Haro sur l’Histoire ? Quand les candidats à l’élection convoquent le passé

Eugène Delacroix, "La Liberté guidant le peuple" (28 juillet 1830), musée du Louvre

Eugène Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » (28 juillet 1830), musée du Louvre

L’élection présidentielle est traditionnellement un temps privilégié où l’histoire de France s’invite dans les débats. Les candidats convoquent dans leurs discours enflammés tour à tour les grandes figures tutélaires de la France.

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Le « Discours de la servitude volontaire », d’Étienne de La Boétie. Analyses et interprétations

Le « Discours de la servitude volontaire », d’Étienne de La Boétie. Analyses et interprétations

Portrait présumé d’Étienne de La Boétie

 « Ce livre est plein de bonnes et graves remontrances. »
(Discours de la servitude volontaire, GF, p. 135.)

S’il est court (douze mille mots), pour coïncider avec une performance orale d’environ une heure, le Discours sur la servitude volontaire [1] peut toutefois être considéré comme un chef-d’œuvre de la pensée politique et de la littérature, dont le succès ne se dément pas depuis sa redécouverte au XIXe siècle, par Lamennais notamment.

Philippe Desan récapitule cette tradition récente en évoquant « un des textes fondateurs de la philosophie politique moderne [2]. » On ne compte plus par ailleurs les travaux sur la composition, le style et l’écriture de cet opuscule et le Discours a été choisi récemment au sein de plusieurs programmes, celui des agrégations de lettres (concours 2015) et celui des CPGE scientifiques (concours 2017).

Cette consécration est paradoxale, parce que l’œuvre est un signifiant instable, d’origine manuscrite diverse, et qu’elle a été l’objet d’appropriations restrictives avant de susciter des interprétations suggestives mais de plus en plus incontrôlables. Les érudits ont évidemment réagi pour mettre en place des garde-fous mais le Discours reste un texte fondamentalement incirconscrit, voire ésotérique, où triomphe la dissimulatio artis

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Redécouvrir les « Fables » de Florian de l’école au lycée

fables-florianDans le cadre de l’étude de textes de satire ou de critique sociale du XVIIIe siècle au collège, les Fables de Florian offrent une alternative bienvenue aux œuvres des philosophes de ce siècle, dont la lecture se révèle parfois délicate. Ces fables s’inscrivent à la fois dans le prolongement des Lumières et dans la lignée des grands moralistes du XVIIe siècle, mais elles apportent également un témoignage indirect sur les jours sombres de la Révolution et sur les interrogations que celle-ci put susciter.

L’œuvre de Florian constitue donc un parfait exemple de ces textes que les programmes invitent à mettre en relation avec le programme d’histoire. Elle nous permet, par ailleurs, de revenir sur le genre de la fable, que les élèves connaissent généralement par le biais de La Fontaine. Ils auront ainsi la surprise de découvrir, dans un langage plus accessible – Florian est plus proche de nous dans le temps et n’a pas recours, comme son illustre modèle, à ces archaïsmes, certes truculents, mais déroutants pour de jeunes lecteurs – l’univers pittoresque et extravagant de la fable.

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« Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours », par Alain Corbin

"Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours", par Alain CorbinParler, écrire sur le silence relève évidemment du paradoxe. La meilleure manière de rendre compte de cette absence de bruit (donc de paroles) consisterait à se taire, à ne pas troubler le délicieux vide sonore, quand celui-ci existe.

En observant une telle règle, toutefois, beaucoup de notre vécu ne mériterait pas le commentaire : la saveur d’un met, le plaisir d’une caresse, l’émotion d’un sentiment, la souffrance de la mort.

Mettre des mots sur les choses et les situations pourrait être une manière d’en augmenter le prix. Ce qu’a bien compris l’historien des idées Alain Corbin qui, depuis trois ou quatre décennies, analyse avec bonheur les pratiques sexuelles, les odeurs, les paysages, l’apparence des corps ou la symbolique de l’arbre, et, tout récemment, le mythe de la créature féminine idéale.

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Edgar Morin : « Penser global. L’humain et son univers »

"Penser global. L'humain et son univers", d'Edgar MorinAprès plusieurs dizaines de livres et sept décennies de réflexion et d’écriture, Edgar Morin parvient encore à poser, avec intelligence et finesse, les questions fondamentales qui engagent notre destin.

Ce Penser global, qui paraît aujourd’hui, reprend pas mal des idées ou des analyses qui nourrissaient les ouvrages précédents. Mais, s’il n’est pas neuf, il est plus efficace car plus direct, plus simple et plus « parlé », dans la mesure où il constitue la mise au clair de six conférences prononcées à la Fondation de la Maison des sciences de l’homme (FMSH) pour marquer les cinquante ans de son existence.

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Programme de français et de philosophie des classes préparatoires scientifiques en 2015-2016

Henri Barbusse

Henri Barbusse

En 2015-2016, l’enseignement de français et de philosophie dans les classes préparatoires scientifiques durant l’année scolaire 2015-2016 s’appuiera notamment sur les thèmes suivants, étudiés à travers les œuvres littéraires et philosophiques précisées ci-après.

Thème 1 : « La guerre ».

Thème 2 : « Le monde des passions ».

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En relisant Guy Debord, cinquante ans après

"La Société du spectacle", de Guy DebordUn récent numéro de l’École des lettres rendait compte des débats organisés autour du livre de Andrew Hussey, Guy Debord. La Société du spectacle et son héritage punk (Éditions Globe). Cette lecture a réveillé en moi l’écho de toutes les références  à l’Internationale situationniste et à Guy Debord entendues en Mai 1968. Cela m’a donné envie de relire, avec bien des années de recul, les écrits de ce dernier.

Le point central et qui me semble bien observé : l’essentiel du rapport social est maintenant dans l’image et non dans l’authenticité de l’être. On est passé de l’être au paraître. Il faut se faire voir, se faire entendre, faire son autoportrait en permanence. « La condition de vedette est la spécialisation du vécu apparent. »

De plus, le spectacle est lié à la société de consommation. L’abondance des marchandises et la création incessante de nouveaux objets participent au spectacle comme un« pseudo-usage de la vie ».

Mais, au-delà, s’ouvre un grand vide : « Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même. »

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Denis Kambouchner, « Descartes n’a pas dit », ou comment lire Descartes en cartésien…

Denis Kambouchner, "Descartes n'a pas dit. Un répertoire des fausses idées sur l'auteur du "Discours de la méthode", avec les éléments utiles et une esquisse d'apologie"Être cartésien… Apanage des ingénieurs et des anticléricaux, des amoureux de l’ordre et des angles bien tracés… « Je suis cartésien ! », prétendent tous ceux qui n’entendent pas abandonner leur clairvoyance aux mains des séduisantes croyances et du marasme des passions.

Mais Descartes était-il lui-même cartésien en ce sens ? Retrouve-t-on dans ses textes l’hégémonie d’une raison imperméable aux sensations et aux émotions, indifférente aux réalités surnaturelles qui dépassent sa compréhension ?

C’est étrange mais, lorsque nous le lisons pour de bon, c’est plutôt l’inverse que nous rencontrons : philosophie du corps et de l’expérience, philosophie de la croyance, philosophie des passions ; la philosophie de Descartes, c’est aussi tout cela, bien loin de l’idée que nous nous en faisons. Autant dire que la doctrine de celui qui a un jour écrit « je pense donc je suis » est recouverte de nombreux lieux communs auxquels il fallait qu’un authentique cartésien s’occupât de tordre le cou.

Voilà alors ce que fait Denis Kambouchner dans son élégant Descartes n’a pas dit qui vient de paraître aux Belles Llettres.

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