« Suite française », de Saul Dibb, d’après Irène Némirovsky. De la réalité romancée à la reconstitution filmée

"Suite française", de Saul Dibb, d’après Irène NémirovskyLe destin du roman d’Irène Némirovsky, Suite française, est aussi extraordinaire que celui de son auteur, juive russe née à Kiev en février 1903, immigrée en France en 1919, devenue romancière à succès et égérie littéraire de Tristan Bernard ou d’Henri de Régnier.

Mariée au banquier Michel Epstein, elle est baptisée en 1939, mais l’État lui refuse la naturalisation. Victime des lois antisémites promulguées en octobre 1940 par le gouvernement de Vichy, le couple ne peut plus travailler.

On peut se demander pourquoi Irène écrit dans les hebdomadaires de droite comme Candide ou Gringoire. De façon assez troublante, l’image qu’elle donne des juifs est plutôt défavorable. Faut-il l’attribuer à la haine de soi, analysée par Lessing, ou, comme le soutient Myriam Anissimov, dans son introduction à l’édition Denoël de Suite française, à une absence de choix devant la situation faite aux juifs en France ?

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Lire et étudier «Ceux de 14». Hommage à Maurice Genevoix, cent ans après

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Maurice Genevoix, "Ceux de 14"Voilà cent ans, Maurice Genevoix, jeune officier d’infanterie de 23 ans, parti en campagne contre l’Allemagne dès août 1914, connaissait aux Éparges une expérience combattante douloureuse à plusieurs titres.

Ayant pourtant été témoin à plusieurs reprises de la mort reçue et donnée, de l’épreuve du feu au plus fort de batailles et d’offensives meurtrières, il est engagé en février 1915 avec le 106e RI de Chalons, au sud-est de Verdun, dans de terribles conditions. Le piton des Éparges et son point X se trouvent aux mains des troupes allemandes.

À l’est, la plaine de la Woëvre, à l’ouest, l’organisation défensive française. Pour les Allemands, il s’agissait de pouvoir couper les communications françaises et étouffer Verdun ; pour les Français, de réduire le saillant allemand.

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« Fairyland. Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70 », d’Alysia Abbott, aux Éditions Globe

« Fairyland. Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70 » d’Alysia Abbott, aux Éditions GlobeDans Fairyland, Alysia Abbott relate ses vingt premières années auprès de son père, le poète militant homosexuel Steve Abbott, mort du sida en 1993. Son livre, marqué par le deuil, s’ouvre sur celui de sa mère alors qu’elle est une petite enfant.

Fairyland est un témoignage sensible habité par l’amour, mais sans aucun pathos. C’est aussi une chronique des premières années du sida à San Francisco. Une « féerie » rose et noire.

Comment définir Fairyland ? Ce livre est à la croisée de tellement de chemins qu’on est immanquablement condamné à faire fausse route en le catégorisant. Certes il s’agit bien de la biographie du poète et journaliste homosexuel Steve Abbott par sa fille Alysia Abbott. Dis comme ça, c’est un peu sec. On peut tout aussi bien l’aborder comme la chronique documentée du San Francisco gay de l’après « summer of love » jusqu’aux ravages du sida. C’est insuffisant.

C’est surtout le récit, parfaitement traduit par Nicolas Richard, d’un amour profond entre un père et sa fille. Qualifier cet amour de filial est bien réducteur. Ne pas le nommer, ne pas le définir, ne pas le restreindre permet à Alysia de le garder bien vivant. Ce livre est vivant.

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Colloque international Primo Levi

Colloque international Primo LeviLe colloque international sur Primo Levi, qui se déroulera à Chambéry les 25 et 26 mars 2015, organisé par Daniela Amsallem, a été conçu dans le cadre des échanges entre l’université Savoie Mont Blanc et l’université de Vercelli (Università del Piemonte Orientale), avec le soutien de l’université franco italienne et en collaboration avec l’Institut culturel italien de Lyon.

Il prévoit la participation d’enseignants-chercheurs des deux établissements partenaires, ainsi que d’autres spécialistes français et italiens de l’écrivain turinois, qui aborderont sous un éclairage nouveau les différents aspects de sa personnalité et de son œuvre.
Seront traités des thèmes ayant trait à la biographie de l’auteur: sa participation à la Résistance, l’élaboration littéraire de son expérience vécue; sa position vis-à-vis de la science et de l’éthique, ses rapports avec la culture française.

Des documents inédits y seront présentés : les entretiens de Primo Levi avec Giovanni Tesio, en vue d’une biographie autorisée, et les adaptations radiophoniques de ses deux premiers livres: Si c’est un homme et La Trêve. Le directeur du Centre d’études Primo Levi de Turin exposera les activités du centre ainsi que la réception des œuvres de cet écrivain, devenu une figure incontournable du XXe siècle.

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Une master-classe autour de « Ceux de 14 », de Maurice Genevoix

"Ceux de 14", d'après Maurice Genevoix, adaptation télévisuelle de Didier Dolna et Olivier Schatzky © Jean-Claude Roca / Native / France 3

« Ceux de 14 », d’après Maurice Genevoix, adaptation télévisuelle de Didier Dolna et Olivier Schatzky © Jean-Claude Roca / Native / France 3

À l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, une master-classe est organisée à Verdun et aux Éparge.

Mercredi 8 octobre 2014, soixante collégiens de Meuse et Moselle et quarante enseignants de l’académie sont invités à une master-classe autour de la série Ceux de 14 avec, au programme, la projection d’un épisode en avant-première et une rencontre avec le réalisateur et l’équipe de la fiction de France 3, produite par Native et soutenue par le Conseil général de la Meuse.

Cette master-classe est une initiative conjointe de France 3 et francetv éducation, de la Mission du Centenaire, et de l’Éducation nationale (Canopé, son opérateur public, le rectorat de Nancy-Metz et le service éducatif du Mémorial de Verdun).

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Enseigner le génocide des Tutsi au Rwanda, du collège à l’université

Enseigner le génocide des Tutsis au RwandaLe génocide des Tutsi au Rwanda de 1994, dont on vient de commémorer les vingt ans, est l’occasion de s’interroger sur ses représentations et son enseignement, en France notamment.

Les programmes d’histoire récents (classes préparatoires de CAP – BOÉN numéro 8 du 25 février 2010) font une place explicite à l’événement et à la démarche comparatiste qui permet de rendre compte des caractéristiques propres à une politique génocidaire dans une perspective citoyenne. Ils ouvrent ainsi la possibilité d’étudier en parallèle les génocides des Arméniens, des Juifs et des Tutsi, en soulignant leurs points communs mais aussi leurs différences.

Le programme de la classe de terminale du baccalauréat professionnel (BOÉN numéro 2 du 19 février 2009) mentionne explicitement le Rwanda dans le cadre du cours « Le monde depuis le tournant des années 1990 » : « On insiste sur les crises qui marquent le début de cette nouvelles période : génocides en Afrique et en Europe – Rwanda, Srebrenica. »

Mais qu’en est-il de la réalité de cet enseignement dans les classes françaises, y compris dans d’autres disciplines que l’histoire ? En philosophie, et bien sûr en français, où la réflexion sur le monde des valeurs est au cœur des programmes du collège et du lycée par la lecture des textes ainsi que par l’analyse du discours (notamment du discours argumentatif de la troisième à la première).

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« La Grande Guerre des écrivains », textes choisis et présentés par Antoine Compagnon

Antoine Compagnon, "La Grande Guerre des écrivains"Le sujet s’y prête, en raison évidemment de la commémoration du centenaire, mais aussi de l’abondance de la production, car, ainsi que l’écrit Antoine Compagnon dans sa préface : « Aucun événement historique, ni règne, ni conflit, ni révolution, n’a déchaîné autant de littérature que la Première Guerre mondiale. »

Et l’auteur de l’anthologie ajoute, quitte à risquer le blasphème : « Grande, elle l’est rien que par les tonnes de papier qui furent noircies durant ses quatre années et plus … »

Cet enrichissement inattendu de notre patrimoine littéraire aurait presque pour conséquence de faire oublier l’étendue du carnage, ce qu’un seul chiffre, donné en début, suffit à rappeler : « 27 000 soldats français [tués] pour la seule journée du 22 août [1914]. »

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14-18. Écrire la guerre

L'École des lettres, "14-18. Écrire la guerre"La Première Guerre mondiale est au programme de l’École des lettres.

Labellisé par la Mission du Centenaire, ce numéro propose plusieurs angles d’approche pour explorer un immense champ de lecture, des romans et récits écrits au cœur même du conflit à ceux qui, de nos jours, interrogent encore le cataclysme.

Ce dossier prolonge une série d’études de l’École des lettres sur la littérature et la guerre rassemblées ici.

Il sera régulièrement augmenté de contributions liées aux recherches suscitées par la commémoration du conflit.

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