« Que reste-t-il de l’Occident ? », de Régis Debray et Renaud Girard

Régis Debray et Renaud Girard, "Que reste-t-il de l'Occident ?"Il y a de fortes chances que ce livre de petit format et de peu de pages, précédé d’un titre interrogatif et austère, affecté d’une double signature, ce qui brouille le message, passe inaperçu et se perde dans les limbes brumeux d’une rentrée éditoriale pauvre en essais novateurs.

Ce serait dommage, car les questions abordées, les analyses proposées et la présentation formelle – la double voix – méritent mieux qu’un détour poli.

Debray et Girard, anciens « petits camarades » de la rue d’Ulm, ont suivi des parcours suffisamment différents – l’un philosophe parfois engagé, écrivain et homme de culture, l’autre journaliste international, spécialiste du Moyen-Orient et professeur à Sciences-Po – pour offrir des visions éloignées voire divergentes des grands problèmes de notre temps fédérés autour de la question qu’on aurait tort de croire anachronique (en renvoyant au brûlot de Spengler de 1922, Le Déclin de l’Occident) :  « Que reste-t-il de l’Occident ? ».

À l’aide d’une argumentation serrée encadrée de cordiaux échanges épistolaires, les deux auteurs suggèrent, chacun à sa manière et dans son style propre, quelques éléments de réponse qui invitent à la réflexion.

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« Hannah Arendt », de Margarethe von Trotta

hannah-arendtRenonçant à une biographie exhaustive de la philosophe juive allemande Hannah Arendt (1906-1975), Margarethe von Trotta a choisi de se concentrer sur les quatre années tumultueuses pendant lesquelles elle a croisé Adolf Eichmann et sur les conséquences historiques et émotionnelles de cette expérience.

Évitant la linéarité d’un récit classique, la cinéaste reconstitue sa vie au moyen d’artifices narratifs astucieux : de brefs flash-backs sur la liaison avec Heidegger, avec qui Arendt est restée en contact malgré l’adhésion de son maître au parti nazi ; les cours qui lui permettent d’exposer sa pensée ; les conversations avec son mari et ses amis, où elle évoque ses souvenirs – en particulier son évasion du camp français de Gurs, dans lequel se trouvaient un nombre important de Juifs allemands qui avaient fui le régime nazi.

La construction du scénario, le sérieux de la reconstitution historique et l’intérêt du sujet en font une œuvre à voir absolument, le portrait magistral d’un être indépendant, confronté à des choix drastiques comme celui de l’exil, et dont l’histoire rejoint un thème récurrent des films de la cinéaste : montrer comment une personne réagit face à des événements historiques et sociaux sur lesquels elle n’a aucune prise.

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