« Sur deux roues », d’Olivier Melano

Olivier Melano, "Sur deux roues", collection "Archimède"Le vélo, une fois qu’on sait en faire, ça ne s’oublie pas. Sans doute, mais qui se souvient de son histoire ? Dans Sur deux roues, l’auteur et illustrateur Olivier Melano raconte la fabuleuse épopée d’une invention qui n’en finit pas d’être moderne.

Olivier Melano, avec Sur deux roues, dernier titre en date de la collection « Archimède », rappelle que le vélo tel qu’on le connaît aujourd’hui est né en 1885. On l’appelle alors la « bicyclette de sécurité » : deux roues de même diamètre, un cadre en tubes d’acier et une transmission par chaîne.

C’est ainsi qu’après de nombreux tâtonnements, améliorations, ce petit vélo ne cesse de tourner dans nos têtes.

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Un tour de vélo dans la littérature

Il y aurait beaucoup à dire sur les liens étroits que la littérature entretient avec le bicloune, le clou, le spade, la bécane (le lexicographe Albert Doillon, dans son Argot du sport, réédité dans la collection « Bouquins » en 2010, dénombre 44 néologismes créés entre 1863 et 1900…).

Alfred Jarry, le père d’Ubu, en fut le premier champion. Après lui d’autres, comme Albert Londres ou Antoine Blondin, en écrivirent la légende. Yves Montand, Alain Bashung et Dick Annegarn l’ont notamment chanté.

Olivier Melano, qui a illustré son propre texte, aborde le sujet en historien. Il a écrit près d’une vingtaine de titres dans la collection « Archimède » qui s’adresse aux enfants de 6 à 10 ans. Cette série didactique, est composé d’une fiction en images, puis d’un appareil encyclopédique bien utile en cas d’exposé. Tous deux se complètent.

 

"Sur deux roues", d'Olivier Melano, page 23 © Archimède, 2016

« Sur deux roues », d’Olivier Melano, page 23 © Archimède, 2016

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Une saga familiale

L’histoire, placée sous le signe de la transmission (quoi de plus logique lorsqu’on évoque ce sujet), est racontée par un grand-père à ses deux petits-enfants. L’un deux apprend à se débrouiller sur un petit vélo sans pédalier, quand soudain, il chute dans un bassin (lorsqu’on écrit une histoire du vélo, celle de la chute est inévitable). Ce « prétexte » permet d’établir un fil narratif : le grand-père, qui certes n’était pas né au moment de la création du vélo, raconte la saga familiale en commençant par l’ancêtre, Honoré Pignon.

Au début des années 1820 cet amateur de nouveautés se cassera le cou en montant sur un drôle d’engin composé de deux roues et d’un cadre – la draisienne inventée par l’Allemand Karl Drais en 1817. Puis, pendant des années, ce loisir passe de mode et la draisienne mortelle d’Honoré est remisée jusqu’au moment où Louis, son fils, la redécouvre dans le grenier.

Son garçon, Adrien, qui ne connaît rien de l’histoire, est intrigué. Il travaille dans un atelier de mécanique et c’est ainsi que, de modifications en inventions, il transforme la draisienne en vélocipède à pédales, puis en grand-bi (avec sa fameuse roue immense) et, enfin, en bicyclette. Pris de passion, Adrien créera les cycles Pignon, un magasin de vente et de réparation dont la devanture apparaît comme un rappel au fil du récit.

Un rappel de quoi ? Un rappel du fait que l’histoire du vélo, comme celle du tour de France, est faite de hauts et de bas, de chutes, de ruptures, d’échappées, mais qu’elle nous accompagne fidèlement. Le vélo n’a pas toujours été à la mode, mais a toujours bénéficié d’un quota suffisant de sympathisants pour continuer à exister.

 

"Sur deux roues", d'Olivier Melano, pages 26-27 © Archimède, 2016

« Sur deux roues », d’Olivier Melano, pages 26-27 © Archimède, 2016

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Le vélo, instrument d’émancipation

Dès son invention, les femmes, qui commencent à se libérer du patriarcat, revendiquent le droit à l’utiliser, tout comme les hommes. Pendant la guerre de 1914 le vélo, plus rapide que les déplacements à pieds, est utilisé par les troupes. En France, après le premier conflit mondial, c’est avec la boxe le sport le plus populaire. Sauf en Suisse où triomphe le cycle-balle !

Et puis il y a les congés payés et le vélo est synonyme d’évasion. En 1939-1945, faute de carburant, il sert aux déplacements et donne un fameux coup de main à la Résistance. Et puis, après guerre, cet emblème de la classe ouvrière est délaissé au profit du cyclomoteur : « On ne se souciait pas de la pollution à cette époque », confie le grand-père narrateur à ses petits-enfants.

Le récit se termine sur l’image d’une ville réconciliée avec la bicyclette, avec le mouvement, avec la liberté. Pour le vélo ce n’est pas la fin de l’histoire, mais la perspective d’une nouvelle étape à franchir.

Olivier Bailly

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Olivier Melano, « Sur deux roues », « Archimède », l’école des loisirs, 2016.

Tous les titres de la collection « Archimède ».

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