La chronique, un genre littéraire à part entière : « Troquets de Paris », de Jacques Yonnet

"Troquets de Paris", de Jacques YonnetParis réenchanté

Auteur du légendaire Rue des maléfices, Jacques Yonnet livra sept cents chroniques à l’hebdomadaire L’Auvergnat de Paris de 1961 à 1974. Une soixantaine d’entre elles sont aujourd’hui rassemblées dans Troquets de Paris.

Vagabondage aux allures désinvoltes, tout à la fois pittoresque et visionnaire, balade poétique, littéraire et historique, ces chroniques, qu’on dirait écrites au fil de la plume, sont les mémoires d’outre-tombe d’une ville qui n’a pas dit son dernier mot.

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Évoquer le 13 novembre 2015 avec les classes de collège ou de lycée

Paris, place de la République, 22 novembre 2015

Paris, place de la République, 22 novembre 2015

Mikhail Bakhtine caractérisait le genre poétique comme un art littéraire susceptible de protéger ses contemporains de l’« automatisation du langage ». Privilégiant l’évocation ou la suggestion sur la divulgation explicite d’un message, l’expression poétique touche le lecteur ou l’auditeur d’une façon autrement plus profonde et durable que la communication ordinaire.

En ce jour de commémoration des attentats du 13 novembre 2015, la poésie peut être mise au premier plan. En effet, parmi les différentes formes littéraires, elle demeure celle qui est la plus à même à faire penser du fait de la mission interprétative qu’elle attribue au lecteur.

Mais vers quel poète se tourner pour évoquer en cours de français ce vendredi sanglant durant les jours à venir ? Beaucoup, en toute légitimité, iront vers Victor Hugo et son poème « L’enfant » extrait des Orientales, croisant leur objectif mémoriel avec des références picturales comme Le Massacres des innocents de Rubens.

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« Le Dernier Voyage de Soutine », de Ralph Dutli. Couleurs et douleurs

"Le Dernier Voyage de Soutine", de Ralph DutliC’est un roman qu’on aimerait lire dans la salle de l’Orangerie des Tuileries, face aux toiles de Soutine. Et si on ne le peut, on affichera sur un mur quelques œuvres reproduites pour lire la peinture dans les phrases de Ralph Dutli.

Si ce Dernier Voyage de Soutine frappe d’emblée, c’est parce que le style de l’écrivain rend la dimension tourmentée, intense de l’œuvre de Chaïm Soutine. Ce dernier voyage est celui que le peintre fait entre le 6 et le 9 août 1943 jusqu’à Paris. Il est malade, l’ulcère qui n’a cessé de le faire souffrir a pris un tour fatal. Il prend de la morphine qui apaise, quelques heures, la douleur. On devrait l’opérer ; il arrivera trop tard.

Le temps du voyage, entre souvenirs et hallucinations, Soutine se rappelle.

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Amazones de la Révolution. Des femmes dans la tourmente de 1789

Amazones de la Révolution. Des femmes dans la tourmente de 1789Poissarde, femme-soldat, émeutière,
incendiaire, criminelle, aliénée…

Ces stéréotypes esquissent le portrait à charge de la combattante révolutionnaire, usurpant attributs de la masculinité et codes de la virilité. Ils occultent les sévices exercés sur des femmes désignées comme boucs émissaires et contribuent à les évincer de la sphère publique.

Objets, œuvres et archives qui en attestent font apparaître les fantasmes engendrés par la violence des femmes, tout en soulignant leurs échos contemporains.

Dans un contexte où les considérations de genre font retour, une exposition conçue par Martial Poirson au musée Lambinet, à Versailles, explore les zones d’ombre de l’historiographie et les présupposés du « roman national », mettant en lumière l’implication des femmes − victimes ou bourreaux − dans la brutalité des événements.

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« Le ciel attendra », de Marie-Castille Mention-Schaar, ou l’urgence d’une mise en garde

"Le ciel attendra », de Marie-Castille Mention-SchaarChacun de nous, parents et enseignants, ne cesse de se demander que faire pour enrayer le phénomène dramatique de l’embrigadement des jeunes Européens dans le djihadisme. Et si le cinéma était l’un des meilleurs moyens de faire circuler les mises en garde ? Surtout quand le milieu enseignant l’utilise comme garde fou privilégié.

Marie-Castille Mention-Schaar, avec Le ciel attendra, en fait le pari. Déjà son film précédent, Les Héritiers (2014), filmé dans une classe du collège Léon-Blum de Créteil, agissait pour résoudre les difficultés des professeurs à aborder l’histoire de la Shoah en relatant l’expérience pédagogique remarquable d’une enseignante faisant participer sa classe au Concours national de la Résistance et de la déportation.

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« Amer M. », de Joséphine Serre, ou l’amertume de la mémoire

"Amer M.", de Joséphine Serre

La pièce de la jeune metteuse en scène Joséphine Serre revient sur la vie d’un immigré algérien anonyme, Amer M. Le point de départ de cette pièce, jouée pendant quelques jours encore au théâtre de Belleville, est la découverte d’un portefeuille dans la boîte aux lettres de la protagoniste qui cherche à le restituer à son propriétaire.

Nous replongeons alors dans la vie d’Amer M., à travers tous les documents se trouvant dans son portefeuille : des pièces administratives liées au travail, à la Sécurité sociale et à la retraite, et d’autres beaucoup plus intimes comme des lettres, qui nous permettent d’apprendre qu’Amer M. a entretenu une relation intime avec une femme française.

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« Frantz », de François Ozon

Pierre Niney et Anton von Lucke dans « Frantz », de François Ozon

Pierre Niney et Anton von Lucke dans « Frantz », de François Ozon

Le film de François Ozon constitue une réussite éclatante. Par rapport à d’autres de ses films, celui-ci paraît plus abordable, moins facilement transgressif, tout en conservant plusieurs qualités essentielles de ce cinéaste : la précision des sentiments, une exaltation de la passion qui tend parfois au lyrisme, un récit retors que le spectateur ne parvient pas à devancer, une critique des conventions et des normes sociales.

La particularité de ce film réside dans la contextualisation politique : en situant Frantz dans la période qui suit immédiatement la fin de la Première Guerre mondiale, Ozon peint non seulement un monde qui doit faire le deuil de ses enfants injustement massacrés mais aussi la persistance des ressentiments, du côté allemand comme du côté français.

La finesse du film est de déplacer constamment son propos sans jamais négliger les différentes dimensions qu’il traverse. L’approche pédagogique et didactique est riche, mais la difficulté serait d’isoler chacune de ces dimensions (politique, émotionnelle, formelle) sans faire comprendre comment Ozon passe de l’une à l’autre, ni quelle en est la nécessité.

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« Un voyage à travers le cinéma français », de Bertrand Tavernier

"Un voyage à travers le cinéma français", de Bertrand TavernierCinéma retrouvé

Bertrand Tavernier est le grand cinéaste que l’on connaît, l’auteur de L’Horloger de Saint-Paul, du Juge et l’assassin ou de L627. C’est aussi un grand lecteur qui a créé une collection consacrée au western comme genre littéraire.

C’est enfin et surtout un « passeur », comme l’était François Truffaut, comme le sont Pierre Rissient, son ami, et Martin Scorsese. Il s’est visiblement inspiré du Voyage à travers le cinéma italien et à travers le cinéma hollywoodien du natif de New York pour raconter le cinéma français.

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