« Paradis », d’Andreï Konchalovski, le meilleur et le pire

Le grand cinéaste russe Andreï Konchalovski est de retour. Sa longue et brillante carrière commencée en 1965 a connu son apogée dans les années 1970-1980 avec des films comme Siberiade ou Maria’s Lovers, mais il a aussi remporté le Lion d’argent à la Mostra de Venise en 2014 pour Les Nuits blanches du facteur.

Le film qu’il y a présenté cette année est plus controversé. Il s’agit de Paradis, un drame en noir et blanc, traité comme un documentaire, sur les camps de concentration. Sujet risqué aujourd’hui, où la représentation fictionnelle de la Shoah a atteint sa maturité avec des films comme Le Fils de Saul qui en a réinventé l’approche cinématographique.

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« Comme une rivière bleue », de Michèle Audin

"Comme une rivière bleue", de Michèle AudinPas perdu pour l’Histoire

« Rien de ce qui eut jamais lieu n’est perdu pour l’Histoire. » Cette belle phrase de Walter Benjamin vaut pour la Commune de Paris. C’est un événement qui a laissé ses traces dans la ville, le hideux Sacré-Cœur, le Mur des fédérés, ou la colonne Vendôme, détruite et remontée. Événement qu’au fond, on connaît mal.

Dans les remerciements qui ferment son roman, Michèle Audin cite ses sources, évoque les textes lus, les journaux feuilletés, les lectures ayant rapport direct ou pas avec ce fait, et l’on se forge une idée plus précise des choses. La Commune réveille des souvenirs de 1789 ou 1793, de 1848 et 1851. Elle annonce aussi les sombres années de Vichy : quand les Communards sont massacrés, ou jugés (pour ceux qui survivent à la Semaine sanglante), c’est le fruit de la vengeance et de la délation : 379 828 (le chiffre figure en toutes lettres page 350) et cela rappelle cette activité féconde pendant l’Occupation.

On aurait cependant tort de ne s’arrêter qu’à cette médiocrité trop française : la Commune est aussi, et d’abord, un grand moment d’utopie et de bonheur de vivre. Cela même que rend le roman.

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Les Révolutions russes, parents pauvres de l’histoire ?

Vadim Falilev, "L'Armée révolutionnaire", 1919

Vadim Falilev, « L’Armée révolutionnaire », 1919

Cela n’a échappé à personne : dans la lignée des grandes dates de commémoration, 2017 apparaît comme celle consacrée au centenaire des Révolutions russes (février-octobre 1917).

Ces dernières s’inscrivent au cœur du cycle commémoratif du centenaire de la Première Guerre mondiale, tout en renvoyant à une histoire singulière au-delà du grand drame que vécut le monde entre 1914 et 1918.

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« Les Bourgeois », d’Alice Ferney

"Les Bourgeois", d’Alice FerneyAprès Le Règne du vivant (2014), puissant hommage, trempé dans l’écume du présent, rendu au preux justicier des mers Paul Watson (fondateur de Sea Shepherd), Alice Ferney regarde cette fois en arrière et fait avec Les Bourgeois œuvre de généalogiste et d’historienne.

Soit une famille (très) nombreuse, que le patronyme désigne socialement. Une famille « originaire » de L’Élégance des veuves, le deuxième roman de l’écrivaine paru en 1995, et aujourd’hui observée dans l’intimité de ses jours heureux ou difficiles, de génération en génération, et exposée comme toutes celles qui enfantent des militaires aux malheurs guerriers du siècle dernier.

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Gaël Faye : « Petit Pays » – et grands soucis

"Petit Pays", de Gaël FayePetit Pays, de Gaël Faye, prix Goncourt des lycéens 2016, c’est avant tout l’histoire de deux pays déchirés ; l’un par la guerre, l’autre par le génocide.

Gabriel vit au Burundi avec son père français, sa mère, originaire du Rwanda et sa petite sœur Ana. La vie suit son cours pour le jeune garçon, avec ses bons et ses mauvais moments entre les cigarettes fumées sur le terrain vague avec ses copains, les petits vols commis chez les voisins et les longues discussions passées à refaire le monde. La vie d’alors revient aussi à accepter la douleur du divorce de ses parents survenu brutalement.

Mais comment continuer à garder son insouciance d’enfant lorsque la guerre frappe son pays et que sa famille rwandaise est décimée ? Comment parvenir à oublier le traumatisme des coups de feu, des morts et de l’horreur ?

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« L’impossible exil. Stefan Zweig et la fin du monde », de George Prochnik

"L’Impossible Exil. Stefan Zweig et la fin du monde", de George ProchnikLe livre, traduit de l’anglais, que nous offre George Prochnik sur Stefan Zweig, est aussi passionnant que déconcertant. Déconcertant d’abord par sa forme, très éloignée des biographies classiques ou des essais, au demeurant assez nombreux, consacrés à l’auteur du Monde d’hier.

L’ouvrage se propose, ainsi que l’indique son titre, de décrire les années d’exil de l’écrivain, à partir de 1935, successivement en Angleterre, aux États-Unis (surtout) puis au Brésil, où il se donnera la mort avec sa compagne, Lotte en février 1942, et d’analyser en même temps le sens et l’importance de cet arrachement à sa terre natale autrichienne.

Mais ce travail s’éloigne d’une approche que nous appellerions cartésienne, le récit n’ayant rien de linéaire, mélangeant les époques et les lieux, bouleversant la chronologie, introduisant des anecdotes secondaires et des éléments personnels grâce auxquels l’auteur, citoyen américain, mais lui-même descendant de juifs viennois immigrés, s’identifie au personnage dont il trace l’itinéraire.

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« Le jour où ils frappèrent à nos portes », de Janine di Giovanni

"Le jour où ils frappèrent à nos portes ", de Janine di Giovanni, éditions GlobeLorsque la Syrie frappe à nos portes

Avec Le jour où ils frappèrent à notre porte, les éditions Globe proposent un témoignage direct sur les événements de Syrie, tels qu’ils se déroulèrent au début de la guerre civile.

Le jour où ils frappèrent à nos portes est un livre éprouvant, éprouvant au bon sens du terme ; il met en jeu notre capacité de lecture, notre aptitude à l’imagination, il nous interroge sur notre perception du monde face à la barbarie contemporaine.

Construit essentiellement à partir de témoignages rapportés lors de plusieurs missions sur le terrain par Janine di Giovanni, rédactrice en chef Moyen-Orient à Newsweek et reporter de guerre, il nous confronte directement à six mois de conflit en Syrie (juin-septembre 2012). On y retrouve donc le récit-type de grand reportage mais celui-ci cède la place progressivement à la chronique désespérante du naufrage d’un pays et de sa civilisation.

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« Liberté, égalité, Mathilde », de Sophie Chérer ou l’éducation à la citoyenneté

"Liberté, égalité, Mathilde", de Sophie Chérer« À toutes les maîtresses qui sont belles comme la Justice guidant le peuple à travers les ténèbres…et aux enfants qui, chaque année viennent à l’Assemblée nationale pour y prendre une leçon de démocratie, et repartent en l’ayant donnée aux adultes. »

En pleine période électorale, les esprits des candidats comme des électeurs s’échauffent et la vitesse d’information qui caractérise les médias et plus encore les réseaux sociaux, ne laisse pas toujours de place à la réflexion. L’événementiel, le sensationnel et les scandales politiques l’emportent sur les débats de fond, l’économie et la politique elle-même. L’image que reflètent les hommes politiques en est sans cesse altérée.

Sophie Chérer, dans Liberté, égalité…Mathilde (illustré par Véronique Deiss) évoque une situation de classe que de nombreux enseignants pourraient vivre. Son récit plaît aux enfants car ils se reconnaissent dans les protagonistes de l’histoire.

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