De l’autodidacte à l’autodidaxie à l’ère du numérique

De l'autodidacte à l'autodidaxie à l'ère numériqueMême si le « diplôme » reste le sésame de la reconnaissance professionnelle dans le registre des capitaux symboliques, la période contemporaine redessine la figure traditionnelle de l’« autodidacte », dont quelques écrivains (Flaubert, Zola, Sartre) ont nourri la mythographie sociale.

Les connotations négatives semblent s’estomper, le défaut de formation académique ou le lien avec un traumatisme identitaire de désaffiliation (Hélène Bézille-Lesquoy) pourrait bien être remplacé par la mise en valeur d’une disposition indispensable à la réussite de toute formation, en particulier à distance (Brigitte Albero).

L’autodidaxie deviendrait une aptitude positive dans le paysage social contemporain, une réalité autant qu’une nécessité de formation au long cours, cheville ouvrière de l’avenir éducatif (François Taddei).

Que l’on évoque les processus d’« autoformation » facilités par les technologies du numérique, les auto-apprentissages informels en milieu associatif, la « validation des acquis de l’expérience », l’université du temps libre, l’école de la seconde chance, le développement de soi tout au long de la vie, le rôle du stage comme moment de formation par l’expérience, il semble que l’autodidaxie du XXIe siècle, plurielle, protéiforme et disséminée, soit une réalité autant qu’une nécessité de formation.

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Lire et étudier « Ceux de 14 ». Hommage à Maurice Genevoix, cent ans après

Maurice Genevoix, "Ceux de 14"Voilà cent ans, Maurice Genevoix, jeune officier d’infanterie de 23 ans, parti en campagne contre l’Allemagne dès août 1914, connaissait aux Éparges une expérience combattante douloureuse à plusieurs titres.

Ayant pourtant été témoin à plusieurs reprises de la mort reçue et donnée, de l’épreuve du feu au plus fort de batailles et d’offensives meurtrières, il est engagé en février 1915 avec le 106e RI de Chalons, au sud-est de Verdun, dans de terribles conditions. Le piton des Éparges et son point X se trouvent aux mains des troupes allemandes.

À l’est, la plaine de la Woëvre, à l’ouest, l’organisation défensive française. Pour les Allemands, il s’agissait de pouvoir couper les communications françaises et étouffer Verdun ; pour les Français, de réduire le saillant allemand.

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En parler

Manifestation du 11 janvier 2015, à ParisCe jeudi 8 janvier 2015 à 8 heures, quand le professeur entre dans sa classe, il sait qu’il ne pourra pas revenir sur la technique du commentaire composé, corriger les exercices de mathématiques ou exposer les causes de la Révolution de 1789.

Il sait qu’il lui faut faire usage de son autorité, de son prestige peut-être, de son statut sûrement, pour ouvrir le débat, inviter à la parole, rompre la pesanteur du silence. L’école, que l’on souhaite parfois sanctuariser, ne peut se montrer étrangère, aveugle et sourde au fracas du monde, aux actes meurtriers qui se déroulent à sa porte.

Le professeur donc, un citoyen comme un autre – non, plus citoyen que les autres – n’a pas attendu l’invitation de son ministre pour en parler. « En parler », car indépendamment du contenu de l’échange, c’est l’acte verbal lui-même qui a valeur conjuratoire. Il restitue à l’école une de ses missions précieuses : aider de jeunes esprits à percevoir avec justesse et mesure la gravité d’un événement et ses enjeux.

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De la vertu pédagogique des commémorations de la Première Guerre mondiale

"La guerre documentée", 1919Le rideau est tombé sur la première année du cycle de commémorations de la Première Guerre mondiale à Notre-Dame-de-Lorette, ce 11 novembre 2014. L’action pédagogique nationale menée à cette occasion s’est appuyé sur les initiatives locales portées par les équipes pédagogiques. Elle s’est inscrite dans une volonté clairement affichée d’un « travail de mémoire » et de réflexion appliquée à l’« objet » Première Guerre mondiale portant sur la pluridisciplinarité et la pédagogie par projet.

Il ne s’agissait point d’abandonner l’apprentissage des savoirs disciplinaires. Mais de se souvenir que leur organisation dans le cadre scolaire est un héritage pédagogique du XIXe siècle… Chaque discipline ou matière construit un vocabulaire et des outils techniques propres. Mais que sont-ils sans les compétences intellectuelles transversales qui les soutiennent?

Le Centenaire, posé dans ce cadre, a été pensé comme un laboratoire pédagogique. Il peut, nous le croyons, servir à imaginer différemment l’enseignement dispensé aux élèves et la formation des maîtres qui lui est liée, en s’appuyant sur les pratiques mises en œuvre au plus près des classes.

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Rencontre avec Éric Dussert, co-auteur des « 1001 vies du livre »

Éric Dussert et Éric Walbecq, "Les 1001 vies du livre"La voix au chapitre

« Que peuvent bien raconter deux bibliothécaires », demandent Éric Walbecq et Éric Dussert en préambule à leur ouvrage Les 1001 vies du livre.

L’un et l’autre travaillent à la BNF. Le premier est un spécialiste de la littérature du XIXe siècle, le deuxième est critique, éditeur, auteur – Une forêt cachée. 156 portraits d’écrivains oubliés, paru à la Table ronde en 2013, est une mine pour les amateurs de pistes littéraires buissonnières.

Savant et savoureux Les 1001 une vie du livre n’est pas un traité, mais un éloge curieux (et non un curieux éloge) du « bouquin » à travers son histoire, ses histoires, les fables qu’il colporte, les fantasmes qu’il nourrit.

En quinze chapitres Éric Walbecq et Éric Dussert racontent l’épopée de cette invention qui, à l’heure des mutations électroniques, demeure, rappelle Umberto Eco, « aussi indépassable que la roue ou le marteau ». Livres de tous les records, livres de résistance, livre de vie ou de mort, faux livres et même livres qui n’existent pas se sont donnés rendez-vous dans cette synthèse intelligente et audacieuse.

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Splendeurs des vocabulaires des métiers d’art

"Habit de sculpteur", par Nicolas de Larmessin (1640-1725)

« Habit de sculpteur », par Nicolas de Larmessin (1640-1725)

La Société française de terminologie organise le jeudi 11 décembre 2014 un colloque sur le vocabulaire des métiers d’art consacrés au travail du bois et des métaux précieux, sous le haut patronage d’Yves Chauvin, prix Nobel de chimie, et avec le soutien de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France.

Les métiers d’art représentent aujourd’hui un patrimoine exceptionnel en termes de traditions, de savoir-faire et de création contemporaine.

Les vocabulaires portent témoignage de cette richesse, par leur histoire, leurs origines, leur inscription dans le génie des maîtres et artisans d’art.

 

 

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« Maestro », de Léa Fazer

"Maestro", de Léa FazerDes études de lettres, de théâtre et enfin de cinéma ont préparé Léa Fazer à la mise en scène et à l’écriture. Son premier long métrage, Bienvenue en Suisse, a été présenté à Cannes en 2004 dans la section Un certain regard.

Maestro résulte d’une collaboration avec Jocelyn Quivrin, interrompue brutalement par la disparition accidentelle du comédien en 2009. Il voulait raconter avec elle l’expérience décisive qu’avait constitué pour lui sa collaboration avec Éric Rohmer sur le tournage des Amours d’Astrée et de Céladon : sa rencontre de jeune homme passionné de séries américaines du type Fast and furious avec un maître du cinéma d’auteur, et surtout sa métamorphose de garçon inculte et à l’humour bas de gamme au contact d’un être suprêmement cultivé et raffiné.

 

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« Still the Water », de Naomi Kawase & l’exposition Hokusai au Grand Palais

"Stil the Water", de Naomi KawasePour échapper à l’atmosphère délétère du moment, il faut aller voir l’exposition Hokusai au Grand Palais, puis le film de Naomi Kawase, Still the Water.

Katsushika Hokusai (1760-1849) est sans doute aujourd’hui l’artiste japonais le plus célèbre et le plus exposé dans le monde. Après la belle mais petite exposition au Centre culturel du Marais en 1980 (Le Fou de peinture. Hokusai et son temps), le Grand Palais lui consacre une rétrospective d’une ampleur toute particulière.

De Félix Bracquemond, premier artiste européen à copier des œuvres japonaises, qui reproduit sur un service de porcelaine les figures animales d’Hokusai, à Émile Gallé, en passant par Edmond de Goncourt et Pierre Loti (Madame Chrysanthème, 1887), les artistes et écrivains français ont joué un rôle déterminant dans la redécouverte de son art à la fin du XIXe siècle.

Leur intérêt pour cet artiste alors peu considéré dans son Japon natal a contribué fortement à la diffusion du japonisme dans les arts européens qui ont puisé des motifs dans les quinze volumes de Hokusai Manga pour tant de dessins, d’estampes et d’objets d’art. Les Impressionnistes, les Nabis (Vuillard, Bonnard …), l’Art nouveau recourent aux formats, aux motifs et aux paysages de ce recueil.

Nos élèves, si intéressés par les mangas, ne savent sans doute pas que cette anthologie de croquis conçus comme des manuels à l’usage des jeunes artistes constitue une sorte d’encyclopédie du vivant et de la vie quotidienne du Japon à la fin du XVIIIe siècle. Elle fait l’objet d’une présentation exceptionnelle à l’occasion du bicentenaire de la publication du premier de ses quinze volumes.

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