« Une saison en France », de Mahamat-Saleh Haroun

"Une saison en France", de Mahamat-Saleh HarounDepuis Abouna (2002), son premier long-métrage de fiction inscrit au programme de « Collège au cinéma », Mahamat-Saleh Haroun, metteur en scène tchadien installé en France depuis 1982, développe une réflexion féconde autour de la double question de l’enfance sacrifiée et de la défaillance des pères.

Son nouvel opus, Une saison en France, ne fait pas exception. Le sujet est au cœur de son dispositif, cette fois placé en France, à Paris. Où Abbas, professeur de français, et ses deux enfants ont échoué après avoir fui la guerre civile qui fait rage en Centrafrique.

Dans l’attente du droit d’asile, la vie s’organise. Cahin-caha. Les enfants sont scolarisés, et Abbas travaille sur un marché où il a rencontré Carole, une fleuriste, qui l’aime et le soutient dans ses démarches administratives.

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Allons au musée d’histoire !

Historial de Péronne © Alexis Layous

Historial de Péronne © Alexis Layous

« Le musée est le seul lieu du monde qui échappe à la mort »,
André Malraux, « La Tête d’obsidienne », Les Voix du silence, 1968.

La sortie scolaire est une expérience d’apprentissage et un temps social « plein » souvent plébiscitée par les élèves comme par les enseignants. Qui ne garde pas un souvenir ému de la découverte d’un de ces lieux magiques où s’est jouée l’ouverture vers un monde, une époque, dans l’ambiance particulière d’une sortie hors de la classe, une parenthèse dans l’école ?

Cette expérience est l’occasion pour l’enseignant d’asseoir son magistère en montrant son savoir hors les murs de la classe et pour l’élève, le temps de rencontre avec un lieu nouveau, souvent synonyme de changement, de surprise et d’émotion(s). Événement dans le rituel de la classe, la sortie scolaire, lorsqu’elle présente un caractère pédagogique, est également l’occasion de situations d’apprentissage inédites.

Une récente étude dirigée par Sylvain Antichan, Sarah Gensburger, Jeanne Teboul, et Gwendoline Torterat, Visites scolaires, histoire et citoyenneté. Les expositions du centenaire de la Première Guerre mondiale, permet de faire le point sur ce sujet.

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2018, année du théâtre ?

Il y a quelques années les dissertations en khâgne ou au Capes portaient régulièrement sur le roman, ce genre polymorphe, assimilant tous les genres, toutes les formes, capable de tout intégrer, science ou poésie, document ou écriture intime, monologue ou polyphonie…

Il semble qu’aujourd’hui cette capacité à tout absorber, tout assimiler, tout sublimer, revienne au théâtre, nouveau genre total, hégémonique, conquérant, attirant à lui tous les arts de la scène et du spectacle.

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«Vous pouvez le dire en français.» Le dispositif interministériel d’enrichissement de la langue

DGLFLFL’alinéa par lequel commence l’article 2 de la Constitution, « La langue de la République est le français », est en général connu. L’est aussi la loi relative à l’emploi de la langue française, dite loi Toubon qui, de son examen à sa promulgation en 1994, suscita dans les médias et l’opinion le genre de débats fiévreux et passionnés que les questions linguistiques soulèvent invariablement dans notre pays.

Elle fut souvent présentée comme le fer de lance d’un combat perdu d’avance contre l’influence de l’anglais et la prolifération des anglicismes et fut, à ce titre, parfois tournée en ridicule. Elle avait pourtant un objectif et des vues autrement plus larges : considérant que tous les citoyens disposent d’un droit égal à la connaissance et aux savoirs et doivent pouvoir être informés dans leur langue de ce qui concerne leur sécurité, leur santé, ou encore leurs conditions de travail, pour ne prendre que quelques exemples, le législateur avait cru nécessaire d’imposer l’usage du français dans certaines circonstances de la vie publique, et notamment dans toute la sphère de l’administration et des services publics.

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« La Villa », de Robert Guédiguian

"La Villa", de Robert GuédiguianLe cinéma de Robert Guédiguian est unique, singulier, aisément reconnaissable. À quelques exceptions près, il refuse les productions spectaculaires ou recherchées, leur préférant des films simples, modestes, « bêtes comme la vie », comme aurait dit Flaubert.

Les histoires racontées sont celles de tous les jours, des émois sentimentaux, des querelles de famille, des moments de partage festif, des bavardages avec les voisins, une communion avec un décor, celui des racines.

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« Les Spectateurs », de Nathalie Azoulai. Parmi les étoiles

"Les Spectateurs", de Nathalie AzoulaiIl est assis devant la télévision dont les images sont depuis peu en couleurs. Elle feuillette les numéros de Photoplay, revue consacrée aux stars, qu’elle a rapportés de l’autre côté de la mer et contemple les photos en noir et blanc de Bette Davis et Miriam Hopkins, les rivales d’Hollywood. Elle trouve dans ces pages les modèles de robes que Maria, sa voisine et couturière lui confectionnera. Maria est la mère de Pépito, ami du personnage principal. Ce sont les seuls noms propres qu’on lit.

Les autres, c’est « il », « elle », père et mère d’un garçon d’une douzaine d’années, également désigné par ce seul pronom, et à travers qui on apprend l’histoire de la famille. « Un bateau coupe [leur] vie en deux » : avant l’exil, après. Ajoutons une petite fille née sur le tard, et atteinte d’une malformation à la hanche, et se constitue cette famille qui apparaît en première partie du roman, dans un immeuble qu’on suppose à Paris.

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« Aharon Appelfeld, le kaddish des orphelins », documentaire d’Arnaud Sauli

Valérie Zenatti, écrivaine et traductrice, avec Aharon Appelfeld © Dublin Fims

Valérie Zenatti, écrivaine et traductrice, avec Aharon Appelfeld © Dublin Fims

Un dialogue filial entre l’auteur et sa traductrice, Valérie Zenatti

L’écrivain napolitain Erri De Luca a coutume de célébrer dans les entretiens qu’il accorde avec parcimonie, le travail de sa traductrice française, Danièle Valin, à laquelle il voue une confiance totale. La relation qui s’est établi entre Aharon Appelfeld, auteur de langue hébraïque et Valérie Zenatti, sa passeuse vers le lectorat francophone, n’apparaît pas moins fidèle.

Comme le met en perspective le documentaire d’Arnaud Sauli, cette relation dépasse d’ailleurs le cadre strictement littéraire, se doublant d’un enjeu de transmission et de filiation. Lors d’une intervention au Mémorial de la Shoah, la veille de l’obtention du Prix du Livre Inter 2015 pour Jacob, Jacob, Valérie Zenatti s’était déjà exprimée avec son enthousiasme si caractéristique afin de faire partager son travail de traductrice de l’œuvre d’Aharon Appelfeld.

Avec une infinie tendresse et une vraie passion pour l’écriture, elle a enrichi par ses remarques et réponses à l’auditoire la mise en voix du premier roman destiné à la jeunesse de l’auteur né le 16 février 1932 à Czernowitz, Adam et Thomas.

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Toutes les vies d’Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld © Patrice Normand

Aharon Appelfeld © Patrice Normand

S’il fallait choisir un repère dans notre découverte d’Aharon Appelfeld, ce serait l’année 2004. Une jeune traductrice, également romancière qui publie à l’École des loisirs et à l’Olivier, le fait connaître, décide de donner toute son œuvre en français. C’est Valérie Zenatti. Alors paraît Histoire d’une vie, mémoires de l’écrivain, qui le révèle au public et reçoit le Prix Médicis.

Jusque là, peu de lecteurs l’avaient lu et ses romans paraissaient chez divers éditeurs, sans la continuité qui s’impose. Rendons hommage à Arlette Pierrot et Sylvie Cohen, ses traductrices ; elles savaient quelle importance était la sienne. Primo Levi appréciait sa « voix unique, inimitable. D’une éloquence toute en retenue » et dans Parlons travail, comme dans Opération Shylock, Philip Roth donne à entendre cette voix à travers des entretiens passionnants.

Mais à partir de Histoire d’une vie, nous avons pris rendez-vous avec lui, et même s’il ne sera plus là pour nous parler de son dernier roman traduit, nous lirons en février Des jours d’une stupéfiante clarté.

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