« Rafiki », de Wanuri Kahiu

Ce film est une curiosité cinématographique. Ce n’est pas tant le thème qui le rend singulier (une rencontre entre deux jeunes femmes qui devient une histoire d’amour et d’attirance réciproque), ni même la forme (qui essaie d’associer la naïveté de la romance à la violence des conventions sociales), mais son origine : c’est un film tourné au Kenya, à Nairobi, et il montre comment la naissance du sentiment amoureux peut heurter les préjugés hétérosexuels.

Cette histoire qui peut paraître assez stéréotypée devient intéressante quand elle permet l’immersion dans une réalité très différente, cette société africaine plutôt aisée, à la fois dynamique et marquée par des conventions masculines pesantes et souvent méprisantes.

L’appel à la tolérance que lance le film touche lorsqu’il est allié à un regard précis sur les mécanismes sociaux et sur la façon dont le système social est structuré.

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« Dans le faisceau des vivants », de Valérie Zenatti

Enfants d’Appelfeld

Dans un taxi qui la conduit à Jérusalem en ce mois de janvier 2017, Valérie Zenatti se voit corrigée par un chauffeur de taxi. Pour parler de Aharon Appelfeld qui vient de mourir, elle emploie le présent, au lieu de l’imparfait.

Le chauffeur n’est pas grammairien mais sa logique (et son obstination) sont imparables. Enfin presque : Dans le faisceau des vivants, écrit un an après la disparition du romancier israélien, montre un homme au présent.

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« Une affaire de famille », d’Hirokazu Kore-eda

Kairi Jyo dans « Une affaire de famille », d’Hirokazu Kore-eda © Wild Bunch Germany

La famille habite depuis longtemps l’œuvre du cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda. Quelle que soit la forme qu’il lui prête – groupe endeuillé (Distance, 2001 ; Still walking, 2008), fratrie abandonnée (Nobody knows, 2004) ou séparée (I wish, nos vœux secrets, 2011), famille déchirée (Tel père, tel fils, 2013 ; Après la tempête, 2017) ou recomposée (Notre petite sœur, 2015), le réalisateur en questionne le sens et s’interroge sur ce qui, au juste, fait famille.

Ce qui relie vraiment, entre loi sanguine et lien civil, entre la biologie qui oblige et l’alliance que l’on noue librement.

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Insurrection populaire et littérature : apprendre avec Flaubert, Zola, Hugo

Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » © Musée du Louvre

L’actualité rend souvent curieux de jeter des ponts avec le passé, et l’éducation par vocation est invitation à sortir des bornes du présent pour engager un dialogue avec des époques plus anciennes.

Si la littérature française a été pour le XXe siècle plus attirée par les guerres et conflits majeurs (guerre d’Espagne, guerres d’indépendance, histoire des communismes) que par les insurrections et mouvements populaires nationaux, laissant au cinéma le soin d’aborder le Front populaire (La vie est à nous, de Jean Renoir ; La Belle Équipe, de Julien Duvivier) ou Mai 68 (La Chinoise, de Jean-Luc Godard ; L’An 01, de Jacques Doillon), les plus grands auteurs du XIXe siècle n’ont pas manqué d’évoquer et étudier les soubresauts de l’histoire de leur siècle : révolution de 1830, journées de 1832, insurrection des Canuts (1834), révolution de 1848, Commune de Paris de 1871 : Chateaubriand, Flaubert, Hugo, Zola, Vallès ont tous laissé des textes bien connus des professeurs de français et utiles à rappeler.

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« Un peuple et son roi », de Pierre Schoeller

Le troisième film de Pierre Schoeller peut absolument intéresser des enseignants, que cela soit dans le cadre d’un cours de lettres comme dans celui d’un cours d’histoire.

Le film se situe entre la prise de la Bastille et la décapitation de Louis XVI et ces balises sont précisément représentées dans le film de façon à constituer précisément un début et une conclusion.

C’est ce qui guide le récit : comment est-on passé de la prise de la Bastille à la mort du roi ? Quand cette mort est-elle devenue nécessaire ? Pour qui ? Selon quels principes, avec quelle philosophie ?

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Le nouveau bac : simplification ou complication des parcours ?

Le nouveau bac est là. Juste à l’heure de Noël. Comme un cadeau sous le sapin. Dépliez-le. Regardez comme il est beau. C’est un jeu de construction.

On construit son parcours. En toute liberté.Trois spécialités en Première, deux spécialités en Terminale. Un enseignement facultatif en bonus. Le tout  monté sur un socle de culture commune.

Les pièces du jeu sont listées comme sur une notice ikea, il n’y a qu’à  prendre, emboîter, combiner…

Mais est-ce vraiment un cadeau ?

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« Enfances », de Marie Desplechin et Claude Ponti

Quand deux monstres sacrés de la littérature de jeunesse se rencontrent, qu’est-ce qu’ils se racontent ? Naturellement des histoires d’Enfances. Enfances avec un E majuscule, il va sans dire. Marie Desplechin, avec sa plume de romancière attentive à la vraie vie de tous ceux que l’on surnomme communément les gosses ou les ados, Claude Ponti avec son univers graphique reconnaissable entre tous, avaient ainsi envie de retrouver non « les verts paradis des amours d’enfance » dont parle le poète mais bien les moments clefs où de futurs grands destins historiques ou légendaires ont transformé la catastrophe annoncée de leur existence en promesse d’avenir pour eux et pour les autres.

Au programme de ce livre écrit à quatre mains, soixante-deux enfances sur les trois-cent soixante douze envisagées dans une première liste !

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Acheter un livre : à propos de la géographie littéraire

Les libraires sont des commerçants. Ils travaillent avec des représentants, ils vendent des livres à des clients, ils remboursent des emprunts, ils calculent leur chiffre d’affaires, dans une tension permanente entre la stabilité du fond et la fluctuation des nouveautés ;
mais ce sont surtout des lecteurs qui défendent les livres qu’ils aiment,
des animateurs qui invitent les écrivains qu’ils soutiennent,
des acteurs de la littérature,
les libraires sont des intercesseurs.

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