencontre, c’est un choc qui saisit de stupeur et de fascination.

Le caractère impressionnant de la pièce, de sa mise en scène, du jeu de ses acteurs, du déroulement inexorable de l’action, constitue un grand moment de théâtre. Même si la pièce est fidèle au scénario du film, le langage dramatique, ses codes et ses possibilités  font de cette adaptation un objet de théâtre techniquement inédit, et essentiellement archaïque.

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La chronique, un genre littéraire à part entière : « Troquets de Paris », de Jacques Yonnet

"Troquets de Paris", de Jacques YonnetParis réenchanté

Auteur du légendaire Rue des maléfices, Jacques Yonnet livra sept cents chroniques à l’hebdomadaire L’Auvergnat de Paris de 1961 à 1974. Une soixantaine d’entre elles sont aujourd’hui rassemblées dans Troquets de Paris.

Vagabondage aux allures désinvoltes, tout à la fois pittoresque et visionnaire, balade poétique, littéraire et historique, ces chroniques, qu’on dirait écrites au fil de la plume, sont les mémoires d’outre-tombe d’une ville qui n’a pas dit son dernier mot.

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L’éducation, enjeu des élections : vers une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes ?

Primaires et présidentielles : vers une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes ?Le programme du vainqueur de la primaire de la droite qui postule de façon lapidaire que « l’enseignement doit prioritairement viser à transmettre les savoirs fondamentaux » et « promouvoir les valeurs d’excellence et de mérite, à contre-courant de l’égalitarisme voulu par la gauche » amène les acteurs et usagers de l’Éducation nationale à s’interroger sur ses options pédagogiques sous-jacentes et sur la forme des débats qu’il suscitera.

Dans une société à la recherche de repères, les vieilles recettes peuvent malheureusement retrouver un certain crédit et il est fort probable que la prochaine élection présidentielle mettra de nouveau sur le devant de la scène des thèmes et stéréotypes bien connus.

On le sait, la réflexion sur l’éducation se cristallise en France dans des querelles autour de mots à forte charge symbolique. Il est rituel, par exemple, de débattre du fatal redoublement plutôt que du simple doublement, de la note, sanction à fonction hiérarchisante, plutôt que de la plus neutre évaluation, ou encore des pesants devoirs plutôt que du banal travail personnel.

Avant que les joutes politiques n’investissent l’espace médiatique, il apparaît opportun de relativiser la tension sémantique entre ces termes et de considérer plutôt leur réalité dans la scolarité de l’élève.

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Évoquer le 13 novembre 2015 avec les classes de collège ou de lycée

Paris, place de la République, 22 novembre 2015

Paris, place de la République, 22 novembre 2015

Mikhail Bakhtine caractérisait le genre poétique comme un art littéraire susceptible de protéger ses contemporains de l’« automatisation du langage ». Privilégiant l’évocation ou la suggestion sur la divulgation explicite d’un message, l’expression poétique touche le lecteur ou l’auditeur d’une façon autrement plus profonde et durable que la communication ordinaire.

En ce jour de commémoration des attentats du 13 novembre 2015, la poésie peut être mise au premier plan. En effet, parmi les différentes formes littéraires, elle demeure celle qui est la plus à même à faire penser du fait de la mission interprétative qu’elle attribue au lecteur.

Mais vers quel poète se tourner pour évoquer en cours de français ce vendredi sanglant durant les jours à venir ? Beaucoup, en toute légitimité, iront vers Victor Hugo et son poème « L’enfant » extrait des Orientales, croisant leur objectif mémoriel avec des références picturales comme Le Massacres des innocents de Rubens.

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« Le Dernier Voyage de Soutine », de Ralph Dutli. Couleurs et douleurs

"Le Dernier Voyage de Soutine", de Ralph DutliC’est un roman qu’on aimerait lire dans la salle de l’Orangerie des Tuileries, face aux toiles de Soutine. Et si on ne le peut, on affichera sur un mur quelques œuvres reproduites pour lire la peinture dans les phrases de Ralph Dutli.

Si ce Dernier Voyage de Soutine frappe d’emblée, c’est parce que le style de l’écrivain rend la dimension tourmentée, intense de l’œuvre de Chaïm Soutine. Ce dernier voyage est celui que le peintre fait entre le 6 et le 9 août 1943 jusqu’à Paris. Il est malade, l’ulcère qui n’a cessé de le faire souffrir a pris un tour fatal. Il prend de la morphine qui apaise, quelques heures, la douleur. On devrait l’opérer ; il arrivera trop tard.

Le temps du voyage, entre souvenirs et hallucinations, Soutine se rappelle.

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Amazones de la Révolution. Des femmes dans la tourmente de 1789

Amazones de la Révolution. Des femmes dans la tourmente de 1789Poissarde, femme-soldat, émeutière,
incendiaire, criminelle, aliénée…

Ces stéréotypes esquissent le portrait à charge de la combattante révolutionnaire, usurpant attributs de la masculinité et codes de la virilité. Ils occultent les sévices exercés sur des femmes désignées comme boucs émissaires et contribuent à les évincer de la sphère publique.

Objets, œuvres et archives qui en attestent font apparaître les fantasmes engendrés par la violence des femmes, tout en soulignant leurs échos contemporains.

Dans un contexte où les considérations de genre font retour, une exposition conçue par Martial Poirson au musée Lambinet, à Versailles, explore les zones d’ombre de l’historiographie et les présupposés du « roman national », mettant en lumière l’implication des femmes − victimes ou bourreaux − dans la brutalité des événements.

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