« L’École des femmes », de Molière, mise en scène par Stéphane Braunschweig à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

Claude Duparfait (Arnophle) et Suzanne Aubert (Agnès), dans "L'École des femmes", de Molière, mise en scène par Stéphane Braunschwig © Odéon, Théâtre de l'Europe

Claude Duparfait (Arnophle) et Suzanne Aubert (Agnès), dans « L’École des femmes », de Molière, mise en scène par Stéphane Braunschwig © Odéon-Théâtre de l’Europe

L’inquiétante familiarité de la comédie

Il y a des pièces de Molière qui plus que d’autres sont embarrassantes tant l’écart est grand entre la forme et le fond, entre le genre revendiqué, la comédie, et le sujet traité, grave ou profond.

C’est le cas avec L’École des femmes, et c’est aussi cette tension que rend perceptible la mise en scène de Stéphane Braunschweig, alliant le comique et le dramatique, recherchant non pas la simplification plaisante mais la complexité troublante. Autant dire que le résultat est tout en intelligence.

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« Cinna », de Pierre Corneille (agrégation 2019)

« Auguste et Cinna ou la clémence d’Auguste », de Gabriel Bouchet (1759-1842) © Musée national du château de Versailles

Sous le voile, une spiritualité chrétienne

Vers la fin du XVIIe siècle (1674), Boileau dans son Art poétique formule un interdit qui est déjà respecté depuis longtemps en littérature, mais aussi en art :

« De la foi d’un Chrétien, les mystères terribles
D’ornements égayés ne sont point susceptibles.
L’Évangile à l’esprit n’offre de tous côtés
Que pénitence à faire et tourments mérités. »

Art poétique, chant troisième.

Corneille, on le sait, ne respectera pas toujours cette sentence puisqu’en 1642 il donnera Polyeucte, une tragédie à sujet chrétien où le héros ne renonce en rien à sa gloire mais la fonde sur la gloire céleste obtenue grâce au martyre. Cette liberté de l’auteur ne fut pas bien accueillie. « Le christianisme avait extrêmement déplu », écrit Voiture. On pense que Cinna (1641) se conforme mieux à cette règle du classicisme qui consiste à prendre l’Antiquité grecque, romaine et l’Olympe pour cadre des tragédies, de la littérature et de l’art.

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« Les Frères Lehman », de Stefano Massini, Prix Médicis Essai 2018

"Les Frères Lehman", de Stefano MassiniDans la danse avec les frères Lehman

En donnant un chant épique qui se déroule sur un air de piano mécanique, Stefano Massini saisit la trépidation de l’Amérique à travers le destin d’une dynastie, celle des banquiers Lehman.

Du rythme avant toute chose, semble nous dire Stefano Massini dont le livre à peine ouvert saisit son lecteur, le prend par la main pour l’entraîner dans la ronde de la vie des frères Lehmann.

Tout se passe comme si le premier arrivant passait son bras sous le vôtre pour ne plus vous lâcher avant le terme de cette aventure, la fin de la partie et celle de la musique.

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Le thème de la pauvreté des enfants dans la littérature pour la jeunesse

La pauvreté à l’œuvre dans la littérature pour la jeunesseEn 2018-2019, le Centre de recherche et d’information sur la littérature de jeunesse (CRILJ) met en place une série d’actions qui posera, à la fois, la question des représentations de la pauvreté dans les livres écrits à destination des enfants et des jeunes et celle des conséquences des situations de misère et de précarité sur la jeunesse.

Dans ce cadre prennent place la réalisation d’une brochure, conçue comme un support pour accompagner et faciliter les actions de médiation programmées sur ce thème, ainsi qu’un colloque et un Cahier du CRILJ reprenant l’ensemble des communications du colloque.

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« La Petite Sirène », de Hans Christian Andersen, adaptation et mise en scène de Géraldine Martineau

Sur l’étroite scène du Studio-Théâtre où règne une obscurité scintillante, une jeune fille (Adeline d’Hermy) presse sa grand-mère (Danielle Lebrun) de lui parler du monde « merveilleux » des humains. Assises sur des balançoires, toutes deux flottent dans l’air, qui est de l’eau.

La petite sirène vit dans la hâte de ses quinze ans pour être autorisée à monter à la surface de la mer et pouvoir enfin découvrir la réalité d’en haut.

En attendant, au milieu de quatre-vingt-dix « guindes » (c’est ainsi qu’on appelle les cordes au théâtre, nous explique l’excellent livret pédagogique distribué aux enfants avant le spectacle) qui descendent des cintres et qui dessinent un univers de coraux autour d’elles, la petite sirène écoute et rêve à son émancipation. Elle écoute en rêvant de quitter la cage dorée de son enfance.

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« Comédie-Française, une histoire du théâtre », par Agathe Sanjuan et Martial Poirson

« Comédie-Française, une histoire du théâtre », par Agathe Sanjuan et Martial PoirsonDans la préface qu’il consacre à cet ouvrage, l’administrateur général du Théâtre, Éric Ruf, s’étonne qu’il n’y ait pas eu de livre généraliste sur la Comédie-Française.

Étonnement fort juste et fort provisoire car désormais avec ce Comédie-Française, une histoire du théâtre, d’Agathe Sanjuan et Martial Poirson, le manque est réparé, le vide est comblé, et de manière magistrale et éclatante.

L’ouvrage est en effet une histoire et une étude, une somme d’informations érudites et plaisantes, une enquête sur la singularité d’un théâtre hors du commun en Europe, une participation à la vie même de cette institution, qu’il ne faut surtout pas réduire à un musée du théâtre français.

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Consultation citoyenne sur l’Europe : l’expertise au service de l’éducation et de la formation

L’association des experts de l’Union européenne (EvalUE) a organisé le 13 octobre 2018 sa première consultation citoyenne sur l’Europe, consultation qui avait objet de croiser les regards sur l’expertise au service de l’éducation et de la formation.

Le laboratoire de pensée IDEFFIE (Initiative pour de le développement de l’expertise française et francophone à l’International et en Europe) était notre partenaire.

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Retour sur le 13 novembre 2015 avec une classe de collège

Place de la République, novembre 2015 © CR

Place de la République, novembre 2015 © CR

Trois ans après, les plaies des attentats du 13 novembre restent vives. Cette effroyable vague de violence en plein Paris a d’évidence pour longtemps touché le cœur de la République française. Or, pour un professeur, à chaque date « anniversaire », comme celle aussi du 7 janvier 2015, jour de l’attentat contre Charlie Hebdo, une interrogation resurgit. Faut-il revenir sur ces sujets douloureux avec les élèves ou les laisser appréhender seuls et/ou avec leurs parents la rétrospection des faits ?

Les compétences du programme de français invitent à développer la conscience personnelle des élèves « citoyens », notamment celles liées au domaine 1 du socle comme « Exprimer ses sentiments, ses sensations » ou encore « Formuler un avis personnel ». Passer par le biais d’une chanson constitue sans doute un angle d’attaque pédagogique pertinent si l’enseignant fait le choix d’évoquer ces événements tragiques. Celle d’Alain Souchon, « Et si en plus, y’a personne », créée en 2005, sera ici le support d’une évocation indirecte de cette soirée funeste.

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