« Darnand, le bourreau français », de Bédouel et Perna

Le héros se définissait dans l’Antiquité comme un demi-dieu ou un homme célèbre divinisé. Certains brillaient par leur force, d’autres par leur intelligence ou leur beauté, la plupart étaient pourvus de tous ces dons et atours. Faisant montre d’un courage extraordinaire, le héros se distingue par ses exploits surtout guerriers.

Quelques-uns avaient aussi leur talon d’Achille et ont brillé par leur destin tragique. Ils deviennent pour cela les personnages principaux d’œuvres littéraires, des héros (ou héroïnes) d’histoires, de contes à valeur d’édification. Mais le héros, figure positive s’il en est, ne se définit qu’à partir de ceux qui en déterminent la nature héroïque. Les valeurs qu’il défend et ceux qui l’admirent ne se distinguent pas toujours par leur humanisme.

C’est à ce paradoxe que se sont attaqués Bédouel et Perna en prenant comme terrain de réflexion la biographie d’un des personnages les plus sombres de notre histoire nationale du XXe siècle, Joseph Darnand (1897-1945).

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« Le Monarque des ombres », de Javier Cercas

« Le Monarque des ombres », de Javier CercasQuelle image d’Achille ?

On lira sur la couverture du Monarque des ombres, la mention de « roman ». Cette classification générique surprendra qui lira ce livre, et pourtant l’histoire de Manuel Mena, grand-oncle de Javier Cercas, comme les circonstances de sa mort peuvent ressortir du romanesque.

Le jeune homme avait dix-neuf ans quand il est tombé sur le front de l’Ebre, en 1938. « Blanquita », la mère de l’auteur narrateur ne s’est jamais remise de cette mort, même si les larmes pour le pleurer ne venaient pas. Il est resté cet absent, ce mystère, dont Javier Cercas rechigne à explorer la courte vie.

Manuel Mena a combattu dans le camp franquiste, celui de la Phalange, pour être précis. Il appartient au « paradigme de l’héritage le plus accablant de ma famille », écrit Cercas.

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La presse, le Cnesco et la communication de l’Éducation nationale

Cnesco - Panorama des inégalités scolaires d'origine territoriale dans les collèges d'Île-de-France.La presse nationale s’est emparée depuis quelques jours du dernier rapport du Cnesco sur le Panorama des inégalités scolaires d’origine territoriale dans les collèges d’Île-de-France, croyant ainsi soulever des vérités embarrassantes pour le ministère, et affermir le soupçon lancinant d’une politique éducative injuste envers les plus défavorisés.

Cette alerte de bon ton lancée par les médias est en fait à côté de l’enjeu réel du rapport publié avec éclat.

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L’enseignement de la Grande Guerre de 1914 à nos jours. Entretien avec Benoit Falaize

Cahier d’élève, 20 mai 1916 © Musée national de l’éducation.

Depuis 2013, les commémorations du Centenaire de la Première Guerre mondiale ont suscité à tous les niveaux d’enseignement une riche mobilisation de la communauté éducative. De multiples projets pédagogiques pluridisciplinaires portant sur ce conflit majeur et ses effets à long terme sur la société française et le monde ont été proposés sur l’ensemble du territoire. L’École s’est ainsi emparée d’un sujet dont des traces profondes se retrouvent encore dans les histoires familiales comme dans la vie locale.

Benoit Falaize, inspecteur général de l’Éducation nationale, auteur d’une thèse consacrée à l‘Histoire de l’enseignement de l’histoire à l’école élémentaire, de la Libération à nos jours (Presses universitaires de Rennes), a bien voulu répondre, pour l’École des lettres, aux questions d’Alexandre Lafon, conseiller pour l’action pédagogique auprès de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, sur l’évolution de l’enseignement du conflit, de 1914 à nos jours.

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#PasDeVague. Une loi du silence qui ne dit pas son nom

Le tout récent épisode filmé de cette professeure menacée en plein cours par un élève avec une arme factice n’a pas tardé à envahir les réseaux sociaux et produire son onde de choc.

Le hashtag #PasDeVague fédère désormais une quantité considérable de témoignages aussi saillants qu’édifiants, posant nécessairement la question : et maintenant que change-t-on ? Lire la suite

« À l’assaut ! La baïonnette dans la Première Guerre mondiale », de Cédric Marty

"À l'assaut !", de Cédric MartyLes commémorations de la Grande Guerre sont l’occasion de revisiter les lieux communs qui circulent encore autour des mémoires du conflit. Des stéréotypes comme « les soldats sont partis la fleur au fusil à l’été 1914 » ou « la guerre a participé à l’émancipation des femmes » ont encore trop souvent la vie dure.

Ils participent d’une vision fantasmée de la guerre 14-18 et de la guerre en général. Ils impliquent souvent une lecture de l’histoire inscrite dans le « roman national » qu’il convient de détricoter pour mieux « faire histoire ».

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« Métaphores je vous aime. Le dico des belles images », de Daniel Lacotte

"Métaphores je vous aime. Le dico des belles images", de Daniel LacotteParmi les multiples manières de parler de la métaphore, Daniel Lacotte, lexicographe et romancier, a choisi la plus directe et la plus plaisante, celle qui consiste à partir à la recherche de son origine, de son sens, de sa sphère d’emploi et de sa portée poétique.

La tâche n’est pas aussi aisée qu’il y paraît, car les métaphores sont partout et envahissent notre discours sans même qu’on y prenne garde, comme si le détour imagé était une manière de contourner certains mots ou d’enjoliver certaines situations.

La métaphore « se substitue astucieusement à la dureté du réel », explique Daniel Lacotte, ravi de nous offrir, avec cette livraison, non seulement son quarantième ouvrage (à peu près), mais également un « beau livre d’images ».

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« Partage de Midi », de Paul Claudel, au Théâtre national de Strasbourg

"Partage de Midi", de Paul Claudel, mise en scène d'Éric Vigner © TNS, Jean-Louis Fernandez

« Partage de Midi », de Paul Claudel, mise en scène d’Éric Vigner © TNS, Jean-Louis Fernandez

Du 5 au 19 octobre, le Théâtre national de Strasbourg (TNS) a présenté une nouvelle mise en scène d’une des grandes pièce du XXe siècle, Partage de Midi. Ce drame a été écrit par Claudel en 1905, immédiatement après sa rencontre avec la femme de sa vie, Rosalie Vetch, et la trahison de celle-ci, aventure dont la pièce est la transposition scénique. Mais, pour des raisons morales privées, Claudel a retardé de voir son œuvre sur scène, jusqu’à ce que Jean-Louis Barrault la monte enfin, dans une seconde version allégée, en 1948, avec Edwige Feuillère dans l’unique rôle féminin, Ysé.

Depuis cette création qui a fait date, plusieurs autres mises en scène ont suivi, en France et à l’étranger. Chez nous, les plus notoires ont été celle d’Antoine Vitez en 1975, avec Ludmilla Mikaël, puis celle d’Yves Beaunesme en 2007, avec Marina Hands, la fille de cette dernière, ces deux mises en scène se référant à la version initiale de 1905, plus proche de l’expérience initiale, donc plus violente et authentique.

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