Rêver kayak – une relecture à contre-courant du film de Bruno Podalydès, « Comme un avion »

"Comme un avion", de Denis Podalydès« Over an ocean away
Like salmon
Turning back for Nayram
… »

​Robert Wyatt, Maryan, Shleep, 1997.

 

À vous qui assurément l’avez déjà vu sans doute, je propose de revenir quelques semaines en arrière lorsque – le cœur en fête et le sourire aux yeux j’espère – vous sortiez dans la nuit de juin de la salle de cinéma où vous veniez de voir Comme un avion, film gai et pagaie à la fois.

Avec une grande liberté de ton et d’écriture, et sous de faux airs de légèreté, Bruno Podalydès nous fait vivre utopie et désir une heure trois quarts durant. Retour à Bounoure, donc, retour à Barchet, retour à Nayes, et rame ! Rame, rame, rameur, ramons – comme dans la chanson, même si c’est Moustaki et Bashung (grands disparus désormais hors du temps) plutôt qu’Alain Souchon (grand vivant) que nous donne à entendre la bande très originale du film (Le Temps de vivre et Vénus, choix qui ne sont pas anodins…).

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Une utopie : « Nous étions l’avenir », de Yaël Neeman

"Nous étions l’avenir", de Yaël Neeman« Le kibboutz n’est pas un village au paysage pastoral, avec ses habitants pittoresques, ses poules et ses arbres de Judée. C’est une œuvre politique, et rares sont les gens de par le monde qui ont vécu, par choix et de leur libre volonté, une telle expérience, la plus ambitieuse qui fut jamais tentée. Qui pourrait dire non à une tentative de fonder un monde meilleur, un monde d’égalité et de justice ? Nous n’avons pas dit non. Nous avons déserté. »

Une fois n’est pas coutume, nous sommes partis de la quatrième de couverture pour présenter le récit de Yaël Neeman, écrivain israélienne dont paraît Nous étions l’avenir, un titre qui sonne à la fois nostalgique et utopique.

Les deux adjectifs ne sauraient mieux caractériser ce livre, encore que pour le premier, on apportera quelques nuances. Le second en revanche, rappelle des temps désormais très lointain.

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« Azur et Asmar », de Michel Ocelot, ou l’actualité brûlante d’un conte sur pellicule

"Azur et Asmar", de Michel OcelotLa une du Parisien du jeudi 15 janvier 2015 établissait comme attendu que la ligne de fracture de l’unité et de l’unanimité nationale s’exprime en tout premier lieu à l’école : le terme « école » devant être compris ici dans son sens large. Il devient ainsi impératif de poursuivre l’action civique en ne jetant pas de l’huile sur le feu sans pour autant céder à l’étouffement de la pensée critique.

C’est à cette fin que nous proposons quelques activités à partir du film de Michel Ocelot, Azur et Asmar (2006). Nous avons interrogé le réalisateur lui-même pour connaître les motivations qui ont présidé à la création de ce film remarquable.

Michel Ocelot est un réalisateur exigeant attaché aux belles images, aux beaux messages et aux belles histoires. On lui doit le célèbre Kirikou, esprit précoce et libre s’il en est ! Que ce soit dans Princes et Princesses ou dans Azur et Asmar – film à partir duquel nous proposons une activité pédagogique à destination des élèves de cycle 3 /sixième –, nous retrouvons la même volonté de combattre les préjugés et de nourrir l’esprit critique des « petits » et des « grands ».

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L’honnête homme du XXIe siècle ou le nouveau socle commun de connaissances de compétences et de culture

Projet de socle commun de connaissances, de compétences et de culture du Conseil supérieur des programmes (février 2015)Dieu qu’il est beau l’élève du nouveau socle ! Quelle formation ! Quelle perfection ! Quel homme, quel citoyen de demain !

Le Conseil supérieur des programmes nous propose son évangile, son rêve idéal, son utopie moderne, son modèle républicain, son honnête homme du XXIe siècle bourré de bonnes dispositions, de bonnes intentions, de capacités de toutes sortes, c’est merveilleux, Gargantua l’avait rêvé, le socle l’a fait.

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« Rêves d’or » (« La Jaula de Oro »), de Diego Quemada-Diez, prix Jean-Renoir des lycéens 2014

"Rêves d'or" ("La Jaula de Oro"), de Diego Quemada-DiezLa Jaula de Oro (littéralement la « cage dorée », titre français Rêves d’or) de Diego Quemada-Diez a remporté le prix Jean-Renoir des lycéens 2014. Il avait été présenté au Festival de Cannes 2013, dans le cadre de la section Un Certain Regard et avait suscité une émotion unique.

C’est une œuvre à la fois engagée et personnelle sur la dure vie des migrants, prêts à tout pour tenter de rejoindre les États-Unis. Deux jeunes garçons, Juan et Samuel, et une fille, Sara, tous trois âgés de quinze ans, fuient le Guatemala pour tenter de réaliser le rêve américain.

Au cours de leur traversée du Mexique, ils rencontrent Chauk, un Indien tzotzil ne parlant pas espagnol et voyageant sans papiers. Pris dans une rafle, ils sont renvoyés tous trois au Guatemala.

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« Cette part de rêve que chacun porte en soi » : entretien avec Pierre Pachet

Entretien avec Pierre Pachet : "Le rêve que chacun porte en soi"

Jean-François Marquet et Pierre Pachet

Nous avons demandé à Pierre Pachet de nous éclairer sur quelques-uns des aspects liés à la thématique du rêve, au sens propre ou dans son acception de projection dans le futur, puisque l’intitulé du thème de BTS, La part du rêve que chacun porte en soi, nous invite à cette double interrogation.

Pierre Pachet a consacré deux ouvrages de référence à cette question, Nuits étroitement surveillées (1980) et La Force de dormir (1988), et il a fait de l’intime la sphère privilégiée de son œuvre sans pour autant sacrifier à la mode de l’autofiction. Il a également accordé récemment un entretien sur ce sujet à la revue Critique.

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Une utopie pour le présent : « L’Éducation réinventée », de Salman Khan

salman-kahn-l-education-reinventee« Une école grande comme le monde » : c’est le sous-titre de l’essai publié début septembre par Salman Khan, Américain d’origine indienne, livre précédé et suivi d’une rumeur flatteuse voire élogieuse.

Khan a crée une « académie » qui s’étend sur cinq continents. Ses bâtiments sont virtuels ou presque. Il suffit en effet d’un ordinateur ou d’une tablette, d’un écran pour visionner des vidéos, et donc d’une connexion à internet.

Le but : révolutionner les méthodes d’enseignement. Mais pourquoi ?

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« La Part des anges », de Ken Loach

Il y a beaucoup d’anges dans le cinéma de Ken Loach, qui en vieillissant, ressemble de plus en plus à Frank Capra. N’a-t-il pas introduit Éric Cantona comme ange gardien (de but bien entendu) auprès d’un postier de Manchester en détresse dans Looking for Eric (2009)?

Le mot est pris à la fois au sens propre et métaphorique dans La Part des anges : on appelle ainsi la partie du volume d’un alcool qui s’évapore pendant son vieillissement en fût. C’est généralement dans les chais d’armagnac ou de cognac qu’on emploie cette expression, mais Ken Loach l’applique au whisky, invention irlandaise ou écossaise, dont le nom – celtique ou gaélique – signifie « eau de vie ».

Jamais ce sens n’a trouvé de plus juste application que dans ce film, où un éducateur au grand cœur – véritable ange gardien – sauve littéralement un groupe de délinquants condamnés à une peine de travaux d’intérêt  général en les initiant secrètement pendant son temps libre à l’art du whisky ! Continuer la lecture