« Le Fils de Saül », de László Nemes. Immersion dans l’enfer concentrationnaire

Géza Röhrig dans "Le Fils de Saul", de László Nemes

Géza Röhrig dans « Le Fils de Saul », de László Nemes

La fiction a toujours posé problème pour la représentation de la Shoah. Les historiens s’en méfient. Claude Lanzmann la condamne. Mais le film du Hongrois László Nemes, qui a obtenu à Cannes le Grand Prix, a démontré brillamment qu’à condition d’être d’une rigueur absolue et sans complaisance aucune, elle est un choix judicieux pour créer chez un public cette empathie qui arrache à l’indifférence.

En octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau. Saül Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs chargé de la manutention dans les crématoires. Nous connaissons cette extermination industrielle par les témoignages des Sonderkommandos cachés sous terre à Auschwitz en 1944 et réunis par le Mémorial de la Shoah.

Il en a été tiré un livre, Des voix sous la cendre (Le livre de poche, 2006). Ce document de première main qui fait partager au lecteur leur quotidien été la première source d’inspiration du cinéaste. « C’était, dit-il, comme être là, dans leurs vies, à l’intérieur. » Il avait aussi des raisons personnelles de faire ce film car des membres de sa famille avaient été exterminés à Auschwitz.

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Liberté d’expression, j’écris ton nom. Témoignages de professeurs stagiaires

crayon-2Contributeur régulier à l’École des lettres, j’ai commencé par inciter les stagiaires M2 lettres de l’ÉSPÉ de Paris à s’appuyer sur les articles du site consacrés aux récents attentats pour aborder le sujet en classe avec des ressources solides.

Les retours spontanés d’initiatives que l’on pourra lire ici et leur très grand intérêt nous conduisent à élargir cette démarche et à solliciter l’ensemble des formateurs des ÉSPÉ de France afin que les professeurs stagiaires communiquent à leur tour leurs propres témoignages sur le site de l’École des lettres.

Cette mise en commun ne peut qu’être fructueuse et apportera une aide concrète à tous les enseignants qui seront amenés à expliciter la portée de ces événements tragiques avec leurs élèves, à tous les niveaux d’enseignement et quelle que soit la discipline enseignée. Nous les remercions vivement de leur participation.

Le projet s’intitule : Liberté d’expression, j’écris ton nom.

Contact : courrier@ecoledeslettres.fr

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De la vertu pédagogique des commémorations de la Première Guerre mondiale

"La guerre documentée", 1919Le rideau est tombé sur la première année du cycle de commémorations de la Première Guerre mondiale à Notre-Dame-de-Lorette, ce 11 novembre 2014. L’action pédagogique nationale menée à cette occasion s’est appuyé sur les initiatives locales portées par les équipes pédagogiques. Elle s’est inscrite dans une volonté clairement affichée d’un « travail de mémoire » et de réflexion appliquée à l’« objet » Première Guerre mondiale portant sur la pluridisciplinarité et la pédagogie par projet.

Il ne s’agissait point d’abandonner l’apprentissage des savoirs disciplinaires. Mais de se souvenir que leur organisation dans le cadre scolaire est un héritage pédagogique du XIXe siècle… Chaque discipline ou matière construit un vocabulaire et des outils techniques propres. Mais que sont-ils sans les compétences intellectuelles transversales qui les soutiennent?

Le Centenaire, posé dans ce cadre, a été pensé comme un laboratoire pédagogique. Il peut, nous le croyons, servir à imaginer différemment l’enseignement dispensé aux élèves et la formation des maîtres qui lui est liée, en s’appuyant sur les pratiques mises en œuvre au plus près des classes.

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« En France », de Florence Aubenas

"En France", de Florence AubenasAvec pas mal d’humour – élégance du désespoir –, Florence Aubenas, dans son avant-propos suggère que son métier de journaliste-reporter ne consiste pas à « faire les chiens écrasés » mais à traquer les « humains écrasés ».

Elle nous en avait donné un aperçu en 2010 avec Le Quai de Ouistreham, récit d’une plongée dans le quotidien des travailleurs sans qualification.

Avec En France, elle prolonge l’expérience en proposant une série de courts textes centrés sur les laissés pour compte de la réussite, les obscurs représentants de la « France d’en bas » dont les portraits « finissent par dessiner, en pointillé, un territoire, ou plutôt un pays ».

Ce pays, le sien, le nôtre, est censé être connu alors que « c’est dans ce paysage familier que commence le mystère ».

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« De cases en tranchées. La Grande Guerre en bande dessinée », une exposition accompagnée d’outils pédagogiques

De cases en tranchées. La Grande Guerre en bande dessinéeDe Jacques Tardi à Régis Hautière, en passant par Patrick Cothias, David B, Kris et Zidrou, de très nombreux auteurs de bande dessinée choisissent d’enraciner leurs récits dans la terre riche et complexe de la Première Guerre mondiale.

On trouve ainsi des fictions prenant la guerre pour argument ou pour arrière-plan, des enquêtes policières, des histoires d’espionnage, des mélodrames, des sagas familiales, des aventures comiques, mais aussi des témoignages réels mis en images ou des récits historiques fondés sur une documentation rigoureuses.

La Grande Guerre fait l’objet de multiples déclinaisons et semble être une source d’inspiration inépuisable.

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La collection « Globe », une livraison résolument optimiste

Homer H. Hickam Jr, "Rockets Boys"À l’instar de la devise positiviste qui orne le globe sur le drapeau brésilien, « Ordem e Progresso  » (« Ordre et Progrès »), cette série de livres fait la part belle aux aventures positives et aux réussites de vie.

Centrés sur l’aventure humaine, ces volumes présentent des récits à la première ou troisième personne, qui relatent les parcours de leurs protagonistes.

Rocket Boys raconte comment un enfant décide de devenir constructeur de fusées et comment, dans le contexte d’une ville minière, il mobilise les ressources et les savoirs pour y parvenir.

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« La Lune dans le puits », de François Beaune

francois-beaune-la-lune-dans-le-puitsOuvrez le dernier livre de François Beaune à l’index, vous croirez feuilleter un ouvrage encyclopédique ou savant. Qui plus est, teinté de fantastique. Impression juste, mais bientôt contredite.

Tout ce qu’on lit dans La Lune dans le puits s’est déroulé dans des lieux réels autour de la Méditerranée, « bouche gercée dont la lèvre supérieure s’exprime en latin, et la lèvre inférieure en arabe ».

Toutes sont des histoires vraies...

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