En relisant Guy Debord, cinquante ans après

"La Société du spectacle", de Guy DebordUn récent numéro de l’École des lettres rendait compte des débats organisés autour du livre de Andrew Hussey, Guy Debord. La Société du spectacle et son héritage punk (Éditions Globe). Cette lecture a réveillé en moi l’écho de toutes les références  à l’Internationale situationniste et à Guy Debord entendues en Mai 1968. Cela m’a donné envie de relire, avec bien des années de recul, les écrits de ce dernier.

Le point central et qui me semble bien observé : l’essentiel du rapport social est maintenant dans l’image et non dans l’authenticité de l’être. On est passé de l’être au paraître. Il faut se faire voir, se faire entendre, faire son autoportrait en permanence. « La condition de vedette est la spécialisation du vécu apparent. »

De plus, le spectacle est lié à la société de consommation. L’abondance des marchandises et la création incessante de nouveaux objets participent au spectacle comme un« pseudo-usage de la vie ».

Mais, au-delà, s’ouvre un grand vide : « Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même. »

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« Les Événements », de Jean Rolin – le monde en concentré, la guerre civile en France

"Les Événements", de Jean RolinUne voiture fonce à contresens sur un boulevard de Sébastopol jonché de débris divers. Puis elle emprunte la route qui mène vers Orléans, à travers des paysages de fin d’hiver parfois déserts, parfois occupés par des hommes en arme. Que se passe-t-il au juste ? Et surtout pourquoi ? On l’ignore et on ne le saura jamais, même quand le narrateur sera arrivé dans la région de Marseille.

Le récit du narrateur est d’ailleurs doublé par celui d’un autre narrateur, ou de l’auteur, commentant ce qu’on vient de lire, le mettant à distance, en un présent qui ressemble à celui du théâtre, quand le metteur en scène donne des indications scéniques ou commente le travail des acteurs. Les Événements sont une fiction, et cela vaut mieux.

Le roman raconte une guerre civile en France, de nos jours. Mais comme l’auteur se nomme Jean Rolin, qu’il a écrit L’Enlèvement de Britney Spears, Ormuz et quelques autres romans plutôt drôles, on sait ou se doute que le ton en sera moins grave qu’on ne pourrait le craindre.

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Je suis Charlie : toi aussi

Je suis CharlieIl s’agit à la fois d’un slogan et d’un emblème. Un texte et une image qui font symbole et qui ont l’efficacité fulgurante du symbole.

Pourquoi ? Du point de vue visuel, c’est d’abord l’extrême sobriété du noir et blanc qui frappe. Le noir du deuil évidemment, mais aussi le noir de l’encre du journal. On ne se rend pas immédiatement compte qu’il y a un effet de citation : la typographie est celle de Charlie Hebdo. L’œil reconnaît inconsciemment cette typo mais ne l’identifie pas expressément.

Du côté texte, on perçoit le jeu de mots : Je suis (I am) / Je suis (I follow), le texte est conçu pour les followers de Twitter lesquels, certainement, interprètent rapidement la polysémie. Ce n’est pourtant pas là qu’est la clef.

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Liberté d’expression, j’écris ton nom. Témoignages de professeurs stagiaires

crayon-2Contributeur régulier à l’École des lettres, j’ai commencé par inciter les stagiaires M2 lettres de l’ÉSPÉ de Paris à s’appuyer sur les articles du site consacrés aux récents attentats pour aborder le sujet en classe avec des ressources solides.

Les retours spontanés d’initiatives que l’on pourra lire ici et leur très grand intérêt nous conduisent à élargir cette démarche et à solliciter l’ensemble des formateurs des ÉSPÉ de France afin que les professeurs stagiaires communiquent à leur tour leurs propres témoignages sur le site de l’École des lettres.

Cette mise en commun ne peut qu’être fructueuse et apportera une aide concrète à tous les enseignants qui seront amenés à expliciter la portée de ces événements tragiques avec leurs élèves, à tous les niveaux d’enseignement et quelle que soit la discipline enseignée. Nous les remercions vivement de leur participation.

Le projet s’intitule : Liberté d’expression, j’écris ton nom.

Contact : courrier@ecoledeslettres.fr

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Où est Charlie ? Au collège et au lycée, comment interroger l’actualité avec distance et raisonnement

Nous sommes Charlie, 11 janvier 2015Le massacre perpétré le mercredi 7 janvier au siège du journal satirique Charlie Hebdo continue à être largement médiatisé par l’ensemble des supports de communication qui irriguent et alimentent notre quotidienne représentation du monde : presse, télévision, Internet, réseaux sociaux.

L’onde de choc produite par l’événement hante ainsi le mur d’images dont sont nourris une majorité d’élèves aujourd’hui. La force symbolique de la vue des drapeaux en berne, de la minute de silence établie en l’honneur des douze victimes de l’attentat, comme des différents rassemblements républicains très médiatisés, contribue à inscrire l’événement dans l’espace public.

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