« Histoire mondiale de la France », sous la direction de Patrick Boucheron

"Histoire mondiale de la France", sous la direction de Patrick BoucheronEn ces temps de campagne présidentielle, le passé de la France et ses dates et figures tutélaires sont convoqués par tous les candidats en fonction du sens qu’ils souhaitent lui donner. En proposant une histoire mondiale de la France, Patrick Boucheron et des coordinateurs apportent une réflexion rafraîchissante et utile sur l’histoire, son écriture et ses usages.

L’ouvrage volumineux de 790 pages, qui ne doit pas rebuter le lecteur hésitant, s’ouvre sur ce propos de l’historien Jules Michelet : « Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France » (Introduction à l’histoire universelle,1831). Affirmation qui pourrait paraître paradoxale tant Michelet est associé à l’écriture du « roman national » français, tout entier tourné vers la définition d’une France à l’histoire providentielle et universelle.

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« Corporate », de Nicolas Silhol

Céline Sa "Corporate", de Nicolas Silhol © Kazak ProductionsL’ultra-moderne solitude d’entreprise

De Ressources humaines de Laurent Cantet (1999) à La Loi du marché de Stéphane Brizé (2015), le drame social à la française a progressivement fait du monde du travail ou de l’entreprise une matière première de la création cinématographique.

Le premier long métrage de Nicolas Silhol poursuit dans cette veine en se focalisant sur le destin contrarié d’une ambitieuse manageuse en ressources humaines consécutif au suicide d’un cadre de sa société sur son lieu de travail.

Résolument engagé et à ce titre fort peu goûté entre autres par les dirigeants d’entreprises de télécommunication, Corporate explicite ses enjeux dès l’avertissement précédant la séquence inaugurale du film : « Les personnages sont fictifs. Les méthodes de management sont réelles. »

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Écriture poétique et quête du sens en première : « Le Spleen de Paris », de Baudelaire

Charles Baudelaire par Nadar

Charles Baudelaire par Nadar

Passer des Fleurs du mal au Spleen de Paris, c’était, pour Baudelaire, s’engager dans une voie esthétique nouvelle qui s’accompagnait d’une inflexion sur le plan idéologique ; le poète entamait ainsi un processus de mise à distance qui l’éloignait encore davantage du romantisme.

Dans la perspective de l’objet d’étude assigné aux classes de première, « Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours », Le Spleen de Paris offre un terrain d’investigation particulièrement fécond dans la mesure où il permet, comme le soulignent les Instructions officielles, de souligner le « rôle du poète, […] aux avant-postes de la littérature et de la culture », d’interroger une pratique particulière de cet « art du langage » qu’est la poésie qui, depuis ses origines, se voyait associée à la fabrique du vers et qui, désormais, s’oriente vers des voies nouvelles.

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Le prix Manga’titude

Prix Coup de cœur du jury pour l'affiche 2015: Bénédicte Gougam, 1re S, lycée Gay-Lussac (Limoges)

Prix Coup de cœur du jury pour l’affiche 2015 : Bénédicte Gougam, 1re S, lycée Gay-Lussac (Limoges)

Le prix Manga’titude est un prix littéraire autour du manga organisé depuis cinq ans par cinq professeures documentalistes de l’académie de Limoges, Aurélie Laurière, Marielle Puyhaubert, Laëtitia Raynaud, Béatrice Augeard et Anaïs Denis.

Le manga, bande dessinée créée au Japon, fait partie intégrante de la culture nipponne. En France, en raison de la diversité des thèmes abordés, il connaît un vif succès auprès du public adolescent depuis les années 1990.

Ainsi, en tant qu’enseignants documentalistes, nous avons conscience qu’aujourd’hui, beaucoup d’adolescents sont lecteurs essentiellement de mangas, d’où la volonté pour nous de nous intéresser à ce genre de lecture et de nous pencher sur l’intérêt de proposer un fonds manga de qualité dans les CDI. Pour cela, il nous est apparu nécessaire de monter un projet, à travers ce prix, qui permettrait aux élèves et aux professeurs documentalistes d’approfondir leurs connaissances sur l’univers des mangas.

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« À voix haute. La force de la parole », de Stéphane de Freitas

"À voix haute. La force de la parole", de Stéphane de Freitas © Mars filmsDiffusé sur France 2 en novembre dernier, le documentaire À voix haute relate le parcours d’un groupe d’étudiants de l’université de Saint-Denis qui, inscrits aux joutes oratoires du concours Eloquentia, briguent le titre de « meilleur orateur du 93 ».

Palpitant et drôle, ce premier film de Stéphane de Freitas connaît lui-même un sort inattendu puisque, fort de son succès télévisuel et de l’expérience éducative dont il témoigne, il sort aujourd’hui en salles dans une version enrichie d’une vingtaine de minutes.

L’occasion de s’y précipiter avec ses élèves, de collège et de lycée.

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Haro sur l’Histoire ? Quand les candidats à l’élection convoquent le passé

Eugène Delacroix, "La Liberté guidant le peuple" (28 juillet 1830), musée du Louvre

Eugène Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » (28 juillet 1830), musée du Louvre

L’élection présidentielle est traditionnellement un temps privilégié où l’histoire de France s’invite dans les débats. Les candidats convoquent dans leurs discours enflammés tour à tour les grandes figures tutélaires de la France.

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L’attractivité du métier d’enseignant

L'attractivité du métier d'enseignant en question

Dans un essai publié en 2015, Sapiens. Une brève histoire de l’humanité, Yuval Noah Harari soutient que les hommes ont crée des sociétés grâce à  l’invention de réalités imaginaires, de fictions fédératrices, politiques ou religieuses, objets de rassemblements et de croyances communes, comme s’il était plus facile d’agir collectivement pour ce que l’on croit que pour ce que l’on voit.

L’éducation est sans doute l’une de nos plus puissantes fictions, objet de toutes les attentions et otage de toutes les imaginations.

Loin du mythe de l’enseignement, le rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), publié en novembre dernier, rappelle toutefois quelques réalités sur l’attractivité du métier d’enseignant qu’il ne faut peut-être pas oublier en cette période électorale si fertile en déclarations fantaisistes sur l’école.

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« Passe à Beau ! », d’Yvan Pommaux et Rémi Chaurand. Le rugby comme terrain de jeu littéraire et artistique

"Passe à Beau !", d'Yvan Pommaux et Rémi ChaurandIl y a des livres comme ça qui vous font rater bêtement votre station de métro. C’est peut-être aussi à cela que l’on reconnaît un livre réussi. Passe à Beau ! est de ceux-là. Ce roman graphique, mêlant intelligemment texte (Rémi Chaurand) et dessins (Yvan Pommaux), a beau être destiné davantage à un public d’adolescents, il vous transporte, tout adulte que vous êtes (que vous pensez être) dans l’univers rugbystique d’une petite ville du Sud-Ouest.

L’histoire se déroule en effet à Montmartigues où vit Martin Bonfils, 14 ans, bon élève et fier de porter le n°13 (trois quart centre) dans l’équipe de rugby des cadets, tout comme son père et son grand-père avant lui. Son univers se dessine autour de ce sport, qui n’en est pas qu’un : « À Montmartigues, au café, au collège, à la piscine, dans le bus, à l’apéro, à table, à la récréation, partout en fait, on parle RUGBY » (p. 9). Une vie somme toute « tranquille », entre les copains, une bonne amie et un grand-père chroniqueur sportif, soudainement bousculée par l’arrivée d’Antonin Beau, venu de Paris avec sa famille et dont le père se trouve être le nouveau directeur des laboratoires Biopharmag, qui soutiennent le club de la ville.

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